Pourquoi les autopsies sont plus longues qu’à la TV

LausanneLe rapport sur les causes d’une mort violente qui remonte au 31 décembre n’est toujours pas remis. Explications.

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Au moment où une partie des circonstances du drame de la Riponne, le 31 décembre dernier à Lausanne, semble s’éclaircir, la question des causes de la mort d’un Marocain de 23 ans n’a officiellement toujours pas de réponse. Un jeune de 18 ans a été vu en train de donner des coups à la victime à terre dans un escalier, mais le décès a-t-il été provoqué par ces actes violents ou par une chute? L’état de santé de l’homme décédé a-t-il joué un rôle?

Le rapport du Centre universitaire romand de médecine légale (CURML) devrait fournir des réponses. Selon le procureur Stéphane Coletta, il devrait être remis au début d’avril.

Pourquoi une si longue attente? Est-il vrai que les médecins légistes ont été submergés par un afflux de morts en décembre, selon une hypothèse entendue dans le cadre de l’enquête? Rencontré dans ses nouveaux locaux au Chalet-à-Gobet, dans les hauts de la capitale vaudoise, le Pr Patrice Mangin, directeur du CURML, écarte cette idée un sourire aux lèvres.

Réalité complexe

Le terme communément employé d’autopsie comprend en réalité plusieurs opérations. «Une autopsie au sens large ne se résume pas à l’autopsie elle-même, qui, dans le cadre de la médecine légale, est une étape de premières investigations réalisées sur le corps.» Des analyses complémentaires, voraces en temps, se déroulent ensuite en fonction des éléments amenés par l’enquête pénale. «L’affaire de la Riponne est justement un cas complexe qui a nécessité des investigations supplémentaires», relève Patrice Mangin.

Dans ce cas, l’enjeu judiciaire est important. L’auteur présumé des coups, désigné par deux autres prévenus, peut voir sa responsabilité augmenter si ses violences sont à l’origine du décès de la victime. L’inverse pourrait se produire si le décès a précédé l’agression.

Les médecins légistes ont voulu notamment savoir si le cerveau avait subi des lésions. Et c’est justement une opération qui ne se déroule pas en deux temps trois mouvements. «Le cerveau est un organe solide d’un poids de plus de 1 kilo. Avant de pouvoir l’examiner au microscope sur la base de coupes, il faut le fixer dans un bain de formol pendant trois semaines. L’examen du cerveau est complexe et nécessite l’assistance d’un neuropathologue», souligne Patrice Mangin.

Au total, il faut compter cinq ou six semaines pour aboutir à des conclusions fiables, et le cerveau est analysé dans un cas sur trois.

Les analyses toxicologiques, qui portent notamment sur la consommation d’alcool, de drogues ou de médicaments, demandent également de la patience. Au Chalet-à-Gobet, le responsable de ce domaine, le Dr Marc Augsburger, fait le tour des appareils d’analyse perfectionnés dont il dispose avec son équipe. Certains correspondent en tout point à ceux qui apparaissent dans les séries de télévision américaines: «Les outils que l’on voit dans Les experts, par exemple, sont utilisés dans la réalité. On voit même les marques des appareils. En revanche, la manière de travailler qui est montrée à l’écran est impossible en situation réelle», affirme-t-il.

Les outils perfectionnés qui indiquent la présence et la concentration de molécules toxiques doivent être calibrés à l’aide d’échantillons connus, ce que l’on ne voit jamais dans Les experts. «Dans le domaine des toxiques, il existe des millions de substances. Si on a affaire à une molécule rare, cela nécessite beaucoup de travail et donc davantage de temps», commente Marc Augsburger.

L’inventivité en matière de nouvelles drogues de synthèse semble ne pas avoir de limite. Les légistes romands sont parfois confrontés à des cas épineux comme celui des «sels de bain», qui se sniffent ou s’injectent et ont fait des ravages en Grande-Bretagne avant de se répandre aux Etats-Unis. Patrice Mangin relève de son côté que les analyses toxicologiques peuvent ainsi durer exceptionnellement jusqu’à deux ou trois mois.

Signe de fiabilité

Face aux attentes de résultats rapides après un drame, il estime que les délais du centre qu’il dirige forment un gage de fiabilité. «Dans le domaine de la médecine légale en Europe, on voit des rapports rendus en deux semaines à la justice. S’il y a besoin d’investigations complémentaires, elles ont lieu ultérieurement et il appartient au juge de se débrouiller pour présenter une synthèse. Il vaut mieux que les scientifiques établissent cette synthèse», déclare Patrice Mangin.

Des investigations complètes permettent également d’être prêt à répondre à toutes les demandes de la justice.

(24 heures)

Créé: 19.03.2015, 17h43

Quatre cents examens par année

Environ 400 autopsies, demandées par la justice dans le cadre des enquêtes pénales ou par le corps médical à des fins scientifiques, sont effectuées chaque année en Suisse romande. «Ce chiffre est stable et on ne peut pas affirmer qu’il y a davantage d’homicides ou d’accidents en fonction des périodes de l’année», souligne le directeur du Centre universitaire romand de médecine légale (CURML), Patrice Mangin. Le CURML, issu de la fusion des instituts lausannois et genevois en 2007, emploie quelque 150 collaborateurs répartis sur deux sites, l’un au Chalet-à-Gobet, l’autre dans la Cité de Calvin.

En plus des activités médico-légales (analyses médicales, toxicologiques, ADN et chimiques), le CURML coiffe également la médecine et psychologie du trafic, la psychiatrie légale, le droit médical et la médecine légale humanitaire, ainsi que l’analyse du dopage. Quel est le coût d’une autopsie, calculé selon un règlement cantonal fondé sur le tarif médical officiel Tarmed? Le directeur du CURML évalue le prix moyen à 4000-5000 fr. On se trouve bien loin de l’autopsie du leader palestinien Yasser Arafat, effectuée par des spécialistes lausannois, dont le coût de 60 000 fr. a été réglé en partie par l’Autorité palestinienne.





























































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