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Des ados apprennent à dompter des monstres

Conduire un tracteur qui coûte 200 000 fr. dès 14 ans? Surprenant mais courant. La formation se renforce.

Fin d'une formation de deux jours à l'Ecurie de la Venoge, à Vufflens-la-Ville: cinq jeunes de 15 à 17 ans ont appris à conduire leur tracteur sur la route.
Fin d'une formation de deux jours à l'Ecurie de la Venoge, à Vufflens-la-Ville: cinq jeunes de 15 à 17 ans ont appris à conduire leur tracteur sur la route.
CHRISTIAN BRUN

Cinq tracteurs agricoles roulent en file dans le trafic pendulaire de la région de Vufflens-la-Ville en plein développement économique. Des engins modernes et imposants dont le coût peut se situer entre 100 000 et 240 000 francs. Et dire que des jeunes de 15 à 17 ans les conduisent!

Ils sont enfants de paysans, apprentis ou futurs apprentis agricoles. Mercredi en fin d’après-midi, ils terminaient leur formation de deux jours «G40», qui cible principalement les 14-20 ans amenés à insérer dans le trafic quotidien leur outil de travail, des tracteurs capables de rouler à 40 km/h.

Ambiance appliquée

Ils écoutent attentivement David Goy, leur moniteur. Paysan, instructeur de conduite toutes catégories, ancien chauffeur et toujours formateur aux Transports lausannois (TL), il a ouvert récemment, avec son épouse Nadine, l’Écurie de la Venoge. Des acheteurs y trouvent des produits de la ferme. L’endroit vient aussi d’être reconnu comme lieu de formation «G40» par l’Association suisse pour l’équipement technique de l’agriculture (ASETA).

Sont-ils impressionnés, les jeunes, de dompter des monstres qui se pilotent à l’aide d’un joystick et d’un écran tactile? Ils gèrent avec calme. L’ambiance est sereine et appliquée. «Nous avons appris pas mal de choses. En particulier à rouler au milieu des citadins. Nous n’avons pas l’habitude et, vu les dimensions des tracteurs et des remorques, c’est serré», relève Quentin Fiechter, futur apprenti agricole âgé de 17 ans, de Clarmont, au-dessus de Morges.

Les automobilistes et les motards ne le savent pas toujours: dès 14 ans, il est possible de conduire un tracteur dont la vitesse maximale est de 30 km/h, moyennant un examen théorique. Cela rappelle le bon vieux «boguet». Les tracteurs sont de plus en plus en mesure de rouler jusqu’à 40 km/h, la vitesse maximale autorisée pour ces engins depuis 1998. L’Office fédéral des routes (OFROU) a dans la foulée rendu obligatoire le cours pratique «G40» que les cinq jeunes ont suivi à Vufflens-la-Ville. «Même dans les vignes, nous avons de plus en plus de tracteurs qui roulent jusqu’à 40 km/h. Il faut que je puisse aller d’une parcelle à l’autre sans problème», relève Jérémy Rime, d’Onnens, 17 ans, en première année d’apprentissage viticole.

Virer à gauche, un défi

L’angoisse du conducteur de tracteur sur la route, c’est l’automobiliste ou le motard qui dépasse lorsque l’engin agricole doit virer à gauche. «L’angle mort du rétroviseur et le contrôle visuel avant de tourner, c’est un des points forts de la formation», relève David Goy. Selon le Service de prévention des accidents de l’agriculture (SPAA), 400 véhicules agricoles sont impliqués chaque année dans des accidents de la route en Suisse. Une dizaine de ces chocs sont mortels et 30 à 40% de ces décès sont dus à une bifurcation à gauche.

«Le trafic est devenu plus tendu», relève David Goy. Comme l’expérimentent les jeunes conducteurs de tracteurs tout juste formés, les citadins vivent à la campagne. Des zones industrielles ou de logistique s’y développent, comme celle de Vufflens-la-Ville - Aclens. Dans ce secteur où d’importantes étendues sont pourtant agricoles, les voitures des pendulaires font la queue aux giratoires aux heures de pointe bien fréquentées par les camions. Les villages se protègent du trafic en le modérant à l’aide de multiples aménagements.

C’est dans cette circulation bigarrée et parfois compliquée que les cinq jeunes fraîchement instruits se faufilent au volant de tracteurs qui, à eux seuls, pèsent entre 3 et 9 tonnes et mesurent 2,55 m de large. En comptant la remorque et le chargement, ces conducteurs peuvent se retrouver à la tête d’un «train routier» long de 18,75 m et au poids de 40 tonnes. Bon à savoir quand on conduit une voiture ou une moto sur une route cantonale au milieu des champs.

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