Une affaire d'inceste au-delà du dicible

Tribunal criminelUn papa de huit enfants répond depuis mardi devant le Tribunal criminel d’actes sexuels d’une rare gravité sur ses enfants.

Le Tribunal criminel de la Broye et Nord vaudois siège exceptionnellement à Renens pour juger une affaire d'inceste à flanquer la nausée

Le Tribunal criminel de la Broye et Nord vaudois siège exceptionnellement à Renens pour juger une affaire d'inceste à flanquer la nausée

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On s’attendait au pire en matière d’abus sexuels commis dans un cadre familial. Eh bien, c’est le pire du pire qui a été déballé mardi devant le Tribunal criminel de la Broye et du Nord vaudois siégeant exceptionnellement dans la salle d’audience cantonale à Renens. Un père de huit enfants est accusé d’avoir abusé et violenté pendant près de douze ans, jusqu’en 2016, plusieurs de ses filles et fils. Cela dans des conditions et d’une manière qui flanquent la nausée. Des gifles et des brimades compléteraient le sombre tableau. Accusée d’avoir su et laissé faire, son épouse comparaît à ses côtés. Mais elle aussi s’est plainte d’avoir été tourmentée, battue et violée par son mari.

«Admettez-vous avoir commis des actes d’ordre sexuel sur vos enfants, oui ou non?» interroge le président Tesaury. «Je nie», répond brièvement ce Vaudois quadragénaire en gros pull, silhouette massive, cheveux longs et barbe foisonnante, visage hermétique. Dénoncé par deux de ses filles, il a été incarcéré une première fois entre juillet 2015 et février 2016, puis à nouveau depuis décembre 2016, accusé d’avoir récidivé.

Rentier AI en raison d’un retard intellectuel mais partiellement actif dans la construction, l’accusé s’est marié à 20 ans avec une femme de son âge. Les deux s’étaient connus à 18 ans dans un centre de formation professionnelle pour personnes en difficulté d’apprentissage. Entre 1996 et 2014, le couple a eu huit enfants, trois filles et cinq garçons.

Les disputes entre frères et sœurs étaient fréquentes et violentes. Les enfants souffraient de carence affective et de troubles du langage dans cette famille qui se rendait à l’église le dimanche.

Cette situation délétère s’est développée malgré l’intervention du Service de protection de la jeunesse (SPJ) dès 2001 et la mise en place d’une curatelle d’assistance éducative en faveur des enfants dès 1997. Les prévenus se seraient montrés difficilement atteignables, peu collaborants et n’auraient pas investi dans le soutien mis en place.

Au domicile du couple

Les actes reprochés se sont essentiellement déroulés au domicile du couple, dans le Nord vaudois. Dans un climat de sexualité débridée, dans leur logement, constamment insalubre et en grand désordre. Où, par exemple, les enfants ont été observés en train de manger par terre sur un sol jonché de déchets. Où en 2015, lors d’une visite après la prise en charge des enfants, le SPJ avait été impressionné par l’odeur pestilentielle qui y régnait.

Face aux juges, deux des trois enfants qui auraient le plus souffert de leur père ont souhaité qu’on le fasse sortir de la salle avant de s’exprimer. Mais l’aînée a tenu à l’affronter, sans toutefois s’adresser directement à lui. «Je veux qu’il comprenne ce qu’il a fait et qu’il soit puni, a-t-elle lancé. J’ai envie qu’il entende ce que j’ai à dire.» Et ce qu’elle dit est insoutenable.

La jeune femme raconte que cela a commencé lorsqu’elle avait 8 ans. D’abord par des attouchements, puis, vers l’âge de 13 ans, par des pénétrations, des viols, jusqu’à deux fois par jour. «Cela se passait la nuit dans ma chambre, explique-t-elle. Il me mettait le coussin sur la tête. Je me laissais faire. Vers 15 ans, il croyait que j’étais tombée enceinte, il m’a serré plusieurs fois le bas du ventre pendant une à deux semaines avec ses deux poings.»

Dissuasion de la mère

Pourquoi ne pas en avoir parlé tout de suite à sa mère? «Comme cela avait commencé alors que j’étais très jeune, je pensais que c’était normal», souffle-t-elle. Avant d’ajouter: «Ma maman nous disait à ma sœur et moi que cela pourrait se retourner contre nous.» L’un de ses frères rapporte d’une voix morne ce qu’il aurait enduré. «Pour avoir le droit d’utiliser la console de jeux, on devait masturber papa, mon petit frère et moi.» Il ajoute: «Il y avait une vie sexuelle intense à la maison, on touchait les filles et les zizis des garçons, on regardait des films pornos.» Son père leur aurait dit qu’il était normal de «faire l’amour entre frères et sœurs». Et puis le jeune homme évoque un épisode hallucinant: «Un jour mon père m’a demandé de le sodomiser. J’ai refusé. Il a dit qu’il me casserait la gueule. Alors j’ai fait.»

«Comme cela avait commencé alors que j’étais très jeune, je pensais que c’était normal»

Ce garçon était aussi présent lors de l’affaire qui a valu à son papa de retourner en prison en 2016. Cela se passait dans un hôtel dans la Broye. «Il était avec une de mes sœurs. Il m’a envoyé acheter à manger. Quand je suis revenu il y avait une odeur de sexe dans la chambre.» Pour le procureur, c’était un viol de plus.

«J’avais l’impression de n’avoir aucune prise sur lui, déclare un inspecteur de police qui s’est chargé de l’affaire. Il répondait systématiquement à côté.»

Interrogé comme témoin, le frère de l’accusé le décrit comme un homme plutôt doux, qui aurait été abusé sexuellement par un membre de la famille lorsqu’il était enfant. Bien noté par son employeur, ce prévenu en apparence bien tranquille, auquel les psychiatres reconnaissent une légère diminution de responsabilité pénale, risque une lourde peine de prison. Il devrait livrer jeudi sa version de ces horreurs. On dit qu’il aurait réponse à tout. (24 heures)

Créé: 13.03.2018, 21h20

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