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A.-C. Lyon: «Je savais que l’école était conflictuelle»

La conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon termine son mandat aujourd’hui. Retour sur quinze ans à la tête de l’école vaudoise.

Le parcours d’Anne-Catherine Lyon est rare. Dans l’histoire récente, elle est celle qui a tenu le plus longtemps à la tête de l’école.
Le parcours d’Anne-Catherine Lyon est rare. Dans l’histoire récente, elle est celle qui a tenu le plus longtemps à la tête de l’école.
PATRICK MARTIN

Dans son bureau de l’avenue de la Barre à Lausanne, des cartons jonchent le sol, tandis que les bibliothèques se dépeuplent. La conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon rend son tablier, laissant la place à Cesla Amarelle. Son parcours est peu commun. Dans l’histoire de l’après-guerre, elle est la magistrate qui aura accompli le plus d’années à la tête de l’instruction publique. Interview.

Comment vous sentez-vous?

Bien. Mais aussi émue. Je suis parcourue de beaucoup d’émotions; c’est le moment des remerciements, des bilans. Je reçois beaucoup de correspondance et des témoignages de gentillesse. Et puis, il y a mon équipe. J’ai travaillé tout ce temps presque avec les mêmes personnes. J’aime les compagnonnages au long cours. Ce sont des émotions belles à vivre. Comme je veux rester utile jusqu’au bout, j’ai énormément de travail. Davantage que je n’en ai eu de toute ma vie professionnelle.

En 2002, vous aviez demandé à prendre l’école. Avec le recul, pensez-vous qu’elle a été un sujet difficile?

Je savais qu’il s’agissait d’un thème complexe et conflictuel. Il y avait l’initiative pour le retour des notes, signée par 20'000 personnes. Le contexte était traversé par des passions destructrices. J’ai choisi ce département en toute connaissance de cause et mis en place une méthode qui prévoyait des grands forums où quiconque s’intéressant à l’école pouvait participer. Cela a fini par payer. J’ai obtenu le retrait de l’initiative. En ce sens, j’ai apprécié le fair-play de Jacques-André Haury (ndlr: fer de lance du mouvement). Par la suite, j’ai cultivé cette méthode en allant deux fois à la rencontre de la totalité des enseignants de l’école obligatoire, ce qui a représenté 80 rencontres. Je n’ai jamais regretté le choix de ce département. Ce que je regrette parfois, c’est que certains observateurs ne se souviennent pas du contexte de l’époque.

L’égalité des chances qui vous tient tellement à cœur a-t-elle avancé en quinze ans?

Mes prédécesseurs ont aussi eu à cœur de faire avancer l’égalité des chances. J’y ai contribué. A chaque fois que l’on mène une avancée dans le domaine de l’école obligatoire, on fait des pas dans cette direction. On voit bien aujourd’hui que les cantons qui ne séparent pas les élèves en filières obtiennent les meilleurs résultats.

L’école vaudoise est-elle plus exposée politiquement que dans les autres cantons?

Disons que c’est un canton intranquille. Cela peut être dû à sa taille, le troisième de Suisse en matière de population et le plus grand de Suisse romande. De plus, les syndicats sont en pleine forme! J’ai d’ailleurs développé une relation régulière avec eux. Le monde politique est très attentif à l’école. Dans ce canton, les citoyens se sentent autorisés à questionner l’autorité. Et puis, historiquement, Vaud a été en avance dans bien des domaines liés à la scolarité, par exemple avec la généralisation des directeurs et directrices dès 1986 alors que les autres cantons ne connaissaient pas cette fonction jusqu’à une époque récente. On peut encore mentionner les médiateurs scolaires, l’accueil des migrants en classe.

Comment avez-vous fait pour durer quinze ans à ce poste?

La passion qui m’animait dès le départ n’a jamais faibli. Je suis quelqu’un de très ouvert, contrairement à la légende, et j’aime beaucoup échanger avec les gens. Toutes mes lois ont fait l’objet de multiples consultations et de dialogues en amont. Je n’aurais jamais tenu quinze ans sans cela.

Vous avez fait beaucoup de lois. Qu’est-ce qui vous plaît?

Partir d’une page blanche et se mettre à jour sur l’état d’une question. Une loi a une durée de vie d’une génération. Puis, il faut réévaluer les dispositifs légaux, les rendre compatibles avec le contexte du moment. Le côté plaisant, c’est le processus qui donne une connaissance intime de ce qui anime le canton. Par ailleurs, j’aime la langue du droit, que je parle assez bien. J’apprécie aussi que ces processus se vivent à plusieurs.

La suppression de la voie secondaire à options n’a pas été facile à faire passer au Grand Conseil…

La LEO a bénéficié d’un très long travail en commission. Je suis reconnaissante au président Marc-Olivier Buffat et aux autres membres d’avoir été d’accord de prendre tout le temps qu’il fallait. Cela n’allait pas de soi, car les députés sont de milice. Nous avons même siégé des samedis entiers. Je me rappelle aussi de l’audition de feu Jämes Rochat, ancien directeur de la zone pilote de Rolle, qui avait presque 90 ans et qui avait voulu se tenir debout devant nous droit comme un «i» pour témoigner de son expérience. Je garde un souvenir très fort de tout ça. S’agissant de la suppression de la VSO, nous avions l’exemple du Jura et du Valais (ndlr: qui ont une filière unique) et chacun était mû par l’envie d’une meilleure égalité des chances. Je rappelle que PISA a démontré que des élèves de VSO étaient meilleurs dans certaines branches, en maths, par exemple, que d’autres orientés en voie prégymnasiale…

Vous auriez voulu une école à une voie. En voyant les problèmes que pose aujourd’hui une organisation à deux voies, n’était-ce pas utopiste?

Je pense que l’on arrivera de toute façon à ce système dans un certain nombre d’années. Ce sera encore une avancée pour l’égalité des chances. Les chercheurs du département ont montré que les élèves se sentent bien dans un système plus perméable. Quant aux parents, je constate, et c’est nouveau, que je ne reçois plus aucune lettre sur l’orientation de leur enfant, preuve que leur angoisse s’est apaisée à ce sujet.

Sur quoi portent leurs lettres aujourd’hui?

Sur le harcèlement à l’école. Nous avons d’ailleurs créé un poste pour la prévention. Et puis, il y a aussi les transports scolaires qui les inquiètent.

Avec le recul, que pensez-vous du reproche des enseignants de Prilly de ne pas les avoir écoutés?

Ces enseignants avaient reçu une réponse même si je ne suis pas allée les voir personnellement. Peut-être que j’aurais dû. Mais leurs constats rejoignaient les nôtres. Je n’appréhendais pas de les rencontrer, comprenez-moi bien, mais je ne pouvais pas aller partout et j’avais des contacts fréquents avec les syndicats.

On vous a peu entendue sur la culture…

Le domaine de la formation, qui comprend aussi les gymnases, les écoles professionnelles et les hautes écoles, est très vaste et a beaucoup retenu mon attention. Cela dit, pour la culture, j’ai fait passer les subventions de 39 à 70 millions. C’est une augmentation spectaculaire que le Conseil d’Etat et le Grand Conseil ont acceptée. Surtout, la culture ne saurait être une culture d’Etat. Elle ne se décrète pas; les créateurs ne vont pas se laisser dicter leurs œuvres. Par contre, l’Etat peut offrir de bonnes conditions-cadres et venir à l’appui financièrement.

Vous avez commencé sur la scène politique vaudoise en tant que constituante et vous vouliez réduire le nombre de districts à quatre. Le canton a-t-il assez changé depuis?

J’avais même proposé un seul district! Le canton n’est plus le même depuis la Constitution de 2003. Lors de la première législature qui a suivi, il fallait assainir les finances. Tous les secteurs en lien avec l’Etat y ont participé. En parallèle, nous avons rédigé les lois. Le canton a été transformé, les fusions de communes ont avancé. Il y a eu un renouveau des politiciens avec la génération des constituants. Ces liens m’ont beaucoup aidée. Nous avions eu le privilège de rédiger une Constitution. Ça a été un travail ancré dans les valeurs, des valeurs partagées par les partis. L’approche a été très féconde.

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