Anne-Catherine Lyon: mille vies et un marathon en un dimanche

ReportageDimanche, la journée de tous les dangers pour Anne-Catherine Lyon a débuté, en solitaire, par une heure de course à pied. Objectif: évacuer le stress avant les résultats. Publié le 5 septembre 2011.

A quelques heures du verdict des urnes, dimanche, Anne-Catherine Lyon la marathonienne trompe son impatience en courant à Vidy.

ARC/Jean-Bernard Sieber

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Sweat rouge, cheveux encore humides de la douche matinale. Anne-Catherine Lyon nous attend à Vidy, stade de Courbertin, dans une moiteur équatoriale. «J’ai dormi jusqu’à 8?h?30, c’est quatre heures de plus que ces derniers jours.»

Le sourire est là, mais dans le regard, une lueur d’inquiétude refuse de s’éteindre. Droite dans ses baskets, la coureuse de fond s’apprête à affronter une épreuve d’une rare intensité. A côté de cela, le marathon de New York est une balade anodine. En jeu: l’avenir de l’Ecole vaudoise et sa carrière politique.

«Du stress, de l’impatience, et un immense sentiment de reconnaissance.» Voilà ce qui habite la ministre à quelques heures du verdict des urnes. «Je suis portée par un élan incroyable, un sentiment de camaraderie sans précédent. Des enseignants aux parents d’élèves, de la gauche à la droite républicaine en passant par les Verts, je suis épatée par tout ce qui a été fait. Cet élan militant était magnifique: 60?000 tracts en deux semaines et demie!» Quoi qu’il arrive, elle gardera intact ce souvenir d’une belle aventure humaine, avec la satisfaction d’avoir défendu jusqu’au bout ses idées. «C’est ça qui compte.»

Les dés sont jetés. Plutôt que de se ronger les sangs en avalant café sur café, Anne-Catherine Lyon fait comme tous les dimanches, elle court, pour se vider la tête. Tout comme son collègue Pierre-Yves Maillard avait disputé un match de foot avant la votation sur les PC famille, histoire d’avoir la paix avec ses nerfs pendant une heure et demie. Et elle court vite ce matin-là, jusqu’à Saint-Sulpice à 12?km/h au lieu de 10, sa vitesse de croisière. «L’adrénaline!» lâche-t-elle au retour, passé le petit pont sur la Chamberonne.

L’angoisse en rouge et vert
11?h?30. La foulée s’achève, l’angoisse remonte. On retrouvera la ministre une petite heure plus tard, au Département de la formation, rue de la Barre. Toute fraîche, chemise blanche et mocassins. Elle vient de recevoir des nouvelles encourageantes: «La LEO semble tenir le bon bout.» A l’étage, son conseiller, Olivier Gfeller, et son porte-parole, Michaël Fiaux, entre autres collaborateurs proches, sont scotchés à leur écran.

Deux fenêtres ouvertes sur le site de l’Etat de Vaud, deux cartes qui se teintent peu à peu en jaune, rouge, vert clair, vert foncé. A gauche, le contre-projet: «Plus c’est vert, meilleur c’est pour nous.» A droite, l’initiative. «On dirait que c’est de plus en plus rouge, non?»

Nyon dit oui à la LEO, comme Rossinière, Chardonne, Jongny, Corseaux. On commence à y croire vraiment lorsqu’à 12?h?55, Montreux dit oui et fait basculer 50,31% du canton du côté de la LEO. A 13?h?10, Anne-Catherine Lyon lâche un «Yesss» tripal: «L’initiative est clairement raide.» Sur ce, elle emmène son petit monde à l’ancienne Ecole de chimie, où l’attendent d’autres collaborateurs et quelques amis. Des embrassades, des «ouf» de soulagement, des pouces serrés, des yeux humides.

Le sens de la rivière
Mais personne n’ose sauter au plafond avant les résultats définitifs. Sauf Pascal Broulis, qui a déjà appelé Anne-Catherine Lyon pour la féliciter. D’ailleurs, la matrice du communiqué de presse du Conseil d’Etat est déjà là, toute chaude, entre ses mains tremblantes de joie: «Le canton de Vaud ne revient jamais en arrière. Les initiants voulaient inverser le cours de la rivière. Je suis heureuse de constater qu’elle coule toujours dans le même sens. J’avais vraiment la crainte que l’initiative passe. Cela aurait dénoté un changement dans les mentalités.»

L’émotion monte d’un cran sur la place du Château. Le député radical Marc-Olivier Buffat, cheville ouvrière du consensus parlementaire, ne peut retenir ses larmes et tombe dans les bras d’Anne-Catherine Lyon. Un cortège se forme. Départ triomphal pour la Couronne d’Or, le stamm des partisans de la LEO. «Voilà le grand Jacques!»

Nouvelles embrassades avec un guerrier de la première heure, Jacques Daniélou, président de la Société pédagogique vaudoise. Un joyeux bain de foule avant d’entrer dans l’arène médiatique, pour la traditionnelle conférence de presse du Conseil d’Etat à la salle du Bicentenaire.

Et c’est encore une autre Anne-Catherine Lyon qui s’adresse aux journalistes au nom du gouvernement. Sérieuse, retenue, solennelle, elle commente le scrutin sans une once de triomphalisme. Il faudra attendre 17?h et quelques verres au 12 bis, le carnotzet du Conseil d’Etat, pour retrouver la militante tout à son bonheur: «J’ai l’impression d’avoir vécu mille vies en un dimanche.»

Créé: 22.12.2011, 19h17

De maillon faible à nouvelle star du PS vaudois

Pari à haut risque réussi pour Anne-Catherine Lyon. En retrouvant son image de grande pacificatrice de l’Ecole vaudoise, elle s’assure une voie dégagée pour décrocher, en mars prochain, un troisième mandat au Conseil d’Etat. Si les électeurs auront le dernier mot, la cheffe du Département de la formation a fait taire ses détracteurs dans son propre parti. Ses troupes l’ont longuement applaudie hier. Ceux qui voulaient la dissuader de se représenter au Conseil d’Etat et qui l’ont considérée comme le maillon faible de la gauche sont désormais rassurés.

La victoire surprise de la nouvelle loi sur l’enseignement obligatoire (LEO) tranquillise les roses qui désespéraient de voir Anne-Catherine Lyon arracher une victoire lors d’une votation. «Dans un grand parti, c’est légitime qu’il y ait des interrogations sur un élu au pouvoir depuis près de dix ans, estime la présidente des socialistes vaudois, Cesla Amarelle. Il est évident que la carrière d’Anne-Catherine Lyon n’est pas derrière elle.»

En battant ces dernières semaines la campagne avec énergie, cette timide a prouvé aux socialistes qu’elle savait encore sortir ses griffes. La ministre jugée trop technocrate et distante a retrouvé à leurs yeux son costume de militante capable de gagner une bataille électorale. Pas question cependant pour Anne-Catherine Lyon de profiter de l’occasion pour tirer la couverture à elle. «Je me suis battue pour consolider la paix scolaire, mais je n’étais pas seule.» Même les radicaux ont contribué à remettre la socialiste sur les rails de la victoire.

Mehdi-Stéphane Prin

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