Une accusation d’inceste déchire toute une famille

JusticeUne jeune Yverdonnoise accuse son père et son frère d’avoir abusé d’elle durant son enfance. Et sa mère d’avoir fermé les yeux.

Les juges du Nord Vaudois auront la lourde tâche de trancher entre des versions aussi imprécises qu'opposées.

Les juges du Nord Vaudois auront la lourde tâche de trancher entre des versions aussi imprécises qu'opposées.

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«Elle m’a dit qu’elle avait été violée toute sa vie par son père. Avec toutes les pratiques possibles et imaginables. Et que sa mère était au courant mais avait soutenu son mari.» Trois phrases dans un silence de plomb. Elles sont prononcées par celle qui partage désormais la vie d’Alice*.

Les juges de la Cour correctionnelle du Nord vaudois n’ont pas imposé à la plaignante de détailler à nouveau le calvaire qui l’a conduite devant eux. Tête crispée entre les épaules, luttant pour ne pas craquer, l’Yverdonnoise de 27 ans a affronté les trois plus proches membres de sa famille. Sans échanger un seul regard avec eux.

Dans son acte d’accusation, le procureur Patrick Galeuchet récapitule les récits livrés par la jeune femme en cours d’enquête. Depuis l’âge de 4 ans, elle aurait subi les assauts de son père dans l’appartement familial, derrière des portes verrouillées où la maman toquait parfois pour savoir si tout allait bien. «On devait répondre que oui.»

En plus de ces viols qui se seraient succédé à fréquence élevée, le Portugais d’origine aurait asséné des coups à ses deux enfants et usé de violences verbales, contribuant ainsi selon le parquet à «briser la résistance» de sa victime. Avec aussi les petits cadeaux dont il l’aurait gâtée, achetant un silence monnayé ensuite par une menace d’internement en hôpital psychiatrique. Puis, de 2005 à 2011, entre les 13 et les 19 ans d’Alice, son frère aîné se serait également livré à des attouchements répétés.

L’entourage nie tout

Des accusations «effroyables», dixit Patrick Michod, avocat du père, auxquelles peu d’éléments factuels permettent de donner corps. Mais les conséquences déclarées sont bien présentes: «Je ne peux plus aller travailler, je ne dors pas bien, je fais des cauchemars, je me réveille tout le temps, j’ai des phobies sociales et beaucoup d’anxiété», énumère Alice.

C’est d’ailleurs à la suite de tels symptômes que la jeune femme a exhumé de sa mémoire les traumatismes enfouis. Raison pour laquelle sa plainte n’a été déposée qu’en août 2016, au cours d’un processus psycho-thérapeutique.

Ses déclarations sont niées par ses proches. Jusqu’aux nombreuses tantes du Portugal, dont une est venue témoigner, assurant avoir vu grandir sa filleule joyeusement au sein d’un foyer aimant. Seul le frère admet une bribe et reconnaît un épisode unique, dans la petite enfance, des gestes d’une nuit, guidés par «la curiosité».

«Choqué» par les aveux d’Alice concernant son fils, le père nie les actes d’ordre sexuel avec des enfants, la contrainte sexuelle, le viol et les actes d’ordre sexuel commis sur une personne incapable de discernement qui pourraient l’envoyer en prison. «Pourquoi votre fille irait-elle inventer tout cela à votre propos?» a voulu creuser le président, Alban Ballif. «C’est une question que je me pose souvent. Je n’ai pas de réponse», répond l’accusé.

Tête ployée, yeux baissés, en larmes, la mère accusée de complicité n’a redressé le regard que pour affirmer son incompréhension devant le changement soudain d’attitude de sa fille, en 2015. Mère au foyer, elle assure avoir été très et même trop présente dans la vie de son enfant, l’écolière active et sans histoires, l’adolescente un brin rebelle traitant sa génitrice de «fouine» tant elle investissait chaque pan de son existence. Avocate d’Alice, Coralie Germond y a décelé une contradiction: «Vos deux enfants affirment qu’ils ont été souvent battus par leur père. Et vous ne vous souvenez que d’une fois? Mais où étiez-vous?» «Je ne sais pas.»

Beaucoup de points d’interrogation ont ainsi flotté dans le prétoire au premier jour de ce procès. Alice est-elle tombée enceinte lorsque son corps a atteint la puberté? Réponses contradictoires. À quel âge a-t-elle eu ses premières règles? Déclarations floues. A-t-elle fait une, voire plusieurs fausses couches? Imprécisions générales. Sa mère lui aurait-elle donné des médicaments abortifs? Soupçons et dénégations. Réquisitoires et plaidoiries tenteront mardi de remplir les blancs, de reconstituer des épisodes et de trancher entre les versions.

*Prénom d’emprunt

Créé: 09.12.2019, 22h01

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