L’affaire Annen freine les plans du Canton

ScandaleLe retrait de l’éleveur de porcs va à l’encontre de la volonté politique de dévelloper la filière. Mais le marché n’en souffrira pas

Actuellement, Vaud produit 30% de ce qu'il consomme en matière de porc. Insuffisant selon les autorités.

Actuellement, Vaud produit 30% de ce qu'il consomme en matière de porc. Insuffisant selon les autorités. Image: Philippe Maeder

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Le feuilleton n’est pas complètement clos. Certes, les sanctions annoncées jeudi par le Conseil d’Etat à l’encontre de l’entreprise Annen rapprochent l’affaire des porcs maltraités de son épilogue. Il reste néanmoins du travail et des questions autour de ce dossier ouvert il y a tout juste un an.

D’abord parce que la famille Annen, exploitant environ 30% des porcheries du canton, a annoncé qu’elle cessait définitivement ses activités de production. Si ce retrait ne devrait pas affecter significativement le marché, il marque un vrai coup d’arrêt pour la politique porcine vaudoise. «Dans ce secteur, le marché est national donc nous ne manquerons pas de porcs, d’autant plus que nous sommes plutôt en suroffre en ce moment, confirme Luc Thomas, directeur de Prométerre, l’association vaudoise de promotion des métiers de la terre. Par contre, sur le plan cantonal, l’objectif est au redéploiement de la production et il s’agit donc d’un pas en arrière.»

En matière de porc, le canton de Vaud produit environ 30% de ce qu’il consomme. «A terme, nous aimerions que les saucissons vaudois contiennent exclusivement du porc vaudois «paille et soleil», souligne Frédéric Brand, chef du Service de l’agriculture et de la viticulture (SAVI). L’arrêt de la production Annen va donc à l’encontre de cette ambition. Elle pose aussi un autre problème, plus concret. «La plupart des porcheries concernées appartiennent à des sociétés de fromagerie et servaient à la mise en valeur du petit-lait. Il faudra donc trouver d’autres moyens pour valoriser correctement ce sous-produit», indique Luc Thomas.

D’autres sanctions?

Dans le milieu, les décisions du Conseil d’Etat sont saluées et soulignées d’un «ça ne pouvait plus durer». Pour certains, la famille Annen a préféré «la surenchère de la location» au lieu de laisser des porcheries à d’autres agriculteurs. «Une longue période a été laissée pour faire les adaptations liées à la révision de l’ordonnance fédérale sur la protection des animaux, rappelle René Eicher, président romand de la faîtière Suisseporcs. Mais le choix d’amortir les vieilles casseroles jusqu’au bout était dicté par des questions de rentabilité.»

C’est finalement la récurrence et la généralisation des problèmes qui ont poussé le Canton à frapper fort. «Et les sanctions prises par le Canton pourraient être suivies de sanctions, encore plus lourdes, prononcées par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) si un dépassement des effectifs maximaux définis est établi», prévient Frédéric Brand.

Car la «constellation» ou la «nébuleuse» Annen, comme certains l’appellent, est en train d’être décortiquée. Si l’entreprise familiale est basée à Gollion, elle possède 23 porcheries sur le territoire vaudois. Certaines lui appartiennent, comme à Corcelles-près-Payerne, d’autres sont louées. Au total, dix entités juridiques ont été identifiées, en société anonyme ou en nom propre. «La structure des dix sociétés va être contrôlée afin de vérifier l’indépendance économique des sociétés entre elles», annonçait le Conseil d’Etat jeudi. S’il s’avérait que toutes les sociétés n’étaient pas indépendantes, le quota de bêtes par éleveur pourrait être dépassé. Ce dépassement serait alors taxé par l’OFAG à hauteur de 75 francs par tête de porc. Une sanction suivie par la demande de remboursement de tous les paiements directs déjà reçus et ce, de manière rétroactive.

L’exception vaudoise

Applaudies, les sanctions décidées par le Canton ne sont donc pas exceptionnelles. «Nous agissons depuis longtemps pour veiller au bien-être des animaux car nous avons un contrat moral et légal avec la population», ajoute le chef du SAVI. Vaud se distingue néanmoins par son soutien financier conditionné par des exigences supérieures à celles de la législation fédérale. «De plus, il s’agit d’un coup de pouce à fonds perdu, ce qui est à ma connaissance une première en Suisse.» (24 heures)

Créé: 25.08.2017, 19h57

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