Ancien président de la BCV, Jacques Treyvaud n’est plus

DécèsAtteint dans sa santé, il s’est éteint à Lausanne le 4 août dernier, à la veille de ses 80 ans.

Discret, Jacques Treyvaud fuyait les mondanités.

Discret, Jacques Treyvaud fuyait les mondanités. Image: PHILIPPE MAEDER

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Lors du procès des anciens dirigeants et réviseurs de la Banque Cantonale Vaudoise, dans les années 2000 à Lausanne, Francis Pahud, cité comme témoin, n’avait dit que du bien de Jacques Treyvaud, qui lui avait succédé à la présidence du conseil d’administration de la banque. S’il avait abondamment loué son intelligence, sa culture, son profond amour pour la peinture et la sculpture ainsi que son irréprochable moralité, il n’avait pas manqué de relever, néanmoins, que l’homme n’était pas, à ses yeux, un véritable technicien de la banque. Et qu’il imaginait dès lors que la surveillance des crédits à risque ne devait pas être son occupation préférée.

Jacques Treyvaud, né en 1936 et mort la semaine dernière à Lausanne, était une personnalité à la fois imposante et discrète, qui fuyait les mondanités que sa position aurait pourtant pu lui imposer. Elégant, amateur des belles choses, il se livrait avec parcimonie et évitait comme la peste le monde politique, pour lequel il parvenait à grand-peine à masquer son mépris. On le croisait en revanche dans la plupart des vernissages, et c’est peu dire que la collection de peinture de la Fondation de la BCV lui doit tout. «C’est un peu notre Laurent de Médicis, ironisait Michel Thévoz, ancien conservateur du Musée de l’Art brut, dans les colonnes de L’Hebdo en 2003. La collection d’œuvres de la BCV est sans engagement, prudente, sans partis pris réels. Bref, typiquement vaudoise.»

Docteur en droit, l’homme qui a quitté le conseil d’administration de la BCV le 1er juillet 2001 a consacré toute sa vie professionnelle à un seul employeur. Quarante ans au service du même établissement bancaire, en gravissant pas à pas tous les échelons de la hiérarchie, jusqu’au poste suprême. A l’heure du départ, Jacques Treyvaud, qui aurait pu rester à son poste encore cinq ans, jusqu’à l’âge de 70 ans, confiait à 24 heures une inquiétude prémonitoire face aux bouleversements du paysage bancaire dont il prévoyait l’imminence: «La taille critique des établissements est insuffisante, disait-il. Prenez l’exemple de la gestion de fortune: il y a une dizaine d’années, une masse de dix milliards leur était suffisante. Aujourd’hui, elle doit être dix fois plus importante.»

Fin 2001, quand éclate «l’affaire BCV» - les comptes de l’année 1996, bidouillés, transformaient en bénéfices des centaines de millions de pertes - Jacques Treyvaud fait front, courageusement. A la publication du rapport de l’avocat tessinois Paolo Bernasconi, il est le seul parmi les quinze inculpés à admettre publiquement qu’il a bel et bien été pris dans la nasse. Mais les ennuis, à vrai dire, ne faisaient que commencer: en mars 2004, l’on apprend que Jacques Treyvaud et son successeur, Gilbert Duchoud, déstitué en 2002, auraient retiré 450 000 francs de la filiale de la BCV aux îles Vierges pour distribuer des bonus de fin d’année à plusieurs directeurs.

Au bout du compte, un interminable procès avait accouché d’une souris: des peines en jours-amendes et une rafale d’acquittements. Jacques Treyvaud pouvait alors s’en retourner à sa passion pour la peinture et la pêche en rivière.

Créé: 10.08.2016, 16h30

«Je suis là pour votre art»

«A un moment donné, glissait Jacques Treyvaud fin 2015, il faut savoir passer.» A ce moment-là, ce «soutien inconditionnel et total à l’art de ce pays» décrit par l’ancien directeur de l’ECAL Pierre Keller pensait «transmettre», comme il venait de le faire avec sa collection de 250?planches du graveur Claude Mellan offerte à la Fondation William Cuendet & Atelier de Saint-Prex. Mais il a aussi été un?passeur. Un regardeur. Un?précurseur.
«Amateur d’art très, très jeune, il est l’un des premiers à avoir tissé des liens en Suisse romande entre le monde de l’entreprise et la scène artistique», rappelle Catherine Othenin-Girard, qui lui a succédé à la tête de la collection d’art de la BCV, initiée en 1970 et qui compte aujourd’hui plus de 2000?pièces. Des achats au bon moment – Aloïse, Alice Bailly, Vallotton –, l’accompagnement avisé de sa génération – Simonin, Lecoultre, Sarto – et l’œil grand ouvert sur la suivante. «Il ne l’a pas fait par snobisme ou pour plaire mais, insiste Pierre Keller, parce qu’il était convaincu de la grande qualité de ces artistes.» Olivier Saudan en fait partie: «Un?jour, il m’a dit: «Saudan! Le?cinéma dont vous avez besoin?pour faire vos images ne?me regarde pas, je suis là pour votre art.» C’était tout Jacques Treyvaud, le respect absolu.»

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