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Jacques Audiard écorche vif

Avec «Dheepan», le cinéaste livre son film le plus intime. Palme d’or au dernier Festival de Cannes.

Jacques Audiard en mai dernier, à Cannes, où il a emporté la distinction suprême avec «Dheepan».
Jacques Audiard en mai dernier, à Cannes, où il a emporté la distinction suprême avec «Dheepan».
CORBIS

En recevant la Palme d’or en mai dernier pour Dheepan, Jacques Audiard, 63 ans, surpris de l’honneur, se dépêchait d’ironiser avant de remercier. Comme pour masquer la moindre bouffée de sentimentalisme provoquée par ce trophée, qu’il dédiait ensuite à son père, le légendaire Michel Audiard. Procédant avec la même austérité affichée, ce film de banlieue et de guerre, d’amour et de haine, brouille les pistes tout en brossant un autoportrait de son créateur avec une fidèle cruauté. Qui aime le travail de ce réalisateur toujours plus chauve, toujours plus dandy sous son éternel chapeau, ne peut douter de la solidarité de «cet homme invisible» avec l’espèce humaine. Mais, méfiant du sentiment ostentatoire, des étalages inélégants, il cache ces épanchements. Ainsi, Dheepan déconcerte plus qu’il n’émeut. Dans cette incompréhension face au style hybride adopté et à une «fin heureuse» qui frise le ridicule, gît aussi une des clés d’un film étrange: cet essai fiché aux frontières des peuples, des êtres, ose poser des questions qui ne débouchent sur aucune réponse décente.

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