A.-C. Lyon défend une école devenue plus souple

Réforme scolaireHormis des points noirs qu’il s’agira d’«approfondir», le bilan de la loi sur l’enseignement obligatoire est jugé bon. La conseillère d’Etat se dit prête à rencontrer les enseignants de Prilly.

Anne-Catherine Lyon a fait un premier bilan quantitatif de la LEO.?

Anne-Catherine Lyon a fait un premier bilan quantitatif de la LEO.? Image: J-B.Sieber

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Dans un exposé très dense, la cheffe de l’école, Anne-Catherine Lyon, a dressé mercredi un premier bilan de la loi sur l’enseignement obligatoire (LEO) après trois ans de mise en pratique. Chiffres à l’appui, la magistrate a fait valoir que la réforme scolaire a le mérite d’avoir considérablement diminué le nombre des élèves qui pourraient être «stigmatisés». Tout le monde se rappelle que les jeunes de l’ancien système de la filière VSO (voie secondaire à options) avaient été désignés comme indésirables par certains patrons.

«Ils étaient plus de 30% à l’époque, indique la magistrate. Aujourd’hui, les élèves les moins scolaires qui suivent les cours en niveau 1 dans les trois disciplines principales ne représentent que 12% à 15% de l’ensemble.» Il faut expliquer ce chiffre. L’infographie ci-dessous montre que les «111» forment, année après année, entre 20% et 29% des élèves de la voie générale (VG). Or la VG représente 60% de l’ensemble des jeunes du secondaire (années 9 à 11). Les «111» ne sont donc que 12% à 15% du total.

Ce changement s’explique par le passage à deux voies au lieu de trois, qui permet aux ados peu performants dans certaines branches de se valoriser en atteignant le niveau 2 dans d’autres. Une des études PISA avait montré que d’anciens élèves de VSO pouvaient être meilleurs, notamment en maths, que leurs collègues de l’ancienne VSG. Les chiffres montrent aussi que les passages de la VG à la VP (voie prégymnasiale), selon la perméabilité voulue par le système, ont bel et bien lieu. En juin 2014, 2,9% des écoliers ont fait cette transition. En 2015, le pourcentage est monté à 4,9% avant de redescendre légèrement cette année (4,8%). Ces proportions peuvent paraître dérisoires. «Dans l’ancien système, aucun élève ne passait d’une voie à l’autre, rappelle Anne-Catherine Lyon. Il fallait redoubler son année.»

Le prix de la souplesse

La souplesse du système a pourtant un prix. Conjuguée avec une large palette d’options à destination des élèves de VG, la mise en niveaux de l’enseignement du français, de l’allemand et des maths impose une très grande complexité d’organisation des horaires. Au point, d’ailleurs, que les directeurs ont obtenu de ne plus être obligés d’offrir toutes les options dans les degrés 10 et 11. L’autre conséquence de ces programmes individualisés est la perte de contrôle des maîtres de classe. Les chiffres établissent qu’ils voient leurs élèves en moyenne 8 périodes sur 32 par semaine. Certains écoliers (2,1%) ne voient leur maître de classe qu’une période par semaine. D’autres (0,4%) en bénéficient durant 20 périodes. L’idée de «maîtres référents» qui ne seraient pas attribués à une seule classe fait son chemin.

Ce premier bilan est assorti d’une étude des chercheurs du Département qui ont suivi un échantillon représentatif de trois volées d’élèves de l’ancien et du nouveau système. Leur degré de satisfaction (bien-être, autoévaluation, ambition) affiche de bons scores, en particulier chez les élèves de la LEO. Dans un communiqué, la Société pédagogique vaudoise relève cet élément. Mais la SPV s’empresse de constater qu’il existe «un écart important entre l’analyse du Département et le ressenti sur le terrain». La lettre ouverte de 30 professeurs du Collège de Prilly en témoigne. Le syndicat appelle à de «nécessaires ajustements».

De son côté, le SSP Vaud fait valoir que la bonne volonté des enseignants qui pallie les «défauts» du système ne peut être le seul moyen de faire tourner la maison. Il pointe le fait que la réforme est en marche depuis trois ans et qu’il est temps de «corriger les problèmes identifiés». Le syndicat demande notamment de simplifier le travail des maîtres de classe, de dédoubler encore davantage les classes d’anglais, de simplifier la bureaucratie scolaire.

Enfin, le PLR, qui fut acteur dans le compromis politique de la LEO, fait savoir sa satisfaction sur la nouvelle perméabilité du secondaire. Il relève que les batailles d’autrefois sur les notes ne font aujourd’hui plus polémique. Les points noirs ne sont cependant pas éludés, et le parti promet une salve d’interventions au Grand Conseil. Il suggère en outre d’étudier la suppression d’une langue pour les élèves qui décrochent.

Créé: 14.09.2016, 21h13

«Je parlerai volontiers aux enseignants de Prilly»

Interpellée mercredi par une lettre ouverte d’un groupe d’enseignants qui s’alarment des mauvaises expériences menées sur le terrain avec la LEO, Anne-Catherine Lyon prend acte de leur déception et de leurs inquiétudes: «Je peux très bien entendre ce qu’ils disent et ressentent. Pour tous ceux qui enseignent au secondaire en voie générale, le métier est devenu plus complexe et plus exigeant. J’entends leurs difficultés. Il faut du coffre pour accomplir ce travail, et ils en ont. Je suis admirative de la manière avec laquelle ils ont mis en œuvre les changements décidés dans la loi. Le suivi que nous mettons en place va dans le sens de leurs préoccupations.»

A la question de savoir si elle est prête à les rencontrer, la conseillère d’Etat signale l’ouverture: «Je les rencontrerai volontiers pour une discussion approfondie. Je m’interroge sur la représentativité de leur expérience. Sont-ils dans un collège caractérisé par une prédominance d’élèves fragiles?» Anne-Catherine Lyon ne veut pas croire à la baisse de niveau à tous les échelons du secondaire évoquée par ce groupe d’enseignants: «Ça me surprendrait beaucoup. Les certifications et les épreuves cantonales de référence démontrent plutôt le contraire.»

F.MX.

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