Beaulieu: le Conseil d’Etat ne veut pas d’enquête

Politique L’exécutif estime que les mesures déjà prises et le volet pénal suffiront à informer sur la crise.

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Ce n’est pas une commission d’enquête parlementaire qui devrait faire la lumière sur les graves problèmes de gestion qui ont historiquement prévalu sur le site de Beaulieu. C’est en tout cas le point de vue du Conseil d’État vaudois.

En octobre 2019, l’ex-député Ensemble à Gauche Jean-Michel Dolivo, le député Jérôme Christen (Vaud Libre) et une vingtaine de leurs collègues de tous les partis avaient formulé une requête pour qu’une telle commission soit lancée. Jeudi, l’Exécutif a répondu, par écrit, que «l’ensemble des éléments critiques de ce dossier a été exposé, que toutes les dispositions et mesures d’amélioration utiles ont été prises, et que pour le surplus une procédure pénale est en cours, et, une fois à son terme, achèvera de compléter l’information publique du parlement et de la population [...].»

Avant d’exposer cette conclusion, le Conseil d’État rappelle les différents liens et implications tant financiers que managériaux qu’il avait avec le site lausannois. Il admet: «La crise de Beaulieu a aussi éclairé la complexité du suivi de dossiers où le Canton détient des participations et participe en même temps à une gouvernance partagée entre différents niveaux institutionnels [...], ce d’autant plus lorsque cette gouvernance inclut essentiellement des élus et des collaborateurs de l’administration. La double mission adressée alors aux services et départements de tutelle de participation et de contrôle induit inévitablement des risques de conflits d’intérêts.» En somme: il y a eu des problèmes, mais ils sont aujourd’hui sous contrôle.

Le député Ensemble à Gauche Hadrien Buclin déplore cette prise de position. «Depuis le début, dans ce dossier, il y a une volonté du gouvernement et de la Ville de Lausanne de ne pas assumer une partie des responsabilités politiques. Voire même de chercher des boucs émissaires.»

Pour rappel, le Canton a perdu des millions de francs dans ce site, jusqu’à récemment organisé en fondation. Désormais repris totalement par la Ville de Lausanne sous forme de société anonyme, Beaulieu a fait l’objet d’un renoncement de créance à hauteur de 15 millions de la part du Canton. Le changement de structure est intervenu dans le sillage d’un audit et d’une plainte pénale visant le secrétaire général de la fondation. L’affaire fait l’objet d’un recours après que le Ministère public a rendu cet été un non-lieu blanchissant l’homme, tout en éclaboussant l’ensemble de la gouvernance du site.

Les députés se prononceront prochainement sur l’institution d’une commission d’enquête parlementaire.

Créé: 13.02.2020, 17h25

Si vous avez raté le début

2000 Création de la fondation de Beaulieu. Propriétaire du Centre de Congrès et d’Expositions de Beaulieu. Le site de 6 hectares est propriété de la Commune de Lausanne. Il est soumis à un droit de superficie en faveur de la Fondation Beaulieu jusqu'en 2099.

2009 Annonce d’un plan de renflouement à 100 millions de francs. L’essentiel de l’argent versé une décennie plus tôt a servi à éponger des dettes.

Avril 2014 Échec du projet Taoua, qui visait à ériger une tour de 86 mètres de haut sur le front est du site. Des logements, une antenne de l’école de la Source et une offre hôtelière, des magasins et des bureaux devaient y être intégrés.

2015 MCH se retire des activités du théâtre, des manifestations et des congrès. Elles sont reprises par la fondation. Son champ d’action s’élargit donc et se diversifie. Mais la structure reste la même.

2015 La fondation lance une série de projets. L’école de la Source viendra s’installer sur le site, tout comme le Tribunal arbitral du sport (TAS) et un restaurant Eldora. Le théâtre bénéficiera d’une grande rénovation.

Automne 2016 Premiers doutes sur l’utilisation de l’argent au sein de la Fondation de Beaulieu émis par le tout nouveau syndic de Lausanne, Grégoire Junod.

Été 2017 Réalisation d’un audit du contrôle des finances lausannois.

Décembre 2017 Une conférence de presse menée par Lausanne et le Canton dénoncent une «situation critique» sur le site. Un homme, le secrétaire général de la fondation de Beaulieu, est au coeur des attaques. Marc Porchet fait l’objet d’une longue liste de soupçons, allant du conflit d’intérêts à la surfacturation en passant par une «gestion opaque». Dépôt d’une plainte pénale contre inconnu.

Août 2018 Changement de cap. Lausanne annonce que la fondation sera supprimée au bénéfice d’une SA, entièrement en mains lausannoises. Les halles nord seront détruites pour faire place à des locaux destinés au sport et à la santé, via des salons, des congrès ou encore des bureaux.

Automne/hiver 2018 L’école de la Source ouvre sur le site de Beaulieu. Le permis de construire du TAS est accordé, tout comme celui du théâtre.

Juin 2019 l’ordonnance de classement de la procédure pénale est prononcée.

Juillet 2019 Début des travaux du théâtre et de ceux du TAS. Ils devraient durer deux ans.

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