Le bahaïsme se pratique au salon entre bons Helvètes

Nos spiritualités méconnues (4/5)Ils s’appellent Perrinjaquet ou Morand et ont adopté la religion d’un prophète persan du XIXe siècle. Les bahá’ís sont une centaine dans le canton, organisés en assemblée dans trois villes.

Les rencontres des bahá’ís sont dépourvus de rites, mais se centrent sur les prières et les lectures de textes sacrés.

Les rencontres des bahá’ís sont dépourvus de rites, mais se centrent sur les prières et les lectures de textes sacrés. Image: Patrick Martin

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C’est l’un de ces «ismes» aux accents exotiques qui, de temps en temps, font leur apparition dans les médias. Le bahá’ísme connaît un certain retentissement, car il fait partie des religions persécutées sur leur terre d’origine. En Iran, la République islamique en interdit la pratique publique, et ses adeptes, les bahá’ís, subissent vexations et discriminations.

Bien loin du régime des mollahs, dans le canton de Vaud, une petite centaine de personnes se revendiquent de cette foi, dont le fondateur, Bahá’u’lláh, est né en Perse au XIXe siècle. Et parmi eux, il y a très peu d’Iraniens, si l’on en croit la représentante suisse de la Communauté bahá’íe. «Cela surprend, mais le bahá’ísme a fêté 100 ans de présence en Suisse en 2003 déjà», sourit Sarah Vader. Cette fille de Nyon, désormais installée à Genève, est officiellement responsable du Bureau des affaires extérieures de la communauté bahá’íe suisse. Car si le bahá’ísme compte à peine 1200 adhérents dans le pays, son organisation est celle d’un mouvement présent aux quatre coins du monde et n’a rien d’improvisé.

Ni temple ni rituels

À Nyon, les bahá’ís comptent une vingtaine de personnes. C’est assez pour former une assemblée locale de neuf membres élus, dont le rôle est d’animer la communauté, ses activités, ses rencontres et ses moments de prière. Dans le canton de Vaud, il en existe deux autres, à Lausanne et à Pully, deux villes où l’on trouve aussi des bahá’ís en nombre suffisant. «Il n’y a pas de clergé dans la foi bahá’íe», précise Sarah Vader, assise dans le salon de Lou­iselle Morand Salvo, l’une des neuf membres de l’assemblée spirituelle de Nyon. La jeune femme n’a en en effet rien d’un dignitaire religieux. «Mon père est devenu bahá’í quand j’avais 6 ans, mais je ne m’y suis intéressée que quelques années plus tard. Je me suis convertie moi aussi en partageant les activités de la communauté bahá’íe, mais c’était une démarche personnelle.» Aujour­d’hui, son mari pratique lui aussi la même foi. «Nous réfléchissons à organiser des réunions de prière dans notre appartement à l’avenir.»

Pour l’instant, les rencontres des bahá’íes de Nyon se déroulent le plus souvent chez les Perrinjaquet, qui habitent un appartement non loin de celui de Louiselle. Pour la réunion de prière du dimanche matin, ils accueillent dans leur salon une petite dizaine de personnes qui s’installent en cercle sur des chaises et des canapés. Sarah Vader avait prévenu: «Dans la foi bahá’íe, il n’y a pas de rituels.» En effet, la réunion commence par quelques minutes de recueillement sur de la musique classique, puis les participants se succèdent pour lire des écrits du prophète Bahá’u’lláh, ainsi que d’autres livres saints, comme la Bhagavadgita hindoue.

Les textes appellent à surmonter les divergences, à aimer ses enfants, à ne pas rendre le mal pour le mal et à ne pas croire que la paix mondiale est impossible. «La religion bahá’íe véhicule des valeurs très adaptées au monde d’aujour­d’hui, estime Sarah Vader. Pour les bahá’ís, le but de la religion est l’unité. Il n’y a qu’un seul Dieu, et toutes les religions viennent de la même source.»

Parmi les participants, cet esprit œcuménique est pour beaucoup dans l’attrait du bahá’ísme. «Toutes les religions n’ont pas cette ouverture. Cela me fait chaud au cœur», lance Anne-Marie Perrinjaquet, qui s’est convertie au bahá’ísme dans les années 1970 au contact d’un jeune Iranien et a transmis sa foi à son mari Jean-Pierre. Gabriella, qui vit à Aubonne, est quant à elle bahá’íe depuis une vingtaine d’années. Ne trouvant pas ses réponses dans le catholicisme, elle raconte s’être ouverte à cette nouvelle spiritualité à travers une amie, du temps où elle était écolière à Gland. «Au début, c’était en cachette de mes parents. Ils croyaient que c’était une secte, bien sûr!»

Pèlerinages en Israël

Mais si les bahá’ís se revendiquent sans dogmes, sans prêtres et nourris de valeurs universelles, leur spiritualité ne s’insère pas moins dans un cadre très précis. À côté des rencontres de prière, la vie des fidèles est ainsi rythmée par des réunions qui se tiennent tous les dix-neuf jours, soit tous les mois d’un calendrier solaire propre à la religion. Les enfants et les jeunes sont également ouverts à la spiritualité dans des groupes animés par les membres de la communauté. Les bahá’ís effectuent aussi des pèlerinages en Israël où se trouve le tombeau de Bahá’u’lláh et d’autres grandes figures de la religion.

«C’est une obligation, autant que faire se peut», détaille Sarah Vader, qui précise que ces voyages s’organisent comme une démarche personnelle plutôt que collectivement. Une pratique qui renvoie bien sûr à l’islam et aux origines persanes du bahá’ísme. Mais ce n’est pas la seule, puisque les bahá’ís célèbrent également le Nouvel-An iranien, Norouz, au mois de mars, au terme de dix-neuf jours d’un jeûne qui répond aux mêmes règles que le ramadan. Pendant cette période, ils ne touchent ni nourriture ni boissons du lever au coucher du soleil. «Cela apporte de la sérénité et davantage de temps pour la prière et la méditation», sourit Jean-Pierre Perrinjaquet.

Créé: 23.04.2019, 09h34

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800 communautés spirituelles

C’est un chiffre que l’on n’imaginait sans doute pas. Il existe dans le canton de Vaud près de 800 communautés spirituelles, autrement dit des groupes de personnes qui se rassemblent en un même lieu pour pratiquer leur foi, donner corps à leurs croyances.

En octobre dernier, le Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC) présentait ce recensement inédit sur mandat de l’État de Vaud.

«24 heures» est allé à la rencontre de certaines de ces communautés, parmi les moins connues en terres vaudoises.

Auguste Forel a été l’un des tout premiers bahá’ís vaudois

La religion bahá’íe a été fondée en Perse en 1863 par Mírzá Husayn-’Alí Núrí, aussi appelé Bahá’u’lláh. Avec un centre spirituel situé en Israël, dans les villes d’Acre et de Haïfa, le mouvement revendique aujourd’hui 5 millions d’adhérents répartis dans presque tous les pays du monde, selon son site internet. Cinquante-six pays compteraient, comme la Suisse, suffisamment de fidèles pour y former des assemblées nationales bahá’íes en plus des assemblées locales. En revanche, ces lieux de culte sont relativement peu nombreux, avec dix «Mashriqu’l-Adhkár», ou maisons de dévotion, réparties dans le monde, dont une seule en Europe.

En Suisse, le Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC) relève que le premier groupe bahá’í a été constitué par un Vaudois, qui n’est autre que l’entomologiste et psychiatre Auguste Forel. Il s’est converti au bahá’ísme en 1920, quelques années après la première apparition du mouvement en Suisse, alors que la migration iranienne connaissait une poussée sur l’arc lémanique. Aujourd’hui, le canton de Vaud compte trois communautés bahá’íes, dont la majeure partie des membres résident à Lausanne et à Pully.

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