Les apprentis architectes en difficulté s’estiment injustement traités

EPFLDes étudiants de 1re année s’insurgent contre un cours de mise à niveau, très orienté en maths, qu’ils jugent inadapté.

Les étudiants d’architecture inscrits au cours de mise à niveau estiment qu’ils n’ont aucune chance de poursuivre leurs études à l’EPFL

Les étudiants d’architecture inscrits au cours de mise à niveau estiment qu’ils n’ont aucune chance de poursuivre leurs études à l’EPFL Image: Odile Meylan

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

À l’EPFL, une quinzaine d’étudiants de première année d’architecture sont inquiets et craignent pour leur avenir. En cause: le cours de mise à niveau (MAN). En vigueur depuis deux ans, ce cursus de six mois est obligatoire pour les étudiants de première année qui n’ont pas obtenu 3,5 de moyenne sur toutes les branches du premier bloc à la fin du premier semestre. Avec un effet couperet puisque sa réussite est obligatoire pour avoir le droit de recommencer la première année. Quant à ceux qui échouent, ils sont exclus de l’EPFL.

Ce cours doit donc permettre aux étudiants en situation d’échec de combler leurs lacunes pour repartir sur de bonnes bases, mais les apprentis architectes en difficulté, âgés de 18 à 22 ans, ont au contraire l’impression qu’il les «condamne à l’échec».

Cours «pas adapté»

Peu importe la faculté dont ils sont issus, tous les étudiants qui passent par la case MAN suivent le même programme, exclusivement composé de cours de mathématiques (24 heures hebdomadaires) et de physique (6 heures hebdomadaires). Or, pour les apprentis architectes, qui ont découvert la MAN en février, c’est précisément là que le bât blesse. Car si la 1re année d’architecture compte deux heures de mathématiques par semaine, à les entendre, elles n’auraient rien à voir avec celles que l’on enseigne à la mise à niveau. «Ce cours n’est pas adapté à notre section, soupire Samara Zuber-Vasile. La MAN prévoit une remise à niveau de cours déjà vus au premier semestre, ce qui n’est pas notre cas. Alors qu’il s’agit d’une révision pour les autres étudiants. Ces cours sont totalement nouveaux pour nous.» Theresa Moeller-Gosoge renchérit: «Le niveau de maths est bien trop poussé. Nous sommes à la traîne et voués à l’échec. La preuve: l’an dernier, aucun étudiant en architecture n’a réussi la MAN.»

Doutant de la pertinence de ces cours pour eux, ces étudiants en veulent pour preuve le fait qu’il n’y a plus de mathématiques en 2e et 3e années d’architecture. «Les matières qui pourraient nous interdire de poursuivre notre rêve ne sont pas celles qui feraient de nous de bons architectes.»

Même diplôme pour tous

Derrière ce cas, c’est la question de la meilleure formation possible pour l’architecture, branche un peu à part entre l’art et la science, qui se pose (lire ci-contre). L’autre interrogation concerne le fameux cours de mise à niveau. Est-il adapté à la section d’architecture ou devrait-elle avoir son cours de mise à niveau sur mesure?

À l’EPFL, on s’est également posé la question, indique Daniel Chuard, délégué à la formation. «Nous avons eu des discussions à ce sujet mais avons finalement opté pour un cours de mise à niveau identique pour toutes les sections», confirme le responsable. Et de justifier cette décision par une raison principale: à l’EPFL, toutes sections confondues, les étudiants décrochent un diplôme (bachelor ou master) «of science». Y compris en section d’architecture, dont la réussite était récompensée à l’époque par un master «of arts». «Cette uniformisation, qui crée des ponts, permet à ceux qui le souhaitent de pouvoir changer de section.»

Revenant ensuite sur les différents reproches formulés par les étudiants mécontents, Daniel Chuard dément que la MAN ne soit qu’une répétition du premier semestre, quelle que soit la section. «Le cours est calibré sur ce que nous attendons de nos étudiants à l’entrée de l’EPFL au vu des standards d’excellence de notre école. Nous leur enseignons aussi les méthodes d’apprentissage propres aux études universitaires, mais il ne s’agit aucunement d’une révision de la 1re année.»

Autre point: le délégué à la formation confirme que des seize étudiants en architecture inscrits à la MAN l’an dernier, aucun n’a réussi le cours (60% de réussite pour l’ensemble des autres sections). Mais il indique également que la section d’architecture affiche le meilleur taux de réussite en fin de première année, avec 59%. Enfin, assure Daniel Chuard, l’échec de la MAN, sanctionné par une exclusion, n’est pas synonyme d’échec définitif. Cela dépend des conditions appliquées par les autres universités. Pour les étudiants en architecture qui sont exclus de l’EPFL, ils ont la possibilité de tenter leur chance à l’EPFZ ou encore à l’Académie d’architecture de Mendrisio. (24 heures)

Créé: 14.04.2018, 16h56

L’architecture, de l’art ou de la science?

«Le combat de ces étudiants est légitime, il y a dans leur situation une dimension problématique. Quelque chose de structurel ne fonctionne pas», lance d’emblée Christophe Catsaros, rédacteur en chef de la revue d’architecture «Tracés». Affirmant, comme les étudiants de l’EPFL qui s’estiment lésés, qu’il y a d’autres vertus que les mathématiques pour exercer la profession, Christophe Catsaros en vient tout naturellement à poser la question «métaphysique», qui sous-tend toute cette affaire: «Un architecte est-il un artiste ou un matheux?»

Directeur de la plateforme d’échanges de l’EPFL Archizoom, Cyril Veillon rappelle que, historiquement, l’enseignement de l’architecture a commencé dans les écoles de beaux-arts.
«La formation était bien plus artistique que scientifique.
En tant qu’école d’ingénieurs, l’EPFL maintient un niveau de mathématiques très exigeant, mais d’autres institutions, comme l’Académie d’architecture de Mendrisio, qui dépend de l’Université suisse italienne, a une dimension plus axée sur les sciences humaines. L’École d’architecture de Copenhague est quant à elle davantage tournée sur l’art.» En terre vaudoise, l’École Athenaeum avait été créée en réaction à l’enseignement de la discipline dans les écoles d’ingénieurs, rappelle encore Cyril Veillon, qui n’a pas oublié le chemin tortueux qu’a suivi la section d’architecture . En 2000, l’arrivée de Patrick Aebischer avait provoqué la crainte des apprentis architectes. Qui iront jusqu’à adresser une pétition «Non au département d’architecture» aux services de Ruth Dreifuss.

Articles en relation

Une start-up ghanéenne, star des pays émergents

EPFL Plus de 65 entreprises se sont affrontées en finale de la 5e édition du Seedstars Summit Plus...

Un regard connecté sur les pièces de théâtre

Technologie Une poignée de spectateurs a pu tester le surtitrage avec lunettes de réalité augmentée pendant Programme Commun. Une démarche innovante menée par Vidy et ArtTech de l’EPFL. Plus...

L’EPFL tape dans l’œil d’Elon Musk deux fois

Innovation Sur terre ou dans l’espace, deux équipes de l’EPFL participeront cette année à la grande aventure SpaceX. Présentation. Plus...

Le rêve d’une seringue sans aiguille devient réalité

Pharma Une jeune pousse de l’EPFL travaille au développement d’un dispositif de prélèvement sanguin sans aiguille. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Publié le 18 septembre 2018.
(Image: Bénédicte) Plus...