«Nous n’avions pas été habitués à ce racisme en Suisse»

IntégrationUne étude nationale fait des musulmans la principale cible du racisme. Après le saccage au cimetière du Bois de Vaud, le sentiment des principaux intéressés.

Image: Philippe Maeder - A

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Devant la mosquée de Lausanne, vendredi après-midi, la récente profanation du cimetière du Bois-de-Vaux était dans toutes les conversations. «Nous sommes encore sous le choc et nous ne comprenons pas un tel déchaînement de violence. C’est clairement du racisme. Or nous n’avions pas été habitués à ça en Suisse», soupire Abdelkader Madger, ressortissant algérien de 40 ans. Sur place, peu avant la prière, la dizaine de personnes interrogée est sur la même ligne. Ici, on oscille entre déception, colère et incompréhension.

Mais le racisme antimusulman que dénoncent certains fidèles n’alimente pas que leurs propres conversations. Récemment, deux rapports – l’un du Service de lutte contre le racisme (SLR), l’autre de l’Office fédéral de la statistique (OFS) – se sont penchés sur l’attitude des Suisses face aux problématiques du racisme et de la discrimination.

«Les taux d’hostilité sont à 14% vis-à-vis des musulmans, 10% pour les Noirs et 8% pour les juifs»

De l’enquête sur le vivre ensemble 2016 de l’OFS, il ressort que si la plupart des Suisses sont globalement tolérants, plus d’un tiers d’entre eux se disent dérangés «par la présence de personnes perçues comme différentes». Et c’est autour des musulmans que les plus fortes tensions sociales se cristallisent. «Lorsque des caractéristiques négatives sont présentées, 17% estiment que celles-ci s’appliquent aux musulmans; ce taux chute à 12% chez les juifs et 4% chez les Noirs. Les taux d’hostilité sont à 14% vis-à-vis des musulmans, 10% pour les Noirs et 8% pour les juifs», précise l’étude.

A Zurich, SOS Racisme tire le même constat et indique que les victimes de racisme de confession musulmane sont en augmentation ces six derniers mois. «La faute aux réseaux sociaux, qui font office de caisse de résonance pour l’intolérance, ainsi qu’à certains leaders politiques, Donald Trump en tête, dont les déclarations ont pour effet de diviser la société.»

Autre ville, même discours: à Lausanne, le Bureau pour l’intégration des étrangers et la prévention du racisme enregistre aussi la tendance à la hausse. «Dans notre décompte des victimes de discrimination, les musulmans, surreprésentés, arrivent en tête», note Fanny Spichiger, adjointe à la déléguée cantonale à l’intégration.

La Suisse, pays calme

Retour devant la mosquée. Interrogés sur leur sentiment quant au racisme en Suisse, de nombreux musulmans semblent donner raison à l’étude de l’OFS selon laquelle la majorité de la population fait preuve de tolérance. «Je suis passé par la Suède, où j’ai vu une mosquée attaquée et dans laquelle on a jeté une tête de cochon, ou encore par l’Allemagne, où les débordements du Nouvel-An à Cologne n’ont rien arrangé. En comparaison, la Suisse est très calme, on s’y sent en sécurité», explique Mounir Saado, Libanais de 40 ans. A ses côtés, Jalaly Abdelghani, ressortissant afghan installé en Suisse depuis trente ans, confirme: «Il y a bien sûr de mauvaises personnes partout, on l’a vu au cimetière, mais on ne sent pas de racisme au quotidien.»

Si lui aussi se refuse à parler de racisme, Bashkim Iseni, politologue et directeur d’Albinfo.ch, évoque en revanche un malaise vis-à-vis des musulmans. «Qui résulte du contexte international, de la peur du terrorisme et de la montée de l’intolérance. Un cocktail dont la majorité silencieuse fait les frais. Le malaise découle aussi de la méconnaissance de la réalité musulmane. On a tendance à voir les musulmans comme des ayatollahs en puissance, alors qu’en Turquie et dans les pays d’ex-Yougoslavie, dont sont originaires la majorité des musulmans établis en Suisse, les processus de laïcisation sont au moins aussi importants qu’en Suisse.»

Créé: 21.10.2017, 08h16

Un thème, deux rapports

Recenser, de manière systématique et sur la durée, les tendances racistes et discriminatoires en Suisse. Voilà le but fixé par le Conseil fédéral avec l’enquête sur le vivre ensemble en Suisse, dont la première mouture vient de sortir. Menée auprès de quelque 3000 personnes par l’Office fédéral de la statistique (OFS), elle sera réalisée tous les deux ans. La première vient de paraître en même temps que le troisième rapport du Service de lutte contre le racisme (SLR). Un rapport qui s’appuie sur le travail de l’OFS ainsi que sur d’autres données pour donner un aperçu sur les incidents et les opinions racistes.

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