A9: pluie d'oppositions en vue à Belmont

ChantiersDes riverains annoncent qu’ils s’opposeront aux travaux de l'autoroute. Exécutifs et associations pourraient les rejoindre.

Caroline Torrent, Eric Whitlock, Marianne Jonquière, Tulay Ulutas, Isabelle Berthoud et Melek Duran s’opposent à l’élargissement du tunnel de Belmont.

Caroline Torrent, Eric Whitlock, Marianne Jonquière, Tulay Ulutas, Isabelle Berthoud et Melek Duran s’opposent à l’élargissement du tunnel de Belmont. Image: Léo Duperrex

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Leur avocat commun est déjà dans les starting-blocks, leur page Facebook «non à l’élargissement du tunnel» est en ligne depuis quelques jours et contact a été pris avec plusieurs associations qui pourraient leur prêter main-forte, l’Association Transports et Environnement (ATE) en tête. Ils envisagent même une petite manifestation dans les rues du village pour sensibiliser le plus grand nombre à leur cause.

Sur les hauts de Belmont-sur-Lausanne, les habitants du Sentier de l’Epine fourbissent leurs armes. Le cheval de bataille de cette impasse située à deux pas de l’autoroute? Les travaux d’assainissement titanesques à 800 millions que prévoit la Confédération sur l’A9 entre Lausanne-Vennes et Chexbres, dont la mise à l’enquête est attendue courant octobre.

«La région part pour dix à quinze ans d’enfer»

Mais plus que l’entretien courant du tronçon qui commence à afficher le poids des années, c’est surtout contre l’élargissement du tunnel de Belmont – pour permettre la création d’une troisième voie autoroutière dans les deux sens, entre Vennes et Belmont –, que ces riverains partent en guerre (voir infographie ci-après). «Entre les nuisances du chantier, les vibrations, les camions, le bruit, les poussières et les embouteillages monstres, la région part pour dix à quinze ans d’enfer», soupire Caroline Torrent, qui annonce déjà qu’elle s’opposera au projet. Comme tous ses voisins.

«Nous nous interrogeons également sur la pertinence de ces travaux, qui ne vont finalement que déplacer les embouteillages de 2 kilomètres à l’est, une hérésie à 80 millions de francs (ndlr: le prix du chantier du tunnel)», relève David Duran, autre opposant annoncé.

Les oppositions s’annonçant nombreuses, la procédure de mise à l’enquête pourrait durer des années. Entre cinq à sept ans, estiment nombre d’observateurs du dossier.

L’ATE attend le dossier

Dans le bras de fer qui s’annonce, les riverains ne seront vraisemblablement pas seuls. Ils pourront notamment compter sur l’aide de l’Association Transports et Environnement (ATE). Fin 2015, sa pétition contre l’élargissement des tunnels autoroutiers de Belmont récoltait plus de 1100 signatures, qui étaient envoyées à Berne dans la foulée.

«Lorsque le projet sera soumis à l’enquête publique, nous l’analyserons en détail. Nous verrons ensuite s’il y a lieu de s’opposer», précise Valérie Schwaar, secrétaire générale de l’ATE Vaud. Dans le détail, l’association pourrait s’opposer si des normes (protection de l’air, protection contre le bruit…) n’étaient pas respectées. «Nous ne formulerons pas d’oppositions de principe et nous n’aurons pas le droit de recourir jusqu’au Tribunal fédéral», prévient Valérie Schwaar, qui compte également sur les communes «pour défendre leurs citoyens».

Tous-ménages à Belmont

Du côté des communes concernées justement, Belmont-sur-Lausanne et Lutry, par la voix de leur syndic, annoncent qu’elles ne décideront de faire opposition qu’au terme de l’enquête publique, une fois le volumineux dossier épluché. «Nous pourrions nous opposer aussi bien en tant qu’entité publique qu’en tant que propriétaires, mais nous ne pourrons pas nous opposer au nom de la population», précise Gustave Muheim, syndic de Belmont, où un avocat a également été mandaté pour s’occuper du dossier.

En attendant, la Commune prépare un tous-ménages à l’intention des citoyens. «Pour les informer de l’enquête publique», conclut le syndic.

Les travaux démarreront en 2018, ici ou ailleurs

Enfin, chez les porteurs du projet, la levée de boucliers annoncée est paradoxalement aussi très attendue. «Les oppositions auront une influence sur la planification des travaux», explique Olivier Floc’hic, porte-parole de l’Office fédéral des routes (OFROU).

En d’autres termes, si le tunnel de Belmont se retrouve englué dans d’interminables procédures administrativo-judiciaires, l’OFROU lancerait les travaux ailleurs en 2018 comme prévu, le tronçon à assainir étant segmenté en quatre chantiers distincts. Serein quant à l’issue de la mise à l’enquête, le porte-parole de l’OFROU ne saurait pourtant écarter la possibilité de voir, in fine, le projet retoqué par le Tribunal fédéral. «Dans ce cas-là, nous prendrions acte.»

Créé: 07.09.2016, 08h03

«Il faut toujours se demander quel est le meilleur projet»

L’imminence de la mise à l’enquête des travaux de Belmont ne les émeut pas. Dans les locaux du bureau Giacomini & Jolliet Ingénieurs SA, à Lutry, Bruno Giacomini et Philippe Mingard, conseiller communal de la localité, y croient encore.

Il y a quelques mois, les deux hommes ont imaginé une solu­tion aussi radicale que séduisante: plutôt que de rafistoler l’autoroute actuelle, ils proposent de construire un nouveau tracé, plus au nord, et l’actuel tronçon Vennes-Chexbres serait rendu à la collectivité.

Aujourd’hui, notamment sous l’impulsion d’Olivier Français, président de la Commission des transports au Conseil des Etats, le projet a quelque peu évolué. Au dire de leurs concepteurs, l’idée séduit aussi bien le Canton que la Confédération, mais davantage comme une solution à long terme que comme alternative au projet d’assainissement du tracé actuel. «Les éventuelles longues procédures de mise à l’enquête pourraient nous permettre de remettre notre projet à l’ordre du jour», espèrent Bruno Giacomini et Philippe Mingard.

«Le timing est de plus en plus serré, mais c’est encore jouable. Sans écueil, un bon projet peut avancer rapidement, lance de son côté Olivier Français. Avant le premier coup de pioche, il faut toujours se demander quel est le meilleur projet. Or ce tracé alternatif peut compter sur l’audace technique. Ne manque qu’un soutien politique local.»

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