«Si l’avalanche rend mon papa avant juillet, ce sera une bonne nouvelle»

TémoignageLe jeune homme dont le père est toujours porté disparu après l’avalanche du vallon d’Arbi (VS) raconte la fin des recherches et le deuil.

Nicolas Wuilleret et une photo de son père Guy, passionné de voile bien connu à Ouchy et à Vidy.

Nicolas Wuilleret et une photo de son père Guy, passionné de voile bien connu à Ouchy et à Vidy. Image: Florian Cella

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Nicolas Wuilleret était bien loin du vallon d’Arbi (VS) le 16 mars dernier à la mi-journée. Le jeune homme pratiquait la grimpe avec un ami dans les calanques de Marseille quand une avalanche a emporté son père, Guy, ainsi que cinq autres skieurs au-dessus de Riddes (VS). Deux d’entre eux ont pu être extraits par les secours tandis que trois corps ont été retrouvés. Aujourd’hui, seul Guy Wuilleret manque à l’appel. Président du Cercle de la voile de Vidy pendant plus de vingt-cinq ans, ce dernier est toujours officiellement porté disparu. Mais, face à l’évidence, la famille a dû se résoudre à entamer un deuil alourdi par l’absence. Une situation dramatique dont son fils Nicolas a accepté de parler.

«Nous avons décidé de laisser faire le temps car tout le monde a fait le maximum»

«Ce travail de deuil sans corps est difficile car on a l’impression d’avancer avec une ancre. On sait qu’il y aura un coup de fil dans quelques semaines ou dans quelques mois pour identifier mon papa et que ce sera un retour en arrière brutal. Du coup, ça donne juste envie d’attendre, voire de lâcher prise.» Le jeune homme parle avec calme des semaines écoulées mais dit s’attendre à «un contrecoup monumental». Ambulancier, il explique que sa profession a influencé ses réactions. «Au début, pour me protéger, j’étais très procédurier. Je voulais gérer la situation comme si j’étais au travail. Maintenant, j’ai compris que j’étais surtout un fils et que j’avais le droit d’être triste. Je suis bien entouré, j’ai des potes qui connaissent la montagne, qui y ont déjà perdu des proches, et je peux compter sur mon amie, qui m’a fait «vivre de la normalité» dans cette situation anormale. J’en avais vraiment besoin.»

La situation anormale débute donc le 16 mars, quand Guy Wuilleret est emporté par une avalanche alors qu’il skie avec deux proches. L’un réussit à fuir la coulée, tandis que l’autre n’est pas totalement enseveli et pourra être extrait. Un groupe de trois jeunes Alsaciens est également emporté.

Appels en absence

«J’ai appris la nouvelle le soir, à Marseille, en allumant mon téléphone. J’avais beaucoup d’appels en absence de ma mère. Elle savait que mon père était potentiellement dans ce secteur à ce moment-là, c’est un endroit où l’on va souvent, il permet de rejoindre La Tzoumaz depuis Verbier. D’ailleurs, si je n’avais pas eu ce voyage en France, je serais sûrement allé skier avec eux.»

Rapidement, Nicolas Wuilleret comprend que son père est effectivement concerné. Il rentre en urgence et demande à sa mère de prendre contact avec la police valaisanne. «Nous avons eu des informations sur les recherches en cours et sur le type d’avalanche.» Cette dernière serait partie de façon spontanée, sans être déclenchée par un humain.

Familier de la montagne, le jeune homme connaît les statistiques et sait que les chances de survie sont faibles. «Alors on se raccroche à des cas de survie miraculeux, mais la neige de printemps est tellement lourde… Et si les chiens ne trouvent rien, c’est qu’il y en a d’énormes quantités.» La coulée fait 150 mètres de large sur 400 mètres de long, et Guy Wuilleret, parti pour une journée de ski alpin tranquille, n’a pas emporté son dispositif de recherche de victimes en cas d’avalanche (DVA).

Suivent de longues heures de recherches avec d’importants moyens. «À partir du samedi matin, on ne recherchait plus des survivants mais des corps.» Et, très vite, la famille doit se poser la question des coûts. Les cadavres des trois jeunes Alsaciens seront retrouvés. Le mercredi soir, cinq jours après l’avalanche, les sauveteurs ont fouillé tous les endroits où ont été retrouvés des indices matériels. «Après plusieurs discussions, ils nous conseillent de ne pas relancer les recherches. De notre côté, nous savons qu’ils encourent un risque de nouvelle avalanche sur les lieux. Nous réfléchissons aussi aux frais engagés, même si c’est une considération secondaire. Finalement, nous décidons de laisser faire le temps car tout le monde a fait le maximum.»

Les recherches actives sont terminées. «Mais tous les matins un pisteur va parcourir l’avalanche pour voir si la montagne rend quelque chose. Les hélicoptères savent qu’ils peuvent aussi s’engager dans le vallon, et des chiens détecteurs de cadavres viendront quand il y aura moins de neige. L’objectif, c’est que mon papa soit retrouvé par la police et non par un promeneur. On nous a donné le délai de juillet pour la fonte des neiges; si on le retrouve avant, ce sera une bonne nouvelle. Sinon il faudra attendre, c’est le destin.» Après réflexion, la famille a tout de même organisé une cérémonie publique, le 5 avril dernier. «Mon père était très sociable, il y avait beaucoup de monde, et c’était précieux de se sentir entouré. Et puis, cet été, nous irons sur les lieux de l’avalanche avec les amis proches pour lui rendre hommage. Il aimait vivre, nous monterons boire un verre.» (24 heures)

Créé: 16.04.2018, 06h44

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