Passer au contenu principal

Les amoureux du patrimoine dénoncent la politique du Conseil d’Etat

D’anciens hauts fonctionnaires demandent que la Division patrimoine soit retirée du Département des finances

Classée en note 2, la halle aux locomotives de Lausanne a été rasée pour laisser la place au Musée cantonal des beaux-arts.
Classée en note 2, la halle aux locomotives de Lausanne a été rasée pour laisser la place au Musée cantonal des beaux-arts.
JEAN-PAUL GUINNARD

Les anciens responsables et des spécialistes du patrimoine poussent une gueulante contre «la mauvaise politique patrimoniale» du Canton de Vaud. Ils viennent d’envoyer une lettre ouverte au Conseil d’Etat dans laquelle ils demandent que la Division patrimoine ne soit plus rattachée au Département des finances, tenu par le PLR Pascal Broulis.

La missive est signée par onze personnes, dont l’ancien archéologue cantonal Denis Weidmann, l’ancien architecte cantonal Jean-Pierre Dresco, l’ancien directeur du Musée cantonal d’archéologie Gilbert Kaenel, ou encore Philippe Junod, historien de l’art et professeur à l’Université de Lausanne. Les signataires précisent qu’ils s’expriment également au nom «d’un grand nombre» de personnes qui ne peuvent pas prendre la parole publiquement sans exposer leur carrière professionnelle.

«Pour que les archéologues et les historiens se mettent ensemble, cela doit être grave», glisse un initié de ces milieux. L’antagonisme entre ces deux disciplines est une histoire bien connue. «Si nous faisons cette démarche exceptionnelle, écrivent les «anciens», c’est parce que nous estimons que le patrimoine historique et archéologique vaudois est en danger.»

Une absence de vision

En 2012, le patrimoine est tombé dans l’escarcelle du Département des finances. «Nous constatons qu’il subit de graves atteintes dues à l’absence d’une vision politique à long terme et à une volonté d’économiser sur des budgets de fonctionnement», déplorent-ils. Les blocages qui conduisent à la limitation des budgets ordinaires seraient dus à la répartition administrative, selon Denis Weidmann: «Mettre le patrimoine dans le Département des finances est une bizarrerie probablement unique en Suisse. C’est schizophrénique. D’un côté, la gestion des finances vise à limiter les dépenses et, de l’autre, il faut faire des investissements dans le patrimoine qui sont improductifs, comptablement.»

La lettre dénonce une politique trop bling-bling de Pascal Broulis: «S’il est prêt à délier sa bourse pour des dépenses de prestige (le château Saint-Maire et le portail Montfalcon de la cathédrale à Lausanne), il n’octroie en revanche pas les moyens nécessaires pour assurer la protection globale de notre riche héritage historique.»

Les «anciens» accusent tout bonnement le gouvernement de s’asseoir sur la Constitution vaudoise, qui stipule à l’article 52: «L’Etat conserve, protège, enrichit et promeut le patrimoine naturel et le patrimoine culturel.» Ils citent quelques exemples qui leur sont restés en travers de la gorge ces quatre dernières années: le projet de mise en vente d’une vingtaine de cures, la destruction de la halle aux locomotives, classée en note 2, pour laisser la place au nouveau Musée cantonal des beaux-arts. Il y a aussi le cas des Prés-de-Vidy, où le refus de moindre engagement cantonal a fait capoter les fouilles de la nécropole romaine. Alors même que la Ville de Lausanne se déclarait prête à investir plusieurs millions.

Enfin, ils déplorent le «sous-effectif criant» de personnel dans la section monuments et sites.

«Il y a beaucoup de choses fausses dans leur lettre. C’est peut-être de la méconnaissance»

Habillé pour l’hiver par les amoureux du patrimoine, Pascal Broulis se dit «à l’aise et calme»: «Il y a beaucoup de choses fausses dans leur lettre. C’est peut-être de la méconnaissance.» Le ministre des Finances assure que, sous sa conduite, «les budgets attribués au patrimoine ont augmenté». Il cite à son tour les projets qu’il a débloqués: abbatiale de Payerne, Château de La Sarraz ou celui de Saint-Maire. «Si on vend les cures, c’est parce que l’on veut qu’elles restent vivantes, indique Pascal Broulis. Même vendues, on continuera à les surveiller.»

Le candidat à sa propre succession au Conseil d’Etat pense que cette lettre ouverte s’inscrit dans la campagne électorale. Denis Weidmann s’en défend: «Simplement, après cinq ans, il se présente une opportunité de réorganiser les départements, alors nous mettons cela sur la table.»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.