Béatrice Métraux revient sur les lacunes de l’affaire Marie

InterviewQuelles leçons la ministre de l’intérieur tire-t-elle de ce drame? Interview exclusive.

Béatrice Métraux a accepté d’être photographiée, hier, dans son bureau au Château cantonal. Mais elle a préféré l’interview par e-mail

Béatrice Métraux a accepté d’être photographiée, hier, dans son bureau au Château cantonal. Mais elle a préféré l’interview par e-mail Image: PHILIPPE MAEDER

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Cinq mois après l’assassinat de Marie par Claude Dubois, la cheffe du Département de l’intérieur, Béatrice Métraux, revient sur les zones d’ombre de cette affaire et évoque les leçons à en tirer pour éviter un nouveau drame. Avec cette question centrale: pourquoi l’Office d’exécution des peines, qui dépend du Département de Béatrice Métraux, a-t-il laissé sortir Claude Dubois en août 2012 équipé d’un bracelet électronique? La conseillère d’Etat défend les choix faits par ses services.

Les autorités genevoises ont assumé publiquement de nombreuses responsabilités dans l’affaire Adeline. Comment réagissez-vous aux voix qui estiment que les Vaudois n’ont pas eu ce courage?
- Les deux événements ne sont pas identiques et ne mènent donc pas aux mêmes interrogations. Pour ma part, j’estime que le Département de l’intérieur assume ses responsabilités en tirant les leçons du drame de Payerne. Je n’ai aucunement l’intention de me cacher derrière le rapport de l’expert Felix Bänziger. Je sais cependant que l’OEP a eu le courage de demander la réincarcération de C.D. dès que les premiers doutes quant à son comportement se sont fait sentir, et qu’il a maintenu sa position jusqu’au bout. Enfin, ce n’est ni la justice ni le service pénitentiaire qui ont commis ce crime effroyable, mais bien C.D.

Vous avez dit que le DINT devait tirer des leçons de l’affaire Marie. Quelles sont-elles?
- Tous les cas de détenus potentiellement dangereux sont actuellement réévalués. L’idée est de voir si la justice doit être saisie pour étudier la mise en place d’une mesure thérapeutique institutionnelle ou d’un internement. De plus, je ne souhaite plus octroyer d’arrêts domiciliaires pour les personnes condamnées à de longues peines pour crimes sexuels ou de sang, même en cas d’une première condamnation. Mais on ne peut pas attendre de l’administration pénitentiaire qu’elle conduise seule un débat de société. A un moment donné, il faut savoir si l’on veut favoriser la réinsertion des criminels et continuer à leur donner une deuxième chance, ou pratiquer le risque zéro avec l’internement à vie. Par ailleurs, la coordination entre autorités médicales et pénitentiaires, particulièrement en ce qui concerne le secret médical, a été revue.

Vous avez pris plusieurs mesures immédiates. La pratique était-elle donc trop souple par le passé?
- A la lumière d’un tel drame, nous avons l’obligation de tout faire pour empêcher que cela se reproduise. Raison pour laquelle j’ai évoqué les leçons à tirer suite à la publication du rapport. Mais on ne peut pas de manière simpliste déduire de ce drame que le fonctionnement de l’administration pénitentiaire était trop souple, voire inadéquat. Avant et pendant l’exécution de la peine, diverses décisions de justice ont conduit au fait que C.D. devait recouvrer progressivement la liberté en vue d’une réinsertion. Cette mission de réinsertion incombait à l’OEP. La récidive d’un tueur est toujours un échec. Il appartient aux autorités politiques de l’analyser et de mener des réformes lorsque celles-ci sont possibles.

Retrouvez l'interview en intégralité dans le journal 24 heures du jour. Béatrice Métraux y revient en détail sur les leçons à tirer de l'affaire Marie.

Créé: 18.10.2013, 07h15

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