«L’avenir est aux petites unités de production»

Énergie éolienneAlors que les éoliennes vaudoises s’essoufflent devant les tribunaux, le directeur de l’Office fédéral de l’énergie, Benoît Revaz, défend leur place dans le réseau de demain.

Nommé en juillet 2016 par le Conseil fédéral, Benoît Revaz, juriste de profession, dirige l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) et fait figure d’homme fort de la transition énergétique suisse aux côtés de Doris Leuthard. Âgé de 44 ans, ce Valaisan est auparavant passé par des institutions internationales ainsi que par les Électricités fribourgeoises, EOS et Alpiq.

Nommé en juillet 2016 par le Conseil fédéral, Benoît Revaz, juriste de profession, dirige l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) et fait figure d’homme fort de la transition énergétique suisse aux côtés de Doris Leuthard. Âgé de 44 ans, ce Valaisan est auparavant passé par des institutions internationales ainsi que par les Électricités fribourgeoises, EOS et Alpiq. Image: FLORIAN CELLA

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Les projets éoliens ont beau se succéder sur les crêtes vaudoises, aucune hélice ne s’apprête encore à fournir le moindre watt aux compteurs. Avec notamment Grati, Sainte-Croix, la Vallée, Bel Coster puis récemment le projet du Mollendruz, pour lequel le petit village de La Praz a été jusqu’à faire voter ses habitants à deux reprises, c’est désormais un tiers des éoliennes prévues en terre vaudoise qui patientent donc entre les mains des tribunaux. Et ce n’est pas fini, tant le débat enfle et les dossiers se complexifient. À Berne le patron de la transition énergétique et directeur de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), le Valaisan Benoît Revaz, garde la tête froide sur le cas vaudois, le plus grand potentiel éolien de Suisse. Interview.

Comment vous expliquez la vivacité du débat?
C’est intéressant de voir qu’une source d’énergie qui, de prime abord, est plutôt considérée comme sympathique, polarise à ce point. Les grands projets hydro­électriques n’ont pas atteint cette ampleur. C’est peut-être lié au débat sur la Stratégie énergétique 2050: la transition énergétique propose un changement de système. Aujourd’hui, la Suisse fonctionne sur un modèle de grandes unités de production. Nous sommes en train de transformer en décentralisant. C’est un chemin qui, à première vue, n’est peut-être pas évident. Nous avons non seulement besoin des éoliennes parce qu’elles produisent un certain pourcentage de l’énergie suisse, mais également parce qu’elles peuvent interagir avec la consommation. Nous avons la chance, que très peu de pays ont, de pouvoir combiner des sources intermittentes, comme les éoliennes, en hiver, avec notre forte base hydroélectrique.

4300: en GWh annuels, c’est l’objectif de production éolienne suisse pour 2050. Vaud pourrait y contribuer à raison de 25% avec ses 19 parcs

Les opposants sont loin d’être une minorité, on l’a vu à La Praz. Qu’est-ce qui l’explique?
On ne peut pas reprocher à des gens qui sont directement touchés dans leur environnement immédiat de s’impliquer et d’avoir un avis là-dessus. D’où l’importance des processus d’information et du processus de décision.

L’exemple allemand, avec ses forêts d’éoliennes, impressionne beaucoup. Vous observez ce marché?
Nous en avons déjà tiré les conclusions dans la loi sur l’énergie. Il y a une limitation temporelle dans le soutien financier pour les énergies renouvelables, un «sunset» à la fin de 2022 voulu par le parlement. La raison, c’est qu’on ne peut pas imaginer la construction sans fin de renouvelable en Suisse à n’importe quel prix. Il faut dix ans pour arriver à une autorisation de construire une éolienne, le développement d’un parc d’une centaine d’éoliennes comme en Allemagne sera irréaliste. Par contre on voit que la technologie s’améliore. De ces retards de procédure il en résulte au moins l’avantage que la Suisse bénéficiera d’éoliennes moins coûteuses, mieux profilées, avec des durées de vie légèrement augmentées.

On se retrouve tout de même avec chaque parc qui passe devant les tribunaux, et ceux-ci défrichent le terrain. Pourquoi certaines clés n’ont-elles pas été données?
Parce que l’ambition n’est pas de modifier l’ensemble du système juridique pour une technologie, mais de laisser les procédures fonctionner. C’est une source de sécurité. Pour la distance, par exemple, la Confédération n’a pas fixé d’indicateurs parce que la question, c’est le bruit. Il varie suivant l’environnement, la végétation, l’endroit où on se situe… Ce sera à l’autorité compétente de vérifier si les normes sont respectées ou non. On ne peut pas faire de comparaison internationale. Chez nous, si on parle de 1500 mètres de distance, il ne nous reste pas grand-chose. Le Grimsel peut-être.

7: c’est le nombre de projets vaudois qui dépendent désormais des juges. Six autres avancent. Les derniers sont au point mort

Un des écueils, c’est aussi des offices fédéraux qui se contredisent et des cantons qui se sentent seuls.
Nous n’arrivons pas dans un environnement neuf. C’est une structure juridique existante, et des offices fédéraux qui veillent sur les intérêts qui leur sont confiés. Il y a une complexité procédurale, des répartitions de compétences, et plusieurs centaines de projets qui en sont à des stades différents. Nous avons mis en place un guichet unique, à l’OFEN, qui a pour tâche d’être un facilitateur. Il l’a fait l’an dernier de manière pilote pour les éoliennes de la Vallée et du Mollendruz.

Mais est-ce que la législation est encore adaptée, celle de l’environnement par exemple?
Dans l’application de la Stratégie énergétique 2050, il y a eu la reconnaissance de l’intérêt national des projets. C’est un élément qui s’insère dans le cadre légal et qui permet à un juge de prendre en compte, dans la pesée des intérêts, l’intérêt national en fonction d’une certaine production.

Ce sont ces 20 GWh annuels.
Exactement. On nous a beaucoup critiqués là-dessus, en disant que c’est peu. Mais c’est justement notre approche: partir dans de petites unités de production qui sont proches des lieux de consommation. C’est là que l’intérêt national réside.

Revenons au canton de Vaud. Il se passe quoi s’il n’y a pas d’éoliennes avant la fin de la RPC (rétribution à prix coûtant), fin 2022?
Il y a beaucoup de projets qui ont déjà eu une décision positive. Nous avons aussi mis en place la possibilité de reporter des octrois de RPC sur d’autres projets, pour autant que ce soit dans le cadre d’une planification cantonale. Pour la suite, on va progressivement quitter ces mécanismes de soutien. Nous entendons finaliser l’ouverture du marché: que chaque consommateur puisse avoir un libre accès à son fournisseur, tout en privilégiant l’accès au renouvelable. Jusqu’ici, en matière de sécurité d’approvisionnement, l’approche était toujours de parler de production. On s’est rendu compte avec les hivers difficiles que ça ne suffisait pas, et qu’il fallait réfléchir également aux capacités de transport et de transformation de l’énergie. Ce que nous constatons, c’est qu’une Suisse bien interconnectée, avec ses capacités de production hydroélectrique, a un niveau de sécurité d’approvisionnement qui n’est pas questionné jusqu’à l’horizon 2030-2035.

N’arrivons-nous pas à trop de pression pour des petites communes et des élus de milice?
Les collectivités locales trouvent des partenaires capables de les assister et de ne pas leur faire prendre de risque industriel disproportionné. Mais ça ne sert à rien à une petite commune de devenir un acteur de production dépassant sa consommation locale. Ces équilibres-là, il s’agit de les garder en tête à l’avenir. Nos prédécesseurs l’ont très bien fait. (24 heures)

Créé: 16.04.2018, 06h37

Pas de couperet fédéral pour les éoliennes vaudoises

Le dernier mot du Canton quand il plaide pour ses hélices, c’est que Berne lui demande de fournir 25% de l’éolien suisse.

Nous n’avons pas d’ordre à donner au Canton de Vaud. Il y a une subsidiarité. Nous faisons tous les cinq ans un rapport pour examiner si les progrès des énergies renouvelables sont suffisants ou si une problématique se présente. Les propositions sont ensuite formulées au Conseil fédéral.

Donc il n’y a pas de mécanisme de sanction?

Non. La Confédération fixe un cadre, et c’est aux cantons et aux acteurs de la branche ou aux communautés locales de se mobiliser. Par ailleurs, nous n’avons aucune participation dans une société de production.

Alors, si on n’y parvient pas, quelles sont les pistes?

Notre approche est plus ou moins neutre au niveau technologique. Ce qu’on constate, c’est que, pour l’hydraulique par exemple, des acteurs vaudois ont déjà investi à l’extérieur de leurs frontières ou à l’étranger. La perspective de décentralisation, aussi dans la proximité territoriale, est essentielle. En particulier pour décarboner la mobilité. C’est comme le solaire: la valeur va se créer à long terme sur le potentiel de consommation dynamique et locale.

On parle de décentralisation, mais reste que les zones d’exclusion tendent à concentrer les éoliennes. Comme dans le Nord vaudois.

C’est une question de planification dans un territoire exigu. Il faut composer avec différents intérêts de protection. Cette étape d’apprentissage était nécessaire. Mais, finalement, dans la mesure où chaque projet fera l’objet de sa procédure d’autorisation, à mon sens, les risques de dégâts collatéraux sont extrêmement faibles.

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