Donner envie aux communes de s'unir, mission ardue pour l'État

PolitiqueLe Grand Conseil empoigne mardi la réforme du mécanisme étatique. La ministre Verte Béatrice Métraux va devoir se montrer convaincante.

Béatrice Métraux va défendre devant le Grand Conseil son projet de loi modifiant le mécanisme de soutien aux fusions de communes.

Béatrice Métraux va défendre devant le Grand Conseil son projet de loi modifiant le mécanisme de soutien aux fusions de communes. Image: Jean-Bernard Sieber-A

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les récentes fusions de communes dans le district de Morges - deux projets acceptés en novembre dernier - ne masquent pas une réalité: depuis cinq ans, le mouvement s’est grippé, a ralenti, et plusieurs unions ont queuté lors du vote populaire. L’État souhaite relancer la dynamique en modifiant le mécanisme de soutien aux communes qui souhaitent se marier. Cela passe nécessairement par une révision de la loi.

C’est la ministre Verte Béatrice Métraux qui défendra ce dossier devant le Grand Conseil, et tout porte à croire que ce ne sera pas une promenade de santé pour elle. Mardi dernier, les députés ont tout juste eu le temps de voter la très formelle «entrée en matière». D'emblée, les groupes politiques, Vert'libéraux exceptés, ont exprimé leur scepticisme. La droite a promis d'y mettre son grain de sel. Le projet est jugé «peu ambitieux» par la gauche, écologistes compris. L’accueil au sein de la commission chargée de l’étudier a été «mitigé», selon son rapport.


À lire : Mariages communaux: après l'élan de 2011 le soufflé retombe


Que prévoit cette réforme? Premièrement, l’instauration d’une «aide au démarrage», inconnue jusqu'alors dans le canton de Vaud, mais qui existe en Valais, à Neuchâtel, à Berne et dans le Jura. L’État financerait la moitié de l’étude préalable, avec un plafond fixé à 70 000 francs pour une fusion à deux, graduellement porté jusqu’à 120 000 francs au maximum pour les unions à cinq ou plus. Cette mesure iconique sera d’emblée attaquée. «Le contribuable vaudois n’a pas à payer pour des communes qui ne savent pas encore si elles veulent ou non fusionner. Si toutes étudient mais ne fusionnent pas, on aura bien gaspillé de l’argent», a d’ores et déjà tempêté le député PLR Jean-Marc Genton.

Embellir la mariée

Autre volet de la révision: un nouveau calcul de l’incitation financière: cette manne cantonale que touche toute nouvelle commune fusionnée était jusqu’à présent calculée en fonction du nombre de ses habitants: 250 francs par tête de pipe. Très égalitaire, mais rien qui donne envie aux collectivités fortunées d’unir leur destin avec celles moins bien loties. Désormais, il sera tenu compte de la capacité financière de chacune des parties à la noce. Les communes pauvres - celles dont la valeur du point d’impôt est basse en regard de la moyenne vaudoise - auront dans leur corbeille un rab d’argent. Le Canton lâchera 300 francs par habitants, voire même 400 francs pour les moins aisées. Pour les autres en revanche, le tarif descend à 200 francs au lieu de 250. La commission chargée d’étudier le projet recommande de rehausser de 50 francs tous ces paliers. L’argent sera tiré du fonds actuel dévolu à cette cause: il reste 10 millions de francs dans cette cagnotte, qui pourra être regarnie en temps voulu.


À lire : Six unions sont envisagées d'ici 2021


Quoi d’autre? Pas grand chose, déplore le camp rose-vert. Exit la «prime à la fusion», qui était un bonus sonnant et trébuchant accordé aux nouveaux mariés. Il est justement remplacé par l’aide au démarrage. La nomination d’un Monsieur ou Madame Fusion n’est pas prévue, mais elle reviendra sur le tapis pendant les débats. Ce poste à plein temps s’est en effet dilué dans l’organigramme du Service des communes et des logements (SCL) depuis le départ du titulaire Laurent Curchod, fin 2015.

Le Gouvernement, qui s’est fendu d’un comparatif détaillé avec les pratiques des autres cantons romands, liste toute une série de mesures envisagées, puis écartées. Certaines touchaient aux modalités du vote populaire, assouplissant la rigide règle de l’unanimité des communes, requise pour qu’une fusion soit entérinée. Une déception pour le socialiste Nicolas Rochat Fernandez, qui avait suggéré plusieurs de ces idées dans un postulat.

L'autonomie communale en question

«Ce projet n’a pas d’envergure, de souffle», a regretté Jean-Michel Dolivo (Ensemble à Gauche). «Il est regrettable que ce projet de loi ne soit pas plus novateur, plus constructif, a embrayé le député Didier Lohri au nom des Verts. Les associations de communes posent d’énormes problèmes aujourd’hui en termes de contrôle démocratique. La solution reste les fusions.» Serge Melly, de Vaud Libre, va même plus loin: «Le Conseil d’État ne pouvait rien proposer de mieux sans toucher à la sacro-sainte autonomie communale. Mais ne serait-il pas temps de mettre la pression? Quand le périmètre d'une fusion est logique, on pourrait renoncer à l’unanimité, et forcer la main d’une commune qui a dit non sous le coup de l’émotion. À l’échelle nationale, on a l’habitude de se voir imposer l’avis du majoritaire de ce côté-ci du Röstigraben.»

Béatrice Métraux va devoir affûter ses arguments. Face aux élus, elle a défendu son travail de synthèse. «Entre ceux qui ne veulent rien faire et ceux qui en veulent plus, il y a un chemin de crête que le Conseil d’État s’est efforcé de trouver, en entendant les expériences et les attentes du terrain.» L’autonomie communale «revient dans chaque débat, comme principe fondateur, a-t-elle rappelé. La Constitution vaudoise donne un objectif très clair à l’État, qui doit encourager et favoriser les fusions. La loi prévoit des mesures non coercitives, mais incitatives, notamment financières.» Leurs contours seront débattus en plénum dès mardi.

Créé: 18.02.2019, 11h13

Un mouvement de fond contesté

Depuis l’introduction de la nouvelle Constitution vaudoise il y a une quinzaine d’années, le nombre de communes, par le biais des fusions, est passé de 382 à 309. Plus de la moitié d’entre elles comptent moins de 1000 habitants et 112 en recensent moins de 500. Le potentiel de fusions est donc encore là. Le mouvement est jugé souhaitable par l’État. «Plus une commune dispose de moyens, plus elle sera en mesure d’assumer un nombre important de tâches et de responsabilités. Ressources et autonomie vont de pair, est-il relevé dans le projet de loi. Or, pour les communes, «les enjeux de ces prochaines années sont cruciaux et les investissements à venir considérables, notamment en matière scolaire et d’assainissement (collecte, évacuation et épuration des eaux), sans parler de la gestion de l’aménagement du territoire, sujets qui dépassent largement l’échelle d’une commune de 500 à 1000 habitants.» Tout le monde ne chante pas pour autant les louanges de la fusionnite. Mardi, le député de Vaud Libre Jérôme Christen a ainsi mis en garde «contre la perte d’une démocratie de proximité, le citoyen ayant davantage confiance en des élus qu’il connaît». Bref, contre un «jacobinisme à la française ayant conduit à la crise des «gilets jaunes». La puissante Union des Communes vaudois (UCV) elle, se montre toujours très prudente en matière de fusion. «Nous n’avons pas pris position sur le projet du Conseil d’État et ne prenons pas part à ce débat», signale sa présidente, Claudine Wyssa.

Les conseils du Gouvernement

Ça ne mange pas de pain. Le Conseil d’État a émis quelques recommandations aux municipalités pour faire aboutir leur projet de fusion. L’ensemble des municipaux devrait prendre part au processus dès son lancement, pour que tous s’impliquent. La population aussi devrait être intégrée dans une démarche participative. «Cela permettrait non seulement d’entendre plus en amont les craintes, les critiques et les interrogations des citoyens, mais aussi de réduire le déficit de connaissances et d’informations concernant le fonctionnement d’une commune», souligne le Gouvernement. La communication autour du projet devrait être «moins technique et plus précoce». Il faudrait aussi davantage mettre en avant l’expérience positive des autres fusions, estime-t-on.

Articles en relation

C'est oui à la fusion de Hautemorges!

Région Les habitants d'Apples, Bussy-Chardonney, Cottens, Pampigny, Reverolle et Sévery ont dit oui à leur mariage. Plus...

Hautemorges: le sort de la fusion divise la population

Vaud Voyage à la rencontre des habitants, au cœur des villages amenés à s’unir autour d’Apples. Plus...

Assens et Bioley-Orjulaz se font les yeux doux

Fusions de communes Les Municipalités des deux communes du Gros-de-Vaud veulent étudier un avenir commun Plus...

Vaud veut raviver la flamme des fusions

Territoire Coup de mou ou effet de seuil? Le rythme des épousailles communales s’est ralenti ces dernières années. Le Canton s’attelle à rallumer les braises. Plus...

«Une fusion doit être un mariage d’amour plus que de raison»

Communes Rencontre avec la spécialiste fribourgeoise des fusions Micheline Guerry-Berchier, alors que les processus sont au point mort sur Vaud. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.