Un an de plus pour répondre aux défis de l’école inclusive

EnseignementCesla Amarelle reporte l’entrée en force de la loi sur la pédagogie spécialisée, afin de repenser le système dans sa globalité.

La ministre Cesla Amarelle veut donner plus d'autonomie aux établissements scolaires s'agissant des mesures de pédagogie spécialisée.

La ministre Cesla Amarelle veut donner plus d'autonomie aux établissements scolaires s'agissant des mesures de pédagogie spécialisée. Image: Vanessa Cardoso

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S’il fallait une preuve que la cheffe du Département de la formation, Cesla Amarelle, a peu d’égard pour l’héritage de sa prédécesseur et camarade socialiste Anne-Catherine Lyon, la voici. La conseillère d’État a décidé de poubelliser le projet de «Règlement de la loi sur la pédagogie spécialisée», sorti bien cabossé de sa phase de consultation.

Le texte rédigé durant la précédente législature était «trop technique et complexe», a euphémisé Cesla Amarelle, vendredi devant les médias. Comprendre: une belle usine à gaz. Le règlement sera purgé, ce qui reporte d’un an l’entrée en vigueur de la loi, votée en 2015 par le Grand Conseil et bloquée plusieurs mois en justice. La rentrée scolaire 2019-2020 est le nouveau cap fixé. «Mais cela ne va bien sûr pas stopper les prestations déployées sur le terrain: pendant les travaux, la vente continue», a imagé Serge Loutan, le chef du Service de l’enseignement spécialisé (SESAF) qui prendra sa retraite fin avril.

Concept cantonal

Avec son successeur, qui n’est pas encore nommé, la ministre va peaufiner un dispositif global de soutien aux élèves en difficulté, a-t-elle révélé. Lequel ne sera pas figé dans le règlement mais dans un «concept cantonal», plus flexible, et réfléchi en concertation avec tous les acteurs concernés. «Je visite des établissements depuis sept mois. Dans chaque classe, les enseignants sont confrontés en même temps à trois problématiques: celle du handicap ou du trouble du développement qui concerne la pédagogie spécialisée, celle des comportements inappropriés relevant du domaine socio-éducatif, et enfin celle des élèves allophones. Il faut apporter une réponse générale et transversale à ces situations, auxquelles s’ajoute le problème du harcèlement en milieu scolaire.»

Une orientation est déjà prise: donner davantage d’autonomie aux établissements scolaires. «Ils n’ont pas tous les mêmes besoins», a constaté Cesla Amarelle. Une fois le cadre cantonal établi, un transfert d’argent leur permettra d’élaborer leur propre concept de prise en charge des élèves en difficulté. Ils pourront, par exemple, décider eux-mêmes des mesures renforcées de pédagogie spécialisée à mettre en place. Aujourd'hui, une telle demande doit être avalisée par un inspecteur du SESAF. Il s’écoule alors de longs mois avant qu’un enseignant spécialisé itinérant, non rattaché à l’établissement, ne vienne soutenir l’écolier.

Révolution copernicienne

Du côté des syndicats d’enseignants, on applaudit le principe tout en attendant de voir la teneur de ce concept cantonal et comment il se traduira sur le terrain. Le président du SSP-Vaud, Julien Eggenberger, salue d’ores et déjà une révolution copernicienne. «On part des besoins de l’élève pour définir la prise en charge au lieu de se calquer sur le fonctionnement de la bureaucratie.»

«Nous voulons du pragmatisme et de la réactivité pour soulager les enseignants, qui sont en première ligne», résume Grégory Durand, président de la Société pédagogique vaudoise. C’est la fin, espèrent les syndicats, de l’organisation en silo, où le SESAF et la Direction générale de l’enseignement obligatoire défendent leurs troupes et leur pré carré.

«Nous voulons du pragmatisme et de la réactivité pour soulager les enseignants, qui sont en première ligne»

Très demandeurs d’un tel changement de paradigme, les directeurs d’établissements sont ravis. «Nous pourrons élaborer une stratégie adaptée au contexte local et constituer une équipe d’enseignants spécialisés et de thérapeutes qui sera pérenne», illustre Nathalie Jaunin, directrice de l’établissement de Prélaz, à Lausanne, et cosignataire d’un rapport sur les besoins de l’école face à l’intégration. «Les aides pourront être plus rapidement décidées, sans attendre par exemple qu’un diagnostic donnant droit à une mesure de pédagogie spécialisée soit posé pour l’élève.»

Le nerf de la guerre reste l’argent. La loi prévoit une hausse du budget de 12 millions échelonnés sur quatre ans, mais une bonne partie de cette manne doit développer des mesures dans les secteurs préscolaire et postobligatoire. Cesla Amarelle parle surtout «d’optimiser les ressources» dans l’enseignement obligatoire. (24 heures)

Créé: 09.02.2018, 21h54

Logopédistes soulagés

Le Règlement de la loi sur la pédagogie spécialisée prévoyait que, à terme, les logopédistes indépendants intervenant auprès d’élèves entrent dans le giron de l’école et de ses équipes de PPLS (psychomotriciens, psychologues et logopédistes scolaires). Cette étatisation, censée simplifier le système, signifierait la fin du libre choix du thérapeute. L’Association vaudoise des logopédistes diplômés militait contre cette idée. Sa présidente, Laurie Valton, est donc satisfaite du reset décidé par la ministre.

«On sent qu’elle n’a pas d’a priori sur cette question, elle paraît à l’écoute des professionnels sur le terrain. Nous espérons maintenant être associés à l’élaboration du nouveau règlement et du concept cantonal. Il n’est pas normal qu’il y ait dans certaines régions une longue attente pour obtenir une prise en charge logopédique, mais la problématique est complexe, et il est nécessaire que les logopédistes soient impliqués dans la recherche de solutions.»

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