Les apprentis agriculteurs ont le blues mais toujours des rêves

FormationLes élèves d’une classe d’Agrilogie témoignent de leurs difficultés et de leur vision du métier.

Malgré la sinistrose, ils ont choisi d'être agriculteur. A Grange-Verney, trois apprentis de première année nous confient leurs motivations.
Vidéo: Anetka Mühlemann

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«L’agriculture en Suisse dans cent ans? Ben on sera tous paysagistes et on entretiendra les terrains de golf qui auront remplacé nos champs.» Ce pronostic tragicomique n’est pas formulé par un vieil agriculteur bougon. Mais par Valentin, apprenti de 1re année, interrogé durant un des cours de culture générale qu’il suit à l’école Agrilogie de Grange-Verney, à Moudon.

«L’industrie met la pression sur les prix et menace de s’approvisionner à l’étranger si on ne cède pas»

Avec ses camarades, ils évoquent leurs motivations, leurs espoirs, mais aussi leurs craintes. Le monde paysan vit en effet des heures difficiles. Le suicide de plusieurs agriculteurs dans le canton, l’an passé, a laissé des traces. Et le moins que l’on puisse dire est que la nouvelle génération d’agriculteurs est bien consciente des difficultés qui l'attendent. «On doit faire toujours plus pour gagner toujours moins», soupire Maël. «L’industrie met la pression sur les prix et menace de s’approvisionner à l’étranger si on ne cède pas», déplore Noé.

Choisi de leur plein gré

Comme les 250 élèves romands qui, bon an mal an, débutent cette formation (dont 1/8e de filles), tous ont pourtant choisi cette voie de leur plein gré. Dans la grande majorité des cas avec la perspective de reprendre l'exploitation familiale. Mais aussi et surtout, pour les raisons qui motivaient déjà les générations qui les ont précédés sur ces bancs d’école: travailler avec la nature, vivre dehors, au contact des animaux et en conduisant de grosses machines.

Si les envies n’ont pas changé, elles s’inscrivent, selon ces jeunes, dans un contexte différent. Une nouvelle donne dont l’évocation engendre chez eux de l’énervement et, surtout, un fort sentiment d’injustice. «Avant, l’agriculteur, c’était celui autour duquel s’articulait la vie du village, explique Matéo. Désormais, c’est celui qui fait du bruit, qui pue et qui pollue.» «C’est comme cette nouvelle mode végane, s’énerve Gaëlle. Ils racontent n’importe quoi et après, c’est nous qui sommes mal vus et accusés de maltraiter nos animaux.» «En plus, à cause des paiements directs, les gens pensent que l’on gagne beaucoup d’argent, constate Johan. Mais ils n’ont aucune idée des dépenses que nous sommes obligés de faire.»

«Faut arrêter les c… ries là, tranche Maël. Il est temps de changer les lois, de limiter les importations et mieux nous payer les céréales et le lait»

Oscillant entre l’envie et le désabusement, ces apprentis n’en gardent pas moins l’envie de se battre. «Pour survivre, nous serons obligés d’innover; d’apprendre de nouvelles techniques, comme la culture sous couvert (ndlr: sans labour)», estime Steve. «Nous devrons repenser nos modes de production», pronostique Louca, en pariant que de plus en plus d’exploitations se tourneront vers la production bio. Mais face à l’ampleur des défis à relever, ils attendent aussi d’être soutenus. «Faut arrêter les c… ries là, tranche Maël. Il est temps de changer les lois, de limiter les importations et mieux nous payer les céréales et le lait.»

Directeur d’Agrilogie, Christian Pidoux n’est pas surpris par ces réponses à double tranchant. «Les plus jeunes élèves sont parfois encore un peu contaminés par la désillusion ou la nostalgie des personnes plus âgées dans leur entourage. Les récentes polémiques autour de la détention d’animaux leur font aussi oublier que, de manière générale, l’image des agriculteurs s’est nettement améliorée ces dernières années. Pour le reste, la responsabilité de l’école est justement de leur donner envie d’être créatifs, d’innover, de devenir de vrais entrepreneurs. Notre mission est de semer en eux les graines qui leur permettront ensuite de se dessiner leur propre avenir.» (24 heures)

Créé: 09.02.2017, 07h02

Steve Baudat, Treycovagnes

«Nous ne faisons que des grandes cultures: céréales, maïs, colza et, depuis trois ans, du pois fourrager. Ma vocation m’a été transmise par mon papa, en le regardant travailler. J’adore la mécanique, autant l’entretien que la conduite. Piloter une batteuse, c’est le top. Je trouve aussi passionnant de gérer une culture, de suivre son évolution. J’aime maîtriser son développement et arriver, quelles que soient les conditions, à livrer un produit de qualité. Mais je m’intéresse aussi aux techniques de cultures sous couvert. Je ferai sûrement des tests quand j’aurai repris le domaine tout seul. Parce que mon papa n’est, lui, pas encore tout à fait prêt.» (Rires.) (Image: Jean-Paul Guinnard)

Sarah Girardet, Ravines (Jura)

«Avec nos vaches, nous produisons du lait et de la viande. Nous cultivons aussi du maïs et des herbages pour le fourrage. Moi, je fais clairement cette formation pour reprendre le domaine. Je ne suis pas très à l’aise avec les machines, par contre j’adore le moment de la traite. C’est celui où nous avons le contact le plus proche avec l’animal et aussi celui où nous récoltons le fruit de notre travail. Dans le futur, je pense que nous serons obligés de nous agrandir et plutôt dans le secteur de la production de viande. Nous n’en faisons pas encore, mais je me verrais bien me lancer dans la vente directe.» (Image: Jean-Paul Guinnard)

Valentin Rossier, Château-d’Œx

«Mon papa élève quarante vaches laitières pour du lait industriel et du fromage L’Etivaz AOC, que nous fabriquons nous-mêmes. Poursuivre cette activité a toujours été une évidence pour moi. J’aime le travail à l’alpage. Au chalet, on s’occupe des vaches et on prépare le fromage dans un gros chaudron, comme sur les cartes postales. Cette spécialité nous aide bien à nous en sortir. J’aime aussi faire les foins, parce que c’est la seule chose que l’on fait pousser sur notre domaine. A l’avenir, j’imagine qu’on va devenir de plus en plus extensif, ce qui signifie travailler avec des vaches plus résistantes et effectuer moins d’achats de produits.» (Image: Jean-Paul Guinnard)

Juliane Vuadens, Ollon

«Mon papa a arrêté la production laitière juste avant ma naissance. Maintenant nous ne produisons plus que de la viande et écoulons tout en vente directe. Nous avons une quarantaine de vaches mères, de plusieurs races différentes. Je connais chacune d’elles par son nom. J’adore le contact avec les bêtes. Et même s’il faut se méfier un peu de certaines, je n’en ai jamais eu peur, même quand j’étais petite. Cette formation, c’est pour prendre la relève de mon papa. De toute manière, ma seule sœur n’est pas intéressée. Elle se tourne plutôt vers l’architecture.» (Image: Jean-Paul Guinnard)

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