Le Bellerin ne regrette rien et retourne sur ses terres

PortraitL’élu UDC Pierre-Yves Rapaz se contente désormais de sa commune, après un quart de siècle au Grand Conseil.

Image: Chantal Dervey

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Il veut être candidat à sa propre réélection à la Municipalité de Bex, où il siège depuis 2011. Mais c’est tout. La politique aux échelons supérieurs, c’est fini. Après vingt-cinq ans passés sur les bancs du Grand Conseil vaudois, une candidature au Conseil d’État et plusieurs au Conseil national, Pierre-Yves Rapaz se concentre sur sa commune, ses champs et ses vignes. Son travail et la politique bellerine rempliront vite ses trous dans l’agenda.

«J’aurai maintenant plus de calme, il y a de très belles choses à faire sur le plan communal», dit l’homme qui réfute tout regret ou dépit sur son passé politique. Et en dehors de la politique? Il ne prendra pas plus de vacances qu’avant: il ne passe jamais plus d’une semaine sous d’autres latitudes. Et, pour les loisirs, les balades en montagne lui suffisent, confie-t-il. Certes, depuis qu’on lui a offert une carabine pour ses 50 ans, il a repris le tir à 300 mètres, mais avec parcimonie.

À Bex, en ce début 2020, il lance une pétition pour que la fête annuelle des écoles continue de se faire un samedi, et pas en semaine. «La direction des écoles risque de tuer une tradition que je connais depuis tout petit», argumente-t-il. Il lui faut maintenant labourer le terrain électoral, à un an de l’échéance. Rien n’est jamais gagné d’avance. Cet homme aux ambitions contrariées le sait plus que d’autres.

Les finances, encore et toujours

À Lausanne, le politicien de 52 ans laisse derrière lui une ultime motion pour la reprise totale de la facture sociale par le Canton. «Je me félicite d’avoir apporté ma pierre à l’édifice du redressement des finances», assure-t-il en regardant loin en arrière. Il faut dire qu’il était membre de la Commission des finances de 2005 à 2017. Être dans ce giron de Pascal Broulis peut nourrir l’ambition. Comme chef du groupe UDC de 2002 à 2006, les micros se tournent souvent vers lui. Depuis 1998, il est d’ailleurs candidat à toutes les élections au Conseil national, sauf en 2011. En 2019, son score baisse, mais ce n’est pas ça qui l’a décidé à partir, promet-il. Les campagnes au National sont contrariées par les vendanges, justifie ce défenseur de la viticulture. Il a fait inscrire dans la loi l’obligation, pour les cafés-restaurants, de proposer au moins un vin vaudois.

«Il m’a manqué 5000 voix, mais ce n’est pas la faute des cousins libéraux-radicaux. C’est chez nous, à l’UDC, que les choses ont mal tourné: les rivalités internes, les sales coups.»

«La qualité principale de Pierre-Yves Rapaz, c’est la ténacité, reconnaît le député socialiste Stéphane Montangero. C’est un agrarien qui a incarné l’aile blochérienne du parti et, plus que ses collègues, il l’a d’ailleurs revendiquée. Dans l’hémicycle, certains de ses propos faisaient hurler la gauche, sur l’asile par exemple. Il a aussi un côté sanguin.»

Le décès de Jean-Claude Mermoud, en septembre 2011, va accélérer les choses pour Pierre-Yves Rapaz: il voulait être candidat avec son conseiller d’État aux élections de 2012. Le défi de la succession est immense. Mermoud a été une figure rassembleuse, d’avant la vague blochérienne. La simple présence de cet agriculteur au gouvernement montrait une UDC apte à la concordance. Rapaz est chargé par son parti de porter ses couleurs. Il s’affiche sur tous les murs du canton en train de faire son nœud de cravate avec le slogan «Je suis prêt!» La suite est connue. Il perd face à la Verte Béatrice Métraux. Le gouvernement est désormais à majorité rose et verte. Depuis, l’UDC n’a pas réussi, Rapaz ou pas Rapaz, à retrouver son siège, acquis dans les années 1960.

«Les sales coups»

«Il m’a manqué 5000 voix, mais ce n’est pas la faute des cousins libéraux-radicaux, si ça n’a pas marché. C’est chez nous, à l’UDC, que les choses ont mal tourné: les rivalités internes, les sales coups.» Il ne nommera pas le ou les auteurs des «sales coups», mais il rappelle que le secrétaire général d’alors, Claude-Alain Voiblet, avait obtenu des voix lors du congrès d’investiture, alors qu’il n’était pas candidat officiel. «Il ne faut pas me dire que ce n’était pas orchestré...» soupire aujourd’hui encore Pierre-Yves Rapaz. Il a encore essayé d'obtenir l'investiture de son parti pour l'élection de 2017, mais Jacques Nicolet a été très nettement préféré.

Pierre-Yves Rapaz incarne ce paradoxe de l’UDC. Au début, le pedigree du candidat est acceptable, mais il doit représenter le parti, sur la forme et sur le fond. Cela tombe bien: Pierre-Yves Rapaz ne fait pas de manières. Il se dit «anorexique de la culture» quand il s’agit de rechigner à investir dans les musées, et n’hésite pas à comparer la présidente de son parti à une «pomme pourrie» dans l’affaire de l’enregistrement caché. Il n’a donc pas écouté son père, d’une vieille et grande famille bellerine, qui lui disait, se souvient-il: «Fais gaffe, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Si tu dis non à quelqu’un, il s’en rappelle très longtemps, mais si tu lui dis oui, deux ou trois ans après, même si tu n’as pas fait ce qu’il demandait, il se rappellera que tu as essayé.»

Il estime avoir déjà payé le prix de sa franchise: «En 2006, je n’ai pas été réélu à la Municipalité après une législature. Un vrai coup de pied au cul, un choc pire que celui de 2011.» Son père, longtemps municipal à Bex, député quelques années avant de devenir juge de paix, lui avait très tôt donné le goût des agrariens et de la chose publique. La famille ne loupe aucune des fêtes organisées par le Parti des paysans, artisans et indépendants (PAI, qui deviendra plus tard l’UDC). «Ces fêtes de la mi-été, qu’elles soient cantonales ou régionales, étaient gigantesques, elles m’ont permis de côtoyer Marcel Blanc ou Adolf Ogi», se souvient Pierre-Yves Rapaz. Le premier sera conseiller d’État, le second conseiller fédéral. Le petit Pierre-Yves était trompette dans quatre ou cinq fanfares différentes. Cette popularité l’a envoyé au Conseil communal de Bex dès sa majorité. C’était son premier mandat. Trois décennies et demie plus tard, la trompette bellerine a fini par mettre une sourdine sur ses ambitions supérieures.

Créé: 25.02.2020, 09h41

Bio express

1967 Naissance à Bex, cadet de quatre enfants.

1976 Commence à jouer de la trompette.

1983 Apprentissage d’agriculteur dans le Seeland.

1985 Élection au conseil communal de Bex.

1990 Naissance de son fils, suivi (en 1993 et 1996) de deux filles.

1994 Se classe deuxième sur la liste PAI-UDC au Grand Conseil.

1995 Entre au Grand Conseil après la démission du député élu.

2002 Chef du groupe UDC au Grand Conseil pour quatre ans. 2006 Manque sa réélection à la Municipalité de Bex.

2011 Retour à la Municipalité (réélu en 2016), mais candidat malheureux à la succession du conseiller d’État Jean-Claude Mermoud.

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