«Je suis outré qu'on ait laissé sortir mon fils schizophrène»

VaudSuivi à Nant, Laurent s'est suicidé de deux coups de couteau le 21 juillet à Vevey. Son père témoigne.

«A mes yeux, ce ne sont pas les soignants qui sont en cause, mais bien les lois et les règlements absurdes qu’ils sont contraints d’appliquer et qu’il faut changer sans tarder, avant qu’un drame se produise», tempête Albert Chamorel.

«A mes yeux, ce ne sont pas les soignants qui sont en cause, mais bien les lois et les règlements absurdes qu’ils sont contraints d’appliquer et qu’il faut changer sans tarder, avant qu’un drame se produise», tempête Albert Chamorel. Image: Chantal Dervey

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«J’ai toujours été très proche de Laurent, surtout depuis qu’il était tombé malade. Il était resté mon bébé, celui que la vie a meurtri, et je devais m’en occuper bien davantage que de son frère aîné.» Albert Chamorel est un dur. L’homme a derrière lui une longue carrière de promoteur immobilier, passée par des hauts et des bas d’importance, mais aussi d’organisateur de combats de boxe, parmi lesquels les quatre Championnats d’Europe et les deux Championnats du monde disputés par le Vaudois Mauro Martelli.

A 66 ans, Albert Chamorel, dur au cœur blessé, est aujourd’hui un homme en colère, qui ne comprend pas comment les lois et les règlements ont pu interdire à la Fondation de Nant de prodiguer à son fils les soins qui l’auraient sans doute empêché de mettre fin à ses jours (24 heures du 26 juillet).

«Entre 18 et 19 ans, Laurent, qui était un bon élève, a commencé à avoir des hallucinations. Il entendait des voix et me disait qu’elles lui étaient hostiles. C’est à ce moment-là qu’il a fait son premier séjour à Nant, l’institut psychiatrique de l’Est vaudois, où les médecins ont diagnostiqué une schizophrénie évolutive, se souvient Albert Chamorel. C’en était fini de mon fils d’avant: Laurent était condamné, pour tenter de s’en sortir, pour ne plus entendre ces voix destructrices, de prendre des médicaments jusqu’à la fin de ses jours. Le problème, je l’ai appris plus tard, c’est que les schizophrènes, généralement, refusent de se soigner.»

Démons retrouvés

Laurent passe quelques années chez son père, qui finit par lui prendre un appartement sur la Riviera. En hiver 2011, le logement brûle. Laurent, absent ce jour-là, n’y est toutefois pour rien. Albert Chamorel l’installe provisoirement dans un hôtel, où son fils retrouve ses démons: il ne prend pas ses médicaments, indispensables au maintien d’un certain équilibre et seul moyen de ne pas entendre les voix. Son père, attentif, le conduit à nouveau à Nant. Laurent est accueilli dans un secteur fermé, où il est obligé d’accepter qu’on le soigne. Après quelque temps, pourtant, le jeune homme est admis dans une zone ouverte, qu’il peut quitter à sa guise et dans laquelle la prise des médicaments est laissée au bon vouloir du patient.

«Nous parlions au téléphone, et il ne me cachait jamais quand il ne se soignait pas, raconte son père. J’appelais alors le médecin, et celui-ci me promettait de s’en occuper. Néanmoins, mis à part ces interventions ponctuelles, mon fils ne bénéficiait pas d’un suivi médical sérieux. Un jour, alors que je venais de demander à ce docteur si c’était à moi de monter tous les jours à Nant pour obliger Laurent à prendre ses médicaments, il m’a répondu que la loi lui interdisait de le forcer. «Nous tentons de les persuader, mais nous ne pouvons pas aller plus loin», m’a-t-il dit.

C’est un véritable scandale, tempête aujourd’hui Albert Chamorel, parce que Laurent était un danger pour lui-même. Ceux qui refusent de se soigner devraient au moins être interdits de sortie. A mes yeux, ce ne sont pas les soignants qui sont en cause, mais bien les lois et les règlements absurdes qu’ils sont contraints d’appliquer et qu’il faut changer sans tarder, avant qu’un drame se produise.»

«Je vais me reposer»

Le 21 juillet dernier, après avoir erré quelques jours dans Vevey, Laurent, mal en point, est de retour à Nant. A 11 h, il appelle son père depuis la fondation, les relevés téléphoniques effectués au cours de l’enquête le prouvent: «Je suis fatigué, lui dit-il, je vais me reposer.» Trois heures plus tard, dans le hall d’un immeuble de la rue de la Byronne, Laurent plante dans sa poitrine, à deux reprises, le couteau acheté auparavant au Centre commercial Saint-Antoine.

«Ce jour-là, les voix hostiles à Laurent ont triomphé, dit son père. Sur place, je ne l’ai pas caché à la police: pour moi, il était évident que personne n’avait poignardé Laurent. Mais que se passera-t-il le jour où l’on laissera sortir un schizophrène dont les voix qu’il entend le poussent à s’en prendre aux autres, pas à lui-même?»

Créé: 27.08.2014, 10h05

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