«L’agressivité en EMS, une réalité quotidienne»

SantéArmin von Gunten, directeur de la psychiatrie de l’âge avancé au CHUV, plaide pour une approche «nuancée mais pas naïve» d’un phénomène répandu et qui va croître.

Dimanche, un octogénaire résident de l'EMS L'Eaudine, à Territet, a blessé quatre autres pensionnaires.

Dimanche, un octogénaire résident de l'EMS L'Eaudine, à Territet, a blessé quatre autres pensionnaires. Image: CHANTAL DERVEY

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Le drame de Territet – quatre pensionnaires agressés par un octogénaire dans un EMS – a choqué. L’intensité de la violence était «tout à fait exceptionnelle», souligne le professeur Armin von Gunten, directeur de la psychiatrie de l’âge avancé au CHUV. Ce cas rare ne doit pas faire oublier que l’agressivité en EMS est répandue, souligne le médecin. Entretien.

L’agressivité des personnes âgées est-elle bien étudiée?

Elle est fréquente, on la constate au quotidien dans les EMS. 40 à 50% des résidents en EMS ont eu au moins une fois des comportements agressifs ou d’agitation dans les cinq ans écoulés. Ce sont parfois des manifestations physiques, plus souvent verbales comme des insultes. Ces manifestations d’agressivité sont surtout défensives. Le patient cherche à se protéger. Plutôt qu’analyser la situation, il exprime par son agressivité son désaccord, ses angoisses ou un mal-être.

Relie-t-on cette agressivité à des pathologies précises?

On peut parler de pathologies variables. Souvent, ce sont des personnes atteintes de maladies démentielles comme la maladie d’Alzheimer. Mais ce serait faux de stigmatiser ces malades en particulier. Les psychoses, les dépressions, les troubles de la personnalité, les dépendances à des substances psychoactives et l’état confusionnel hyperactif sont aussi reliés à des formes d’agressivité.

On associe les grands vieillards à un état de faiblesse et on ne les image pas capable de violence. C’est un tabou?

C’est une question difficile. Parler d’un tabou est excessif. Mais il ne faut pas être naïf. La vie en EMS est une forme de vie en communauté, avec des tensions, des conflits, des incompréhensions. Dans ce contexte, des personnes âgées sont capables de réactions vives.

Le risque zéro est impossible?

Tout à fait. Mais on peut prévenir des dérapages par une bonne formation théorique sur les troubles de comportement de ces patients ainsi que par un savoir-faire et un savoir-être appropriés vis-à-vis d’eux. Cela renvoie à la formation. Le niveau des personnels dans nos EMS est, en général, bon. Mais des réflexions existent pour davantage intégrer la gestion des situations d’agressivité dans les formations. Il y a une marge pour progresser.

Avec le vieillissement de la population, les situations à risque vont-elles augmenter?

Logiquement, oui, puisque le nombre de personnes âgées atteintes de troubles du comportement augmentera. C’est d’autant plus important de réfléchir à améliorer encore la formation pour réduire les risques de dérapage, mais aussi pour limiter la souffrance des personnels médicaux et soignants confrontés à des situations d’agressivité quotidienne difficiles à vivre. (24 heures)

Créé: 27.02.2017, 21h51

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