Les antispécistes dévoilent la nouvelle vie des cabris

AbattagePour faire taire la rumeur sur la mort des bêtes enlevées à Rolle, les «familles d’accueil» nous ont ouvert leurs portes. L’éleveur se dit toujours dubitatif

Virginia Markus, figure de l’antispécisme romand, avec deux des dix-huit cabris enlevés à l'abattoir de Rolle en mars dernier puis répartis dans différentes «familles d'accueil».

Virginia Markus, figure de l’antispécisme romand, avec deux des dix-huit cabris enlevés à l'abattoir de Rolle en mars dernier puis répartis dans différentes «familles d'accueil». Image: DR

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L’image est bucolique, forcément. Un pré verdoyant derrière une vieille maison, quelque part sur le pourtour lémanique, le soleil de juillet, et des cabris gourmands de noisetiers trottinant à la rencontre de la maîtresse des lieux. «Celui-là ne fait que manger», confie cette dernière, en gratouillant le menton de l’animal.

Dans cette «famille d’accueil», ils sont deux à avoir été transférés en catimini au début du mois d’avril. Il s’agirait de deux des dix-huit cabris enlevés en mars dernier à l’abattoir de Rolle par des défenseurs de la cause animale (notre édition du 27 mars), puis répartis dans différents lieux où ils s’ébattent désormais incognito.

Depuis cet événement, une rumeur coriace court dans le milieu de l’élevage, faisant état de la mort des animaux. L’UDC Thierry Dubois a répercuté cette préoccupation à travers une interpellation déposée le 19 juin au Grand Conseil: «Selon certaines sources, presque tous les cabris volés sont morts de malnutrition dans les jours qui ont suivi le vol. Nous sommes donc face à une situation d’un mauvais traitement animal avéré et intentionnel», précise le député dans son texte.

Afin de contrer ces affirmations, Virginia Markus, figure de l’antispécisme romand, nous a laissé voir 17 des 18 animaux concernés – l’un d’eux, affaibli par une pneumonie à son arrivée, selon les militants, serait mort peu après sa sortie de l’abattoir. En parallèle, elle compte envoyer cette fin de semaine un courrier au Grand Conseil, pour réagir à l’interpellation de Thierry Dubois.

Les cabris en question appartiennent à la race des chèvres chamoisées ou chèvres alpines. Des trous sont encore visibles dans leurs oreilles à l’endroit où étaient fixées les boucles sur lesquelles sont inscrits les numéros d’identification, obligatoires pour les bovidés de rente.

Les différentes personnes qui les ont adoptés nous ont confirmé que les animaux étaient arrivés peu après le «rapt» de Rolle. Virginia Markus nous a transmis les numéros d’identification des cabris, nés entre le 31 janvier et le 24 février.

Plusieurs des bêtes que nous avons vues sont en mauvaise santé: certaines toussent, l’une d’entre elles tient à peine sur ses pattes. «Elles sont arrivées avec des carences, mais globalement, elles vont beaucoup mieux, explique l’une des femmes qui s’occupe d’elles.

Au début, elles se jetaient sur les biberons et arrachaient les tétines.» Les «familles d’accueil» affirment avoir dû assumer des frais importants – factures de médicaments datant du mois d’avril à l’appui – principalement pour des pneumonies, de l’eczéma et des vers. Une note laissée par un vétérinaire fait état d’une «pneumonie chronique sévère».

«Comme des déchets»

«Ces animaux sont traités comme des déchets de l’industrie laitière, affirme Virginia Markus. Les éleveurs économisent sur les soins puisqu’ils vont de toute manière finir à l’abattoir. Leur système immunitaire est fortement affaibli de par la séparation précoce d’avec leur mère.» La militante assume le fait d’avoir participé à leur libération en tant qu’indépendante, aux côtés de l’association 269 Libération Animale, qui a revendiqué l’action. «La législation nous considère comme des criminelles, pourtant nous sauvons des vies», précise Virginia Markus.

Contacté, le propriétaire se défend d’avoir envoyé des animaux malades à la boucherie. «J’ai 150 cabris, je fais un travail artisanal. Ils tètent leur mère quelques jours, puis sont nourris au lait de vache. Mes bêtes restent dans la paille, avec des lampes chauffantes. Je ne suis jamais fier d’envoyer un animal à l’abattoir, mais il faut bien nourrir les gens. Nos cabris, ils nous appellent comme ils appelleraient leur maman. On les bichonne jusqu’au dernier jour. Ceux qui toussent, on les soigne avec des huiles essentielles.»

Et quand c’est plus grave? «Quand ils ont de la fièvre, on leur donne des antibiotiques, mais on doit attendre qu’ils soient guéris avant de les laisser partir pour la boucherie. Si certaines bêtes sont malades aujourd’hui – en admettant qu’elles soient vivantes –, c’est certainement parce qu’elles n’ont pas été correctement soignées depuis leur enlèvement.»

Selon un extrait du rapport de police que nous avons pu consulter, l’éleveur aurait déclaré que «ces animaux étaient certainement morts. En effet, ceux-ci sont destinés à l’abattoir car ils ne sont pas sevrés et sont destinés à mourir.» Au téléphone, il précise cependant qu’une grande partie des cabris qui naissent chez lui sont gardés pour le renouvellement de son troupeau ainsi que d’autres troupeaux.

Le propriétaire, qui n’a pas d’assurance-vol, se dit très affecté: «J’ai deux enfants à charge, et cela représente plusieurs milliers de francs de pertes financières. Les accusations de mauvais traitements m’ont fait beaucoup de mal, ainsi qu’à mes employés. Vous savez, c’est succulent, le cabri. Si on tue les animaux aussi jeunes, c’est pour que la viande ne prenne pas un goût trop prononcé.»

Concernant l’identification de bêtes volées, il ne veut rien savoir venant des militants antispécistes: «J’attends des nouvelles de l’enquête. Il n’y a pas de preuve formelle que celles que vous avez vues sont bien les miennes.» Afin d’amener cette preuve, Virginia Markus a prélevé devant nous des poils sur tous les cabris qu’elle nous a présentés. Elle propose d’effectuer des tests ADN, «mais cela coûte cher».

Suites judiciaires

Contacté hier, l’UDC Thierry Dubois se dit pour sa part «soulagé» d’apprendre que la plupart des cabris seraient vivants: «Si la fin est heureuse pour ces bêtes, tant mieux. Mais je rappelle qu’il s’agit d’un vol et que les auteurs doivent être sévèrement punis.»

Deux autres militantes antispécistes, dont Elisa Keller de l’association 269 Libération Animale, ont été condamnées récemment par ordonnance pénale pour leur action à Rolle. Elles évoquent une peine de 1800 francs de jours-amendes avec sursis et 4500 francs de dommages et intérêts.

Elisa Keller a annoncé avoir fait opposition contre cette condamnation. Virginia Markus, également impliquée dans le tournage de vidéos en caméra cachée l’an dernier à Rolle, ainsi que dans l’occupation de l’abattoir de Vich en décembre, devrait être entendue prochainement par le procureur. «Il est possible que nous fassions un seul dossier et qu’elle soit jugée en même temps pour toutes ces actions», confirme le procureur de l’arrondissement de La Côte, Jean-Marie Ruede.

Créé: 26.07.2018, 06h46

Les cabris retrouvés morts ne sont pas ceux de Rolle

Fribourg

Début mai, la police cantonale fribourgeoise annonçait avoir retrouvé 18 cadavres de cabris déposés sur le sol en bordure d’une forêt, dans la commune de Siviriez. La rumeur a rapidement fait le lien avec les bêtes enlevées à Rolle. Mais, comme le confirme aujourd’hui la police fribourgeoise, ces deux affaires n’ont a priori aucune relation:
à Fribourg, c’est un éleveur de la région qui a déposé ses propres bêtes mortes dans la nature, après que ces dernières ont succombé à une maladie. Toujours selon la police, le propriétaire n’avait pas l’intention de faire en sorte que les deux affaires se confondent. Il a été dénoncé au Ministère public

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