Vivian, 38 ans, ruinée après le décès de son mari

TémoignageLa justice a décidé que cette mère de deux enfants devait payer 160'000 fr. de frais d’hébergement à l’EMS qui a accueilli son mari dans un état végétatif. Et non pas l’assurance.

Le mari de Vivian est décédé après être resté durant deux ans dans un état végétatif. Une piqûre d'abeille lui a causé un choc anaphylactique.

Le mari de Vivian est décédé après être resté durant deux ans dans un état végétatif. Une piqûre d'abeille lui a causé un choc anaphylactique. Image: Philippe Maeder

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Elle avait la vie dont elle avait toujours rêvé. C’était avant cet après-midi de l’été 2013. Vivian, 38 ans, est désormais veuve. Alexandre Assumpçao est décédé le 13 juillet 2015 après deux ans de lutte. Vivian a perdu l’amour de sa vie. Ses deux enfants de 6 et 8 ans ont perdu ce papa qu’ils chérissaient tant.

«La loi n'est pas parfaite»

Et comme si l’épreuve n’était pas assez douloureuse, aujourd’hui Vivian doit 160'000 fr. à l’Institution de Lavigny qui a pris en charge son mari à l’Unité d’état de conscience minimale de l’EMS Plein Soleil à Lausanne. Vivian a trouvé encore la force de mener un combat judiciaire. Elle vient toutefois de perdre devant la plus haute Cour de justice de Suisse.

Alors aujourd’hui, elle a décidé de raconter son histoire. Non par amertume ni par colère, mais parce qu’un accident peut arriver à chacun de nous et que nos assurances ont parfois des lacunes. «J’aimerais juste que les gens sachent que la loi n’est pas parfaite. Que mon mari était employé au Credit Suisse et qu’il avait tellement confiance dans les assurances et le système de santé de son pays. Et pourtant, il est devenu malgré lui une victime de ce même système qu’il jugeait si exemplaire.»

Un dimanche de juillet

C’était un dimanche. Le 14 juillet 2013. Un été pluvieux, suivi de deux week-ends très chauds. Vivian choisit soigneusement ses mots, et détaille la scène comme si sa mémoire avait gravé les derniers instants de son Alex pour toujours. «On venait d’emménager dans la maison qu’on avait fait construire à Montricher. On profitait pour la première fois du jardin et on observait nos fleurs. Il me disait: «Regarde, tout est parfait.» Tout d’un coup, une abeille nous a tourné autour. Les insectes étaient fous ce jour-là. Elle m’a poursuivi, puis elle a piqué Alex sur la joue. J’ai eu le temps de lui enlever le dard. Trente secondes après, il était par terre et convulsait.» L’ambulance mettra quarante minutes à arriver. Alexandre est déjà en arrêt respiratoire. Les ambulanciers tentent d’appeler la Rega, mais tous les hélicoptères sont occupés. Il faut attendre un deuxième médecin pour l’intuber. Alexandre est emmené au CHUV. Il restera un mois aux soins intensifs.

«Il était jeune et sportif, alors les médecins gardaient espoir, raconte Vivian. Mon mari a ensuite été transféré à la Clinique romande de réadaptation à Sion. Il ne répondait pas au bruit ni à la chaleur, il n’était plus vraiment là. Les soins étaient très lourds. Il était nourri par sonde, il avait une trachéotomie afin de respirer, et toutes les 40 minutes il devait se faire aspirer la salive. C’était l’horreur. Tout mon monde s’écroulait. J’étais tous les jours à Sion, j’ai dû rapidement aussi trouver des solutions de garde pour les enfants. Et j’ai déménagé. Non seulement pour les trajets, mais aussi parce que les médecins ont découvert que ma fille était aussi allergique. Alors on a loué un appartement en ville.»

Nouveau centre unique en Europe

L’état d’Alexandre ne s’améliore pas. A Sion, les médecins proposent qu’il soit transféré au Centre suisse des paraplégiques à Nottwil. «J’étais désespérée. C’était si loin. Et tout d’un coup, on m’a dit que l’Institution de Lavigny venait d’inaugurer un centre unique en Europe et qu’ils allaient accueillir Alexandre malgré sa trachéotomie, qui nécessite l’encadrement d’un hôpital. J’étais tellement soulagée.»

Le 9 janvier 2014, Alexandre devient un des quatre patients de l’Unité d’état de conscience minimale de Plein Soleil à Lausanne. Mais après un mois, Vivian reçoit une facture de près de 9000 fr. Elle croit à une erreur, la renvoie à l’assurance-accidents AXA qui a tout pris en charge jusqu’alors. L’assurance lui apprend que, maintenant que l’état de son mari ne va pas s’améliorer et qu’il est dans un EMS, c’est donc à elle de payer l’hébergement. Elle engage une procédure judiciaire.

Les mois passent, l’état d’Alexandre se détériore, et les factures s’accumulent. «Il commençait à perdre ses dents. Je me disais que ce n’était pas possible de le laisser dans cet état.» Vivian finit par demander conseil à l’équipe des soins palliatifs du CHUV. Toute la famille d’Alexandre s’accorde pour dire qu’il faut éviter tout acharnement thérapeutique. «Prendre la décision de laisser partir Alexandre, c’était si dur. Un jour, ils ont arrêté le respirateur. Dix jours plus tard, il est décédé.»

Une famille à faire vivre

Seule, Vivian reçoit la note finale pour l’hébergement de son mari durant un an et demi à l’Unité d’état de conscience minimale: près de 160'000 fr., plus 5% d’intérêts par an. «Je n’aurais simplement pas pu payer tout ça. Car j’avais toujours un loyer et les enfants à charge.» Vivian a bien reçu des rentes au nom de son mari, pour elle et les enfants. «En tout, cela me faisait 113'400 fr. de rentrées par an, mais l’hébergement d’Alex coûtait près de 100'000 fr. par an. Alors il ne me restait pas assez pour vivre avec les enfants.»

L’Etat lui a refusé une aide car elle possédait une maison. «La vendre n’aurait pas assez rapporté car elle est déjà très hypothéquée et les fonds propres sont essentiellement un prêt de mes beaux-parents.» Aujourd’hui, Vivian doit se résigner à payer. «Pour pouvoir m’en sortir, j’ai rapidement loué la maison. Aujourd’hui, je vais essayer d’augmenter encore l’hypothèque. Afin de garder le revenu du loyer qu’elle me permet d’avoir.» (24 heures)

Créé: 05.12.2016, 06h58

Pourquoi l’assurance-accidents arrête de payer l’hébergement

Le Tribunal fédéral a confirmé que l’assurance-accidents n’avait pas à payer des frais d’hébergement et qu’ils étaient ainsi à la charge de Vivian S. Assumpçao et de ses enfants. Avocat de cette dernière, Me Jean-Louis Duc fustige cette décision: «Ce qui est scandaleux, c’est que les gens qui ont eu un accident grave et sont maintenus en vie doivent se débrouiller pour payer des frais d’hébergement exorbitants!» A l’Unité d’état de conscience minimale créée en 2012, les quatre lits sont destinés à des personnes, souvent accidentées, dans un état extrêmement grave, proche d’un état végétatif. Ainsi, dans cette unité considérée comme un EMS, les soins sont principalement prodigués par des infirmières et des thérapeutes. «Le coût effectif d’une nuitée est de 900 fr., explique Thierry Siegrist, directeur de l’Institution de Lavigny. Une fois les subventions du Canton déduites, le tarif est de 280 fr.»

A la fin du mois, la facture est donc salée. Très salée. Professeure en droit de la sécurité sociale à l’Université de Genève et de Neuchâtel, Anne-Sylvie Dupont analyse: «l’assurance-accidents prend en charge tous les frais médicaux et d’hébergement jusqu’à ce que l’état de santé d’une personne ne puisse plus être amélioré. Dès ce moment-là, elle fixe en principe une rente d’invalidité et les soins médicaux ne sont en principe plus remboursés.» La loi prévoit des exceptions. Entre autres si des mesures médicales empêchent que l’état de la personne se dégrade. C’était le cas d’Alexandre. «L’assurance-accidents paie alors des prestations de soins. Mais le Tribunal fédéral a estimé que ces soins ne comprenaient pas l’hébergement. Et cela peu importe où vous êtes hébergés, en EMS ou ailleurs, ajoute Anne-Sylvie Dupont. L’assurance-accidents prévoit donc une allocation d’impotence qui se montait à ce moment-là à 2076 fr. par mois. Son but est notamment de payer ces frais d’hébergement.»

D’autres prestations sociales sont ensuite versées pour couvrir la perte de gain de la personne accidentée, et devraient aider à faire vivre la famille. Mais le hic, c’est que les 2076 fr. de l’allocation pour impotence étaient loin de couvrir les environ 9000 fr. par mois dus à l’Institution de Lavigny. «Nous n’avons pas un système conçu pour le maintien en vie de longue durée», estime la professeure Anne-Sylvie Dupont.

«Ce qui est dégoûtant, c’est que le Tribunal fédéral est parti d’une jurisprudence qui concernait un homme seul qui s’est retrouvé paraplégique après un accident de moto, explique Me Jean-Louis Duc. La justice avait alors décidé que ses frais d’hébergement ne devaient pas être pris en charge par l’assurance-accidents car les rentes qu’il touchait permettaient de couvrir les charges. Dans ce cas-là, on peut encore le comprendre, puisqu’il ne faudrait pas que la personne se fasse de l’argent sur les rentes qu’elle reçoit. Mais dans le cas d’Alexandre, il y a toute une famille qui a dû vivre sur les rentes.»

Un argument qui a du sens, estime Anne-Sylvie Dupont. Elle explique toutefois la vision des juges. «Les assurances sociales ont un budget limité. Le Tribunal fédéral tient compte de l’intérêt général et de la survie du système. Mais parfois, cela conduit à des situations individuelles très difficiles, surtout ici avec une famille.»

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