Les Archives de Venise critiquent le manque de rigueur de l’EPFL

RechercheLes Archives de Venise ont mis un point final, par voie de communiqué, à leur collaboration dans le projet Venice Time Machine.

Des peintures sont mêlées à des photos anciennes et actuelles pour une modélisation de la ville dans le temps.

Des peintures sont mêlées à des photos anciennes et actuelles pour une modélisation de la ville dans le temps. Image: Capture d'écran Venice Time Machine

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Comment continuer à numériser l'histoire de la Sérénissime sans le concours des Archives de Venise, détentrices de 80 kilomètres de précieux documents du passé? C’est bien ce que va devoir faire l’EPFL désormais, a révélé le site «Bon pour la tête» mardi, reprenant le communiqué virulent des Archives du 27 décembre dernier, qui mettait un point final «définitif» à leur collaboration dans le projet Venice Time Machine. Pour rappel, le projet, lancé en 2012, vise à reconstituer numériquement la Cité des Doges, puis d’autres villes européennes (18 actuellement, dont Sion), à travers les siècles.

Les causes de cette rupture? Des «erreurs méthodologiques» en matière de transfert et de conservation des données, un «manque de transparence» dans les rapports entre institutions, mais aussi, et surtout, la mise à disposition publique sur Internet sans restriction des données récoltées. Ces éléments avaient déjà provoqué la suspension de la collaboration en septembre 2019.

L’open access divise

Directeur du Digital Humanities Lab de l’EPFL, initiateur du projet, Frédéric Kaplan n’a pas donné suite à nos appels. Porte-parole de l’institution, Emmanuel Barraud indique qu’il est ardu de répondre à ces griefs sans avoir pu en débattre avec Venise. Il résume: «La pierre d’achoppement est l’open access. Or l’EPFL est dans une démarche d’open science très avancée. C'est une question fondamentale.»

Le récent financement par le Fonds national suisse (700'000 francs) du projet parallèle Parcels of Venice, dont les Archives disent avoir appris l'existence via la presse, aurait aussi poussé l'institution à rompre définitivement les rapports avec l'EPFL (lire encadré).

Nouveau directeur

En réaction au communiqué du 27 décembre, la haute école dit prendre acte de «la décision unilatérale de la nouvelle direction des Archives de l'État de Venise» et souligne les «sept ans de collaborations fructueuses et mutuellement positives» avec les directions précédentes. La critique envers Gianni Penzo Doria, nouvel homme fort de l'institution vénitienne depuis l’été 2019, est à peine voilée. Lui-même ne se gênait pas, dans une interview donnée à «Bon pour la tête» début octobre, de tacler l'EPFL: «Le projet scientifique est de nature strictement informatique, il n’est d’aucun apport historique ou archivistique. Ses retombées se bornent donc à la divulgation de milliers d'images, totalement dénuées de pertinence en termes de fiabilité et de conservation du patrimoine.»

D'un côté comme de l'autre, on indique que les rencontres qui auraient pu clarifier et pacifier les choses ont été refusées… Devant cette impossibilité d’avancer, l’EPFL est entré directement en contact avec le Ministère italien de la culture pour essayer de débloquer la situation, indique Emmanuel Barraud. En outre, la Venice Time Machine continue sa route en collaboration avec d’autres institutions comme l'Université Ca'Foscari ou la Fondazione Giorgio Cini.

Créé: 06.01.2020, 06h56

Des sous suisses pour une recherche suisse

Le projet de l’EPFL Parcels of Venice veut proposer «une base historique sans précédent à partir des cadastres européens», indique l’EPFL. En clair, on pourra taper le nom d'un propriétaire du XIXe siècle et retrouver son logement de l’époque. Pour cela, des données des Archives de Venise destinées à la Time Machine sont utilisées. Le projet spécifique au XIXe a été décidé sous la direction d’un ancien directeur, en janvier 2018, explique la haute école. Les archivistes vénitiens ont transmis des données à l'EPFL pour tester leur extraction automatisée. Puis les premiers résultats ont été présentés à la directrice suivante, avant d'être soumis au Fonds national suisse (FNS) pour obtention, en mai 2019, du financement de deux doctorats et d’un post-doctorat de 700'000 francs. L’EPFL indique avoir communiqué cela à la nouvelle direction. Si les Archives de Venise n'ont pas touché un centime de cette manne, c'est que «les projets de recherche du FNS ne sont pas destinés à financer directement les activités des institutions patrimoniales étrangères, mais le travail des jeunes chercheurs. Ce fonctionnement n’est peut-être pas bien compris par la nouvelle direction. Une rencontre aurait permis d’éclaircir ce malentendu», conclut l'institution fédérale. C.CO.

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