L’Association des étudiants en médecine change de sexe

UNILPour promouvoir l’égalité des sexes quitte à la forcer en perturbant les mentalités, l’Association des étudiants en médecine décide d’utiliser le féminin par défaut.

Cédric Fricker et Adrien Waeber sont à l’origine du changement de paradigme qu’a choisi l’AEML.

Cédric Fricker et Adrien Waeber sont à l’origine du changement de paradigme qu’a choisi l’AEML. Image: Florian Cella

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L'Association des étudiants en médecine de l’Université de Lausanne (AEML) n’existe plus. Elle vient en effet d’être très officiellement renommée Association des étudiantes en médecine de l’Université de Lausanne. Pour promouvoir l’égalité hommes-femmes, les apprentis médecins n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Réunis en assemblée générale au début du mois de mai, ils ont carrément décidé de troquer le masculin pour le féminin dans leur langage courant. A commencer par le nom de l’entité.

Détail piquant, l’association a suivi le chemin inverse de celui pris par la Fédération romande des consommateurs, qui s’appelait Fédération romande des consommatrices jusqu’en 1996. Autre temps, autre combat pour l’égalité et contre le sexisme.

Pour passer la rampe, la modification des statuts de l’association d’étudiants a dû réunir le consentement des deux tiers de la petite centaine d’étudiants présents ce jour-là. Après un débat houleux, la motion s’est jouée à une voix près. Depuis, tous les titres et fonctions de l’association sont désignés au féminin. Une initiative qui s’inscrit dans le contexte de la discrimination au sein des professions médicales et de la sous-représentation des femmes dans les fonctions cadres.

Les clichés ont la vie dure
Signe que le combat pour l’égalité n’est plus une croisade de pasionaria, l’initiative est le fait de deux représentants de la gent masculine: Cédric Fricker et Adrien Waeber. «Il y a nettement plus de femmes qui suivent des études de médecine et elles sont également majoritaires parmi les détenteurs d’un master en médecine. Or, la tendance s’inverse dès qu’on grimpe dans la hiérarchie hospitalière, où les hommes occupent la majorité des postes de médecins cadres alors qu’ils sont moins nombreux», indique Cédric Fricker.

Interpellé par cet état de fait, l’étudiant a vite réalisé que le plafond de verre contre lequel il s’insurge couvrait également sa propre association. «Depuis 2011, le poste de président a été occupé à près de 80% par des hommes quand le poste de secrétaire est tenu à 70% par des femmes. Nous avons donc décidé de balayer devant notre porte.»

Président de l’AEML, Raphaël Porret occupe donc le poste de présidente. «Cette initiative a provoqué un séisme, mais, en tant que membre, je la soutiens. Mes amies qui font des stages dans des milieux très masculins, comme l’orthopédie ou la chirurgie, entendent souvent que cela va être dur parce qu’elles sont des femmes.»

«Certains clichés qui ont la vie dure obligent les femmes à devoir davantage faire leurs preuves pour se faire une place. On s’en rend compte lors des stages cliniques», confirme Léonore Genet, étudiante en 1re année de master, qui se réjouit de cette révolution, pas uniquement grammaticale. «Elle vise à marquer les esprits en sensibilisant à la problématique.»

Le CHUV s’adapte
Au CHUV, où l’on ne commente pas l’initiative de l’association, on indique que «52% des postes de médecin sont occupés par des femmes, ce qui est supérieur à la moyenne suisse en milieu hospitalier (45%), et qu’elles représentent 27% des médecins cadres».

Indiquant tout mettre en œuvre pour faciliter la carrière des femmes, l’hôpital universitaire mentionne le partage des postes de travail, le temps partiel ou encore le télétravail, même pour les médecins cadres. Et indique que la maternité ne doit pas empêcher ou retarder un processus de promotion. «Si nous voulons garder des médecins que nous avons mis des années à former, nous devons nous adapter», soulignent Antonio Racciatti, directeur des ressources humaines, et Murielle Udry, directrice adjointe. (24 heures)

Créé: 24.05.2017, 06h41

«Parfois, le paradoxe aide à la prise en compte»

Déléguée à l’égalité entre les femmes et les hommes au Canton, Maribel Rodriguez découvre l’initiative de l’AEML, à laquelle elle ne connaît pas d’équivalent.

– Quel regard portez-vous sur cette action?

– Je comprends la démarche, qui vise à questionner le masculin neutre, dont les femmes peuvent se sentir exclues. Pour autant, nous recommandons le langage épicène (ndlr: neutre du point de vue du genre) pour que tout le monde puisse se reconnaître, dans une société inclusive qui prône l’égalité des chances. Mais cette démarche comporte certains aspects psychologiques très intéressants.

– C’est-à-dire?

– Parfois, c’est par le paradoxe, en surprenant, qu’on peut montrer à un genre ou à l’autre ce qu’on ressent lorsqu’on se sent moins concerné. En l’occurrence, cela montrera aux hommes ce que peuvent ressentir les femmes dans la situation inverse.

– Que dire du fait que ce changement ait été porté par des hommes?

– Qu’il est réjouissant de voir de nouveaux modèles de masculinité. C’est courageux, car avec des changements sociaux de cet ordre, les hommes ont plus à perdre et moins à gagner.

– Quelles conséquences cette initiative peut-elle avoir?

– Le temps le dira. Dans quelques années, il sera très intéressant de voir si les lignes ont bougé et ce que ça a pu apporter aux femmes.

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