Passer au contenu principal

«L’antijudaïsme est un pan sombre de la Réforme, on ne doit pas l’occulter»

A l’occasion des 500 ans de la Réforme, l’Espace des Terreaux se penche sur l’histoire conflictuelle entre les juifs et les chrétiens.

Jean-Marc Tétaz, théologien et philosophe.
Jean-Marc Tétaz, théologien et philosophe.
Patrick Martin

Des écrits antijudaïques de Luther à l’antisémitisme de certains pasteurs au XXe siècle, l’histoire du protestantisme est chargée de pages sombres que les Eglises préféreraient oublier. L’Espace culturel des Terreaux organise pourtant un débat lundi sur la question. Nécessaire, selon le philosophe et théologien Jean-Marc Tétaz.

Pourquoi évoquer cette question en plein jubilé de la Réforme?

Une commémoration ne doit pas cacher les aspects négatifs d’un héritage. C’est seulement si on est conscient de ces aspects-là qu’on sera capable d’en faire quelque chose, à commencer par éviter de retomber dans les mêmes travers.

Est-ce qu’il y a eu un antisémitisme spécifique au protestantisme?

La question est complexe. Il y a une vieille tradition d’antijudaïsme chrétien qui utilisait des motifs théologiques pour dévaloriser les juifs, en affirmant par exemple qu’ils sont les meurtriers du Christ. Puis, on voit apparaître, vers la fin du XVe siècle en Espagne, l’idée qu’il y aurait dans la nature même des juifs une sorte de tache atavique. Ce que la Réforme apportera de spécifique, c’est l’idée de la clarté de l’Ecriture: la Bible n’a qu’un sens et montre que Jésus est le messie. Les juifs qui refusent cette évidence sont considérés comme des menteurs.

Pourquoi Martin Luther était-il si hostile aux juifs?

Dans son premier traité consacré à la question, en 1523, il plaide pour une attitude aimable face aux juifs. Vingt ans plus tard, en 1543, entre autres devant l’évidence qu’il n’y a quasi pas de conversion de juifs au christianisme, il passe à une politique extrêmement dure, demandant que les juifs soient expulsés ou réduits à des tâches déshonorantes. Il appelle même à incendier les synagogues.

Cette attitude annonce-t-elle l’antisémitisme moderne?

Non, celui-ci apparaît au milieu du XIXe siècle et va se nourrir de sources différentes. Mais on va alors redécouvrir les textes antijuifs de Luther et les utiliser.

L’antisémitisme protestant au XXe siècle n’est pas avant tout une question allemande?

Il y avait également des pasteurs antisémites dans le canton de Vaud entre 1933 et 1945. Cela a été relaté dans le livre de Nathalie Narbel (Un ouragan de prudence, 2003). Marcel Regamey, qui avait écrit Défie-toi du Juif dans La Nation en 1932, a joué un rôle crucial dans la naissance de l’Eglise évangélique réformée du Canton de Vaud (EERV). La pensée de la Ligue vaudoise et l’antisémitisme ont longtemps imprégné les sphères dirigeantes de l’Eglise. Mais les choses ont heureusement beaucoup changé. L’EERV soutient activement les manifestations qui reviennent sur ces questions dans le cadre du Jubilé de la Réforme.

Quelle est l’attitude actuelle du protestantisme face au judaïsme?

Dans son ensemble, le protestantisme a compris qu’il devait reconnaître une place essentielle au dialogue avec le judaïsme. La Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne a joué un rôle important en créant une chaire de judaïsme.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.