Astreints au blindage léger, les convoyeurs se protègent comme ils peuvent

SécuritéDe quels boucliers sont dotés les véhicules souvent attaqués? En l’absence de règles précise, les pratiques varient.

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Pour forcer la porte du fourgon qu’ils venaient d’arroser à la kalachnikov, il y a quelques jours à La Sarraz, les braqueurs l’ont fait sauter à l’explosif. Avant d’y mettre le feu alors que les convoyeurs se trouvaient encore à l’intérieur. «Si le transport s’était fait dans les véhicules hautement blindés que nous réclamons, cette attaque n’aurait tout simplement pas pu avoir lieu», tonne Luc Sergy, directeur de l’Association des entreprises suisses de services de sécurité (AESS).

Le coup de gueule du responsable, qui milite depuis des années pour que les convoyeurs puissent circuler de nuit dans des véhicules lourdement blindés, pose la question des boucliers actuels. Dans un pays qui ne peut se passer de cash, de quelle protection bénéficient les transports de fonds qui approvisionnent les bancomats lorsque le soleil est couché? Que permettraient les fameux véhicules lourds que réclame la profession mais dont le Conseil fédéral ne veut pas entendre parler? Auprès d’une branche qui a la culture du secret, pas facile d’obtenir des réponses à ces questions sensibles. Certains ont toutefois accepté de lever un bout du voile. Mais aucun n’a accepté de fournir la moindre image d’un quelconque dispositif.

«La cabine des convoyeurs est blindée. La partie arrière, en revanche, est moins protégée»

La première donne est purement physique. Pour rouler de nuit, la loi interdit aux transports de fonds de dépasser 3,5 tonnes. Une contrainte qui impose de faire des choix. Les fourgons nocturnes sont donc en réalité «semi-blindés», l’accent (et le poids) étant mis sur la protection des personnes. «La cabine où se trouvent les convoyeurs est blindée, elle ne craint pas les balles. La partie arrière, en revanche, est moins protégée», glisse Gérald Pralong, directeur de l’entreprise valaisanne SOS Surveillance, qui a été braquée cinq fois en cinq ans – la dernière fois à Chavornay.

Absorber l’énergie

Mais de quoi est faite cette cuirasse? «Il s’agit de blindages balistiques essentiellement en acier, de quelques millimètres d’épaisseur, dont les normes de protection sont calquées sur la puissance des armes. La plupart sont conçus pour résister aux balles de pistolets et peuvent dévier ou limiter l’efficacité d’un projectile de fusils d’assaut type kalachnikov. Il existe des blindages dits espacés, formés de plusieurs couches distantes de plusieurs centimètres. Certains sont composés de couches de matière différentes – acier, mousse, kevlar –, d’autres encore sont façonnés en jouant sur les angles, afin de dévier ou casser la trajectoire des cartouches. Tous sont conçus pour absorber l’énergie des projectiles, détaille Alexandre Vautravers, rédacteur en chef de la Revue militaire suisse et spécialiste des questions de sécurité. Si un projectile devait tout de même pénétrer l’habitacle, il n’aurait plus assez de puissance pour transpercer les gilets pare-balles de convoyeurs. Les vitres sont également blindées. Si les braqueurs ont tiré dessus à La Sarraz, c’est pour les fissurer. Après plusieurs impacts, le pare-brise est fissuré et ne permet plus de voir à travers ou bien de rouler.»

À chacun sa protection

Ces blindages de la cabine se retrouvent sur tous les fourgons des nombreuses sociétés privées de transports de fonds. C’est en examinant l’arrière de ces véhicules qu’apparaissent les différences. Et ce pour une raison simple: en l’absence d’une réglementation stricte, chaque société blinde et protège ses fourgons comme bon lui semble.

Interrogés sur leurs pratiques en la matière, de nombreux responsables de sociétés n’ont pas souhaité évoquer leurs solutions. Mais ils se sont montrés plus enclins à détailler ce qui existe chez la concurrence. «Dans les fourgons les mieux protégés se trouvent des caissons de type coffre-fort que le convoyeur ne peut en aucun cas ouvrir, ils ne comportent ni code ni serrure», explique un responsable sous couvert d’anonymat, qui évoque les cash centers, seuls susceptibles d’ouvrir le coffre selon un procédé qu’il ne dévoilera pas.

À ce propos, après avoir vu la photo des caisses en aluminium qui se trouvaient dans le fourgon de la dernière attaque publiée par la police, ce responsable l’affirme: elles sont trop grosses pour entrer dans les coffres-forts qu’il évoque. Sous-entendu: les caisses auraient été déposées dans le fourgon sans mesure de protection particulière. Président de la société luxembourgeoise RMS Sicherheits, victime du braquage de vendredi dernier, Horst Marxer refuse de dévoiler les mesures de protection de ses fourgons.

Au rayon des dispositifs moins performants, les patrons évoquent également des cassettes fermées et plombées. «Mais, comme l’arrière des fourgons, elles ne sont pas très résistantes», confie un spécialiste.

Comme au cinéma

Résignée à voir ses fourgons forcés, la branche mise donc sur des mécanismes qui empêchent les braqueurs, une fois rentrés, d’emporter la cargaison. «Il existe des systèmes qui projettent de la mousse expansive dans le fourgon. Les voleurs n’y voient plus rien», explique un patron romand. Qui indique le dernier dispositif existant: la neutralisation des billets. Concrètement, il s’agit d’une solution souvent vue au cinéma: la projection d’encre sur les coupures. Indélébiles, les taches rendent les billets inutilisables. «Les assurances, en revanche, les remboursent», indique Luc Sergy, qui pointe la grande faiblesse du système: il est manuel. «Sous le feu des balles, quel convoyeur penserait encore à actionner le dispositif?» soupire le patron de la faîtière.

Changer la loi

Il en revient donc à sa croisade: changer la loi pour mieux protéger le secteur. «Un véhicule sérieusement blindé pèserait entre 15 et 20 tonnes. Un tel engin serait compliqué à immobiliser et pourrait facilement forcer les barrières de véhicules dressées par les voleurs, lance Luc Sergy, qui poursuit: une attaque au véhicule bélier, comme en juin, ou à l’explosif, comme à La Sarraz, ne serait plus possible. Enfin, pour percer un tel blindage, la puissance de feu serait telle que le risque d’endommager la précieuse cargaison serait trop important, aucun braqueur ne s’y risquerait. Un système de neutralisation des billets automatique achèverait de fournir une protection optimale. Mais on en est loin.»

Créé: 31.08.2019, 08h00

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