Les adolescents trans se font désormais entendre

SantéLe pôle interdisciplinaire du CHUV et des HUG prend en charge les jeunes très tôt pour permettre une transition de genre avant la puberté et éviter des souffrances inutiles.

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Il fait chaud en cette belle journée de la fin du mois de mai. Pourtant Francis* porte une veste en jean et un gros foulard qui lui cache le torse. Il ne veut pas montrer ses formes, il n’aime pas son corps, il espère en changer dès que possible. Francis est trans. Il vient régulièrement aux rencontres du groupe de jeunes de VoGay.

L’association vaudoise ouvre ses portes tous les vendredis aux personnes de moins de 25 ans concernées par l’homosexualité, la bisexualité ou la transidentité. Né avec un sexe féminin, Francis se sent garçon depuis longtemps, bien qu’il n’ait osé faire son coming out trans que tout récemment. «Lorsque j’avais 8 ans et que je devais me changer dans les vestiaires des filles à la piscine, je voyais bien que quelque chose n’allait pas, explique-t-il. J’étais gêné par mon physique, mais je suis très vite tombé dans le déni. En regardant les photos de famille de cette époque, on voit bien que mon style a toujours été très androgyne.»

Le jeune adulte aurait aimé pouvoir profiter de la prise en charge que proposent actuellement le service de pédiatrie des HUG et la Division interdisciplinaire de santé des adolescents (DISA) du CHUV (lire ci-dessous). Anne-Emmanuelle Ambresin, médecine cheffe de la DISA, explique: «Lorsque la puberté vient de commencer, nous pouvons la bloquer avec des médicaments. Cela permet de donner un peu de temps supplémentaire au jeune pour réfléchir, mais également à sa famille. Par la suite, on peut relancer la puberté soit dans le sexe biologique, soit dans le sexe de préférence afin de développer les caractères sexuels secondaires propres à ce dernier.»

En d’autres termes, il s’agit de donner au corps d’une fillette la testostérone lui permettant de développer sa pilosité et de muer. A l’inverse, de donner à celui d’un garçon les hormones féminines pour qu’il développe sa poitrine et évite d’avoir une voix grave. Agir avant la puberté est indispensable selon la spécialiste. «L’imprégnation hormonale du début de la puberté met les adolescents qui se questionnent sur leur identité de genre en crise, car ils voient leur corps se transformer dans le sexe qui ne correspond pas à l’image qu’ils ont d’eux-mêmes.» Cela engendre, comme pour Frédéric, un énorme malaise.

«A 12 ans, j’ai eu mes règles, et c’est là que j’ai véritablement compris que j’étais une fille. Ça a été une catastrophe pour moi. Aujourd’hui, je cache ma poitrine avec un bandeau spécial qui l’aplatit. Je déteste prendre ma douche car je dois affronter ma nudité. Je n’ai qu’une envie, me faire opérer afin que mon apparence physique soit en adéquation avec mon sentiment profond d’être un homme.»

Les opérations de réassignation de sexe, qui se pratiquent uniquement sur les adultes, ne sont toutefois pas un passage obligé. «Il est important d’aider les adolescents trans au plus près de leurs besoins, ni plus ni moins, explique la doctoresse Erika Volkmar, présidente de la fondation Agnodice, qui vient en aide aux jeunes trans de moins de 16 ans. Il s’agit donc d’agir médicalement ou socialement de la manière la plus légère possible pour les soulager. Pour certains, cela passe uniquement par une transition de genre sociale avec un changement de prénom. Cela peut se faire facilement, l’état civil reconnaît ce besoin dès l’enfance.»

Soutien familial

La doctoresse précise: «La transidentité n’est pas une maladie psychiatrique, mais ses conséquences sociales peuvent mener à la dépression ou au repli sur soi. Avoir un milieu familial soutenant a un énorme impact positif sur le bon développement des enfants trans.» Etienne*, 16 ans, n’a pas cette chance: «Il y a un an, j’ai parlé à mes parents de ma transidentité et ils ont éclaté de rire. Ils pensent que c’est une passade et ils ne veulent pas que j’en parle à l’extérieur. J’ai pourtant averti mes camarades de classe à la fin de l’année dernière. Ils me comprennent et me soutiennent. Le doyen, en revanche, ne veut pas m’appeler par mon nouveau prénom, tout comme la plupart de mes professeurs.»

Travestis et amalgames

L’adolescent compte sur l’aide d’Agnodice pour parvenir à amener sa famille et son école (lire ci-dessous) à de meilleurs sentiments. Aymeric Dallinge, coordinateur du groupe jeunes de VoGay, explique: «Je suis content qu’Etienne ait fait son coming out. Jusque-là, il ne pouvait vivre sous son identité masculine qu’aux rencontres du groupe du vendredi soir.»

La discrimination dont sont souvent victimes ces adolescents atypiques peut avoir des conséquences très graves. «Les personnes trans, dont l’identité profonde est niée par l’environnement dans lequel elles évoluent, peuvent manifester diverses psychopathologies, poursuit la Dre Erika Volkmar. Si elles ne sont pas acceptées par leurs familles et que la société les rejette comme trop bizarres, elles risquent de ne pas trouver de travail, de ne pas parvenir à s’épanouir et à mener une vie productive. La société a longtemps fait l’amalgame entre les personnes trans et les travestis de cabaret ou le monde de la prostitution.

Il faut réaliser que, par le passé, un grand nombre de trans n’avaient d’autre choix que de rejoindre ce milieu pour gagner leur vie. Heureusement, aujourd’hui les choses évoluent et on parle même de fierté trans car, au-delà des souffrances, être trans est aussi une expérience enrichissante.»

Pour lutter contre les préjugés, les spécialistes insistent sur la formation des pédiatres, soignants, enseignants mais aussi sur la sensibilisation d’un large public. La plupart des associations gays et lesbiennes ont désormais englobé les trans dans leur mouvement. L’expérience de Martial* est parlante. Le jeune homme a eu le soutien de sa famille dès son coming out, à l’âge de 14 ans. Il en a aujourd’hui vingt et un et suit une hormonothérapie. Sa voix est grave, ses jambes sont poilues et sa pomme d’Adam est bien visible. Il travaille, il se sent bien et attend avec impatience de se faire opérer pour être définitivement un homme.

Collaboration pédiatrique valdo-genevoise

«On a l’impression qu’il y a de plus en plus de jeunes avec des questions d’identité de genre, mais ils ont probablement juste plus facilement accès à nous qu’avant, explique Arnaud Merglen, médecin adjoint au service de pédiatrie des HUG. Nous avons récemment commencé à mieux former les pédiatres pour une prise en charge précoce de ces jeunes, car les pédiatres sont souvent les premiers interlocuteurs.»

Le réseau de variance du genre pour enfants et adolescents au CHUV et aux HUG est composé d’endocrinologues, de pédiatres, de pédopsychiatres, de travailleurs sociaux, des services santé jeunesse et des associations concernées. «Vivre une non-concordance entre le sexe biologique et l’identité de genre a un impact majeur sur la santé de l’enfant, l’expose à des stigmatisations, à des discriminations et souvent à de la violence.

La famille est aussi fortement déstabilisée. Nous accompagnons de manière personnalisée ces jeunes en étant à l’écoute de l’identité authentique de chacun. Avec d’autres spécialistes, nous aidons les familles à mieux comprendre ce qui se passe pour leurs enfants, à les soutenir, et à limiter ensemble les risques liés à la santé.»

Anne-Emmanuelle Ambresin précise: «La plupart des jeunes trans que nous avons vus à la DISA souhaitent une transition hormonale qui est partiellement réversible. Pour la majorité des jeunes, cette perspective est suffisante dans un premier temps.»

* Prénoms d’emprunt (24 heures)

Créé: 10.06.2017, 09h06

Ecole

Informer les profs et accompagner l’élève

Depuis 2012, les équipes de l’Unité de promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire (PSPS) du canton de Vaud reçoivent une formation ad hoc pour être sensibilisées à la diversité de genres.

Les élèves trans ont ainsi la possibilité de s’adresser à des personnes de confiance au sein de l’école. «Nous avons été confrontés à une dizaine de cas ces dernières années. Le plus jeune était à l’école enfantine, constate Olivier Duperrex, responsable de l’Unité PSPS.

Lorsque l’enfant et ses parents sont prêts, nous proposons une première discussion avec le directeur de l’école et l’infirmière scolaire. Cela permet d’expliquer le parcours et les motivations du jeune.

Dans un deuxième temps, nous informons les professeurs. Enfin, nous en informons la classe, ce qui provoque souvent une belle cohésion autour de l’élève trans. Ce dernier est présent à chaque étape, tout comme une personne d’Agnodice, qui coordonne et accompagne le processus.

Agir de la sorte aide véritablement le jeune, qui ne doit plus se sentir obligé de se déguiser et peut apprendre en toute sécurité.»

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