«Il y a les bitures express et les bitures tout court»

Grand conseilLes députés se sont attaqués à la révision de la loi sur les auberges et les débits de boissons.

Les rapporteurs de commission: Jérôme Christen, Gloria Capt et Laurent Ballif.

Les rapporteurs de commission: Jérôme Christen, Gloria Capt et Laurent Ballif. Image: Jean-Bernard Sieber

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Le Grand Conseil s’est penché ce mardi sur la consommation d’alcool chez les jeunes. Ou, plus précisément, comment lutter contre l’alcoolisation rapide, un phénomène devenu un problème de santé publique. Ce qui permet au chef de groupe PLR, Jean-Marie Surer, d’instaurer une subtile différence: «Il y a les bitures express et les bitures tout court, a-t-il défini. Nous voulons lutter contre la première catégorie. Elles se font avec de l’alcool distillé, pas du vin, ni de la bière.»

Le débat sur la révision de la loi sur les auberges et débits de boissons (LADB) a, parfois, donné lieu a des indications assez précises sur comment, et avec quoi, se prendre une «muflée». Bien sûr, le projet de loi du Conseil d’Etat couvre un champ plus vaste. Même si certains députés l’ont dépeint comme une loi destinée simplement à juguler les nuits lausannoises. Le texte veut interdire la vente d’alcool à l’emporter entre 20 h et 6 h du matin, abolir les happy hours et instaurer une heure blanche sans alcool avant la fermeture des boîtes de nuit. Mais aussi permettre aux Communes d’interdire la consommation de boissons alcoolisées sur tout, ou une partie, du domaine public. Et enfin, renforcer la formation des restaurateurs.

«Une punition collective»

Mais, cet après-midi, après deux heures de débat, les députés se sont arrêtés à la première pierre d’achoppement de cette révision: l’article 5 du projet de loi. Celui-ci introduit la nouvelle mesure sur l’interdiction de la vente à l’emporter d’alcool dès 20 heures. A l’exception du vin.

Le plénum s’est alors scindé en trois catégories, ne respectant pas toujours les couleurs partisanes. Il y a d’abord les libertaires. Ils demandent purement et simplement d’abroger cette disposition. «C’est une punition collective, a lancé Jérôme Christen, de Vaud Libre et rapporteur de minorité. Ce sont des mesures qui sanctionnent aussi bien la grande majorité qui se tient correctement que la petite minorité qui déborde.» Le Vert Jean-Marc Chollet a été plus raide pour exprimer son avis: «Je ne crois pas aux vertus des usines à gaz ni à la prohibition.» Une position qui n’a pas laissé insensible dans les rangs de la droite, attachée aux libertés. Mais, comme l’a rappelé avec insistance Philippe Leuba, conseiller d’Etat PLR, «il n’y a pas de liberté publique sans ordre public».

La deuxième catégorie s’est vue qualifiée de liberticide. Elle souhaite étendre l’interdiction de vente à l’emporter à tous les alcools, vin compris. «Le but est d’empêcher les jeunes de se saouler, a noté la PLR Gloria Capt, rapporteuse de minorité. S’il ne reste que le vin, ils se saouleront au vin. Rappelez-vous, il y a vingt ans, on allait chez Denner acheter du vin algérien.» Une proposition qui a eu de l’écho dans les rangs de gauche. «Avec l’exception pour le vin, vous voulez instaurer un droit constitutionnel de consommer du gamay», s’est moqué Jean-Michel Dolivo, chef du groupe de La Gauche.

Reste la troisième catégorie de députés, qui trouvent ce projet de loi «équilibré», moyennant quelques ajustements. La majorité de la commission a amendé le texte pour repousser l’heure d’interdiction de vente à l’emporter d’alcool à 21 h. «Je propose que l’on revienne au projet initial du Conseil d’Etat, soit 20 h», s’est opposée la socialiste Brigitte Crottaz. Enfin, Jean-Marie Surer trouve le projet de loi «proportionné», mais souhaite soustraire la bière et le vin à la prohibition. Cela au nom de la différenciation entre les «bitures express», qui se feraient exclusivement à l’alcool fort, et les «bitures tout court». Mardi, les députés n’ont pas eu le temps de trancher entre toutes ces options. Les débats reprennent la semaine prochaine.

Créé: 18.11.2014, 22h43

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I.B.

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