Le beurre, l'argent du beurre et 30 mois au frais

ProcèsL’Anglais qui a fait les poches d’habitant de la Riviera et de Château-d’Oex est condamné. Plusieurs charges sont tombées.

L'escroc anglais restera en prison puis sera expulsé de Suisse pour dix ans.

L'escroc anglais restera en prison puis sera expulsé de Suisse pour dix ans. Image: Gilles-Emmanuel Fiaux

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Même la presse anglaise a fait le déplacement à Vevey pour connaître le sort réservé par la justice suisse à ce fils d’industriel britannique, plus connu outre-Manche pour ses agissements louches que pour ses prouesses dans l’univers du polo. Déjà condamné deux fois dans son pays pour des faits similaires à ceux reprochés dans l’Est vaudois, le quadragénaire a été reconnu coupable mercredi d’escroquerie par métier. La Cour criminelle lui a infligé 30 mois ferme et une expulsion de dix ans du territoire suisse.

Une peine inférieure

C’est bien inférieur aux 6 ans requis par le Ministère public, qui salue néanmoins la cohérence des juges: faute de documents et de plaignants, beaucoup de charges ont dû être abandonnées. Après les bénéfices juteux soutirés à ses dupes grâce à un «édifice de mensonges», dixit le procureur Olivier Jotterand, l’homme retire aussi quelques bénéfices du doute.

S’il est un chapitre qui aura mis tout le monde d’accord, c’est précisément le flou entourant ce dossier. Selon l’avocat de la défense, Laurent Gilliard, le flou artistique de l’acte d’accusation ne pouvait que profiter à l’accusé, nombre de charges n’étant pas suffisamment étayées. Admettant du bout des lèvres une ou deux escroqueries, mais sans qu’elles soient accomplies par métier, le défenseur réclamait une peine n’excédant pas les presque 2 ans déjà passés derrière les barreaux.

Pour le procureur Olivier Jotterand, s’appuyant sur l’instruction menée par son collègue Hervé Nicod, ce flou reflète les explications «nébuleuses» et «confuses» du prévenu tout au long de l’enquête. Il n’en demeure pas moins que les éléments réunis ont permis de démontrer que presque 2 millions de francs, en liquide, en nature ou en prestations non versées, ont été indûment obtenus. «Même l’expertise psychiatrique le montre, c’est un manipulateur. Ce monsieur pense qu’il ne doit pas travailler, que tout lui est dû. Il a créé un lien avec ses dupes, invoquant le décès de sa femme et la détresse de ses enfants. C’est sur ce lien que repose l’astuce. Car au fond, il sait très bien qu’il ne va rien payer et c’est stratégiquement qu’il organise toutes ces apparences. C’était son métier, il ne faisait que cela.» Et de rappeler que selon la jurisprudence, la naïveté des dupes ne suffit pas à exclure l’astuce caractérisant l’escroquerie.

Pour Laurent Gilliard, son client n’a pas agi dans l’intention d’escroquer: «Soudainement privé de ressources au décès de sa mère, il a cru qu’il pouvait continuer à vivre comme il l’avait toujours fait, en montant des sociétés ou une équipe de polo. Cela n’a pas marché comme il l’espérait, c’est regrettable pour tous ceux à qui cela a causé du tort, mais ce n’est pas une escroquerie. Il croyait sincèrement qu’il allait se refaire. On a quelqu’un qui cherchait à s’en sortir.»

Une voie médiane

Le Tribunal a choisi une voie médiane. Il n’a retenu que les épisodes litigieux survenus après 2016, où l’absence de revenus réguliers se remarque sur les relevés bancaires. Toutes les ressources proviennent des sommes versées par les plaignants. «Il est d’ailleurs frappant de constater que quand une source se tarit, une autre prend le relais et commence à effectuer des versements», a remarqué le président, Franz Moos. Sa Cour retient à décharge une «très légère diminution de responsabilité», mais met à charge une froideur plusieurs fois soulignée: «Il a exploité le décès de sa femme, alors qu’il entretenait une relation avec une autre personne pendant sa maladie. Il a utilisé la sympathie et la commisération des gens par rapport à ses enfants, certes presque majeurs, alors qu’il les laissait seuls et désœuvrés pendant qu’il parcourait l’Europe. Soi-disant pour affaires, alors qu’il allait voir sa nouvelle compagne en Moldavie, à qui il a fait deux enfants.»

Ni la défense ni le Ministère public n’entendent faire appel de ce jugement. Reste à savoir quel commentaire en tirera le «Daily Telegraph», qui avait révélé un volet anglais des malversations. Une «campagne de dénigrement» qui, aux dires du condamné, aurait contribué au revers de fortune à l’origine de ses déboires helvétiques.

Créé: 04.12.2019, 21h06

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