Anne-Catherine Lyon ébranle la planète PSV

ElectionsEn choisissant de demander à son parti une dérogation pour un quatrième mandat, la conseillère d’Etat crée la perplexité parmi les camarades. Réactions et analyse

Candidate, Anne-Catherine Lyon ne souhaite pas raccrocher.

Candidate, Anne-Catherine Lyon ne souhaite pas raccrocher. Image: Marius Affolter

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«Avec mon expérience, je suis la plus à même de conduire le dossier complexe de l’école.» C’est en substance ce qu’Anne-Catherine Lyon a déclaré hier au Matin Dimanche pour motiver sa candidature au Conseil d’Etat en 2017. Elle veut briguer un quatrième mandat.

Entrée au gouvernement vaudois en 2002, la ministre a l’intention de présider à la destinée de la formation scolaire jusqu’en 2022. Les responsables socialistes, pour les plus chanceux, ont été informés de sa démarche juste avant la parution de l’article. Les autres l’ont découvert en lisant la presse dominicale. Ce coup de force n’est apprécié que très modérément par le PS vaudois.

Mardi matin dernier, lors de la traditionnelle conférence de presse pour la rentrée scolaire, Anne-Catherine Lyon assurait qu’elle avait pris sa décision, mais qu’elle en réservait la primeur à son parti. Mardi soir, au comité directeur, il n’en a pas été question. «Il faudra qu’elle officialise sa demande de dérogation par le biais d’un courrier au comité directeur du parti», tranche sèchement Stéphane Montangero, président du PSV.

Les statuts du PSV disent stop

En effet, la ministre est inéligible en 2017 au regard des statuts du parti, qui limitent le nombre de mandats à l’Exécutif à trois. Son collègue Pierre-Yves Maillard est dans la même situation. Celui-ci ne souhaite pas faire de déclaration sur la sortie dominicale de la cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture. Il fera part prochainement de sa décision de continuer ou non. Mais, pour les socialistes, cela ne fait aucun doute qu’il se représentera. Dans l’optique de conserver la majorité de gauche au Conseil d’Etat, Pierre-Yves Maillard est une locomotive électorale. Anne-Catherine Lyon beaucoup moins. Ses scores s’érodent inexorablement élection après élection.

Les deux ministres socialistes devront donc demander une dérogation lors du congrès du 27 septembre pour avoir le droit de se porter candidats. Le sésame leur sera délivré s’ils recueillent la majorité qualifiée des deux tiers. Contactés hier après-midi, certains membres socialistes estiment qu’Anne-Catherine Lyon a toutes les chances de passer l’épaule. Les candidates potentielles du parti au Conseil d’Etat, Cesla Amarelle, Géraldine Savary ou encore Roxanne Meyer Keller, ne sont pas encore sorties du bois. Devant l’absence d’alternative connue, les délégués pourraient alors se contenter de repartir pour un tour avec la ministre.

Après ce coup de poker d’Anne-Catherine Lyon, les caciques du parti, pris à froid, assurent que les choses ne vont pas en rester là d’ici au 27 septembre. Une clarification au niveau des sections locales va être faite. Certaines vont peut-être même déjà proposer des candidatures.

Communication agaçante

Cette communication à la hussarde de la conseillère d’Etat agace au sein du parti. Son interview au Matin Dimanche est jugée «arrogante». «Après quinze ans à la tête du département, elle vient nous expliquer qu’il est temps qu’elle prenne soin des enseignants», raille un responsable socialiste.

Au-delà des fâcheries, le cas Lyon divise le PSV. «Elle n’a jamais été un moteur électoral. Je ne vois pas comment elle pourrait l’être alors que sa candidature est partiellement contestée, relève le député Michel Renaud. Elle a un bon bilan, mais elle pourrait montrer des faiblesses qui mènent à la catastrophe.» Eric Voruz, un autre vieux routier du Parti socialiste, ne partage pas cette opinion: «Anne-Catherine Lyon a beaucoup de mérite d’avoir tenu trois législatures à ce poste. L’équipe gouvernementale actuelle est forte et dans ce cadre, nos trois sortants doivent être reconduits à la prochaine élection.»

Dans l’article du Matin Dimanche, la ministre justifie sa quête d’un quatrième mandat par sa longue pratique des milieux professionnels scolaires et du «rapport de confiance» développé en fil du temps: «Cela demande beaucoup de tact, d’expérience, de soin.» Un «tact» dont elle n’use pas avec son parti. La rentrée s’annonce musclée chez les socialistes vaudois.

Stéphane Montangero, président du Parti socialiste vaudois

Il faudra qu’elle officialise sa demande de dérogation par le biais d’un courrier au comité directeur du parti

Michel Renaud, député socialiste

Elle n’a jamais été un moteur électoral. Je ne vois pas comment elle pourrait l’être, alors que sa candidature est partiellement contestée

Créé: 22.08.2016, 06h50

La loi sur le personnel enseignant, un programme explosif

Dans l’interview qu’elle consacre au Matin Dimanche, la conseillère d’Etat annonce vouloir «prendre soin» des enseignants, tâche pour laquelle il faut, dit-elle, de l’expérience. C’est vrai: un très délicat chantier reste lettre morte depuis des décennies concernant ce métier. Il s’agit du statut des profs. Il est aujourd’hui inexistant et les intéressés sont soumis à la loi sur le personnel, comme tous les autres fonctionnaires de l’Etat de Vaud.

Or il existe des distinctions importantes entre les différents types de maîtres, qui parfois enseignent dans les mêmes classes. Voyons plutôt: les spécialistes (maîtres secondaires) qui ont suivi l’Université se trouvent face aux élèves durant 25 périodes par semaine pour un plein-temps. Ils sont en outre bien rémunérés, mieux que les généralistes (instituteurs).

Ces derniers, au bénéfice d’une formation plus courte à la Haute Ecole pédagogique (HEP), doivent enseigner durant 28 périodes pour être payés à plein-temps. Dans les classes des élèves de 11-12?ans, au milieu de la scolarité obligatoire, spécialistes et généralistes peuvent faire partie de la même équipe enseignante. Ils font le même travail tout en ayant des statuts propres. Cette situation injuste date des années 1980, où l’école primaire fut supprimée. Instituteurs et maîtres secondaires se sont retrouvés ensemble dans les collèges.

Dans les années 1990, le Conseil d’Etat a tenté de passer en force et de mettre tous les enseignants à 28 périodes. La période d’austérité due à la crise financière de l’Etat justifiait cette exigence impopulaire. Mais c’était compter sans la pugnacité des syndicats qui parvinrent à faire descendre des milliers de personnes dans la rue. Le projet fut donc laissé en berne. Deux nouvelles tentatives, en 2001 et 2005, furent tout aussi mal accueillies, puis abandonnées.

Si elle est réélue, Anne-Catherine Lyon devra donc trouver la potion magique pour harmoniser le statut des profs et créer une loi sur le personnel enseignant. Ce texte pourrait aussi avoir pour vocation de revoir leur formation. L’idée d’offrir le même volume de cours aux spécialistes et aux généralistes, comme cela se fait dans certains pays, pourrait être mise sur le tapis. Quoi qu’il en soit, le programme s’annonce d’autant plus difficile que ces réformes risquent de coûter cher.

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