L’or bleu, ce trésor qui coûte des millions aux communes

RessourcesPour s’abreuver, les collectivités prospectent et équipent à grands frais. Mais le «château d’eau de l’Europe» mérite encore son nom.

Pour assurer son approvisionnement à long terme, Ollon a racheté la source bellerine de la Rippaz. Un investissement total de 35 millions pour acheminer et turbiner cet eau.

Pour assurer son approvisionnement à long terme, Ollon a racheté la source bellerine de la Rippaz. Un investissement total de 35 millions pour acheminer et turbiner cet eau. Image: Chantal Dervey

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Le long de la route cantonale entre Ollon et Bex, la tranchée la plus impressionnante se rebouche gentiment. Mais le chantier qui permettra d’amener l’eau de la Rippaz des Plans-sur-Bex à Ollon n’est de loin pas terminé (lire ci-dessous). Pharaonique. L’adjectif décrit assez bien l’entreprise: 35 millions de francs pour raccorder cette source et turbiner, dont 12 millions uniquement pour son rachat à la Société de l’Hôtel des Salines en 2014. À Ollon, l’or bleu se mérite et porte bien son nom.

La Commune chablaisienne n’est pas la seule à devoir mettre la main au porte-monnaie pour assurer à long terme son approvisionnement en eau. Leysin en a fait l’un des enjeux prioritaires de la législature. Il prévoit d’engager 13 millions de francs sur les trente ans à venir, indique le syndic, Jean-Marc Udriot. Pour poursuivre la rénovation de son réseau existant, soit 100 km au total, dont 20 km de conduite haute pression (68 bars au point le plus bas), mais aussi pour dénicher de nouvelles ressources. «La sécheresse de 2003 se fait encore sentir, constate Richard Calderini, municipal des Eaux. Beaucoup de fils se sont détournés et certaines sources ne donnent aujourd’hui plus rien. Mais des spéléologues ont découvert une cascade dans la grotte du Chevrier, à Leysin. Un potentiel que nous étudions pour voir s’il est exploitable, sans péjorer les sources en aval (Ndlr: et notamment celles qui approvisionnent Aigle).»

Le tourisme grâce à l’eau

À Leysin, cette quête n’est pas nouvelle. Son essor, la Commune le doit en partie au rachat en 1963 du Service des eaux, alors privé et propriétaire des sources de Coussy à La Forclaz (Ormont-Dessous). «Sans cette eau captée vers 1900 pour alimenter les sanatoriums, il aurait été impossible de développer la station touristique à partir des années 1970, relève Richard Calderini.» Aujourd’hui encore, cette source fournit à la population leysenoude 30% de son eau. Elle fait également l’objet d’une étude, afin de mieux valoriser son potentiel. Leysin puise par ailleurs 40% de son eau aux sources des Deux-Rochers (Ormont-Dessus). Le solde provenant de la région de Bryon, sur le territoire de Leysin. «Une bonne partie de l’eau qui tombe sur notre commune ressort à Fontanney, à Aigle», précise Alexandre Durgnat, responsable du Service des eaux.

Villages interdépendants

Leysin s’abreuve chez ses voisines. Ollon le fera bientôt à Bex. Chessel puise sur les hauts de Vouvry… Les exemples de villes et villages «dépendants» d’autres ne sont pas rares. «Il existe des différences régionales qui peuvent être importantes. Elles sont dues aux quantités de pluies reçues annuellement ainsi qu’à la nature des terrains qui forment le sous-sol», commente Christian Richard, chimiste cantonal.

Dans ce contexte, le Canton pousse les distributeurs d’eau (le plus souvent communes ou associations intercommunales, mais parfois aussi sociétés de privés) à «sécuriser, à rationaliser et à moderniser les infrastructures afin d’anticiper le futur». Et dans ce but, «à réaliser des études régionales sur l’approvisionnement en eau afin d’identifier les interconnexions de réseaux qui pourraient être réalisées dans le but d’améliorer la gestion des ressources (valorisation d’excédents, échanges d’eau)».

Baulmes, Vuitebœuf et Champ­vent mènent précisément une telle réflexion. «Nous nous préoccupons de l’approvisionnement en eau depuis longtemps, confirme le municipal baulméran Olivier Mettraux. Une association intercommunale a été créée en 2016 et nous réfléchissons à comment relier de manière optimale nos réseaux. Nous avons bien assez d’eau, mais les nouvelles normes de défense incendie nous obligent à adapter nos infrastructures.»

La donne est plus complexe en station. Ollon passe par exemple de 8000 à 18 000 habitants à l’arrivée des touristes à Villars. «C’est flagrant sur nos décomptes: on constate un énorme pic de consommation le 31 décembre à 19 h. C’est en hiver que la consommation est la plus grande. Or, c’est aussi là que le débit des sources est le plus faible», explique Alain Dériaz, municipal à Ollon.

Pour sa commune, la future conduite de la Rippaz est un enjeu crucial. Le sol gypseux de Villars fournit une eau trop riche en sulfites, qui ont un effet corrosif et laxatif. «Et nous ne pouvons plus compter sur nos deux puits de plaine. L’un, pollué par l’industrie chimique, n’est plus utilisable; l’autre, situé sur une zone d’élargissement du Rhône, disparaîtra lors de la 3e correction du Rhône.»

Aigle perdra également ses deux stations de pompage avec ce chantier. «Nous possédons deux sources, à Fontanney et aux Fontaines-Claires, qui suffisent le plus souvent à nos besoins, précise Christian Roussy, chef du Service technique aiglon. Mais nos puits servent de sécurité. En cas de sécheresse, on voit l’effet sur nos sources et l’utilité de ces installations.»

La prospection dans la plaine se poursuit, mais Christian Roussy et Richard Calderini sont unanimes: supprimer ces ressources est une «aberration». «On parle de réchauffement climatique; avant cet hiver, on en a vécu plusieurs avares en neige, relève l’édile leysenoud. Je suis convaincu que la nappe phréatique va devenir une ressource de plus en plus importante.»

Ressources en suffisance

Pour l’heure, le «château d’eau de l’Europe» mérite encore son surnom. «Notre canton est bien pourvu en ressources en eau, tout comme l’est le reste de la Suisse d’ailleurs, relève Christian Richard. Et l’évolution du climat telle qu’admise à ce jour par les spécialistes postule un maintien global des quantités annuelles de précipitations moyennes mais avec une répartition différente: moins de pluies en été et plus en hiver. Raison pour laquelle nous encourageons à rationaliser l’approvisionnement.»

(24 heures)

Créé: 12.04.2018, 07h45

Ollon s’abreuvera à Bex dès juin 2019

L’eau de la source de la Rippaz, rachetée par la Commune d’Ollon à la Société de l’Hôtel des Salines en 2014, coulera dans les robinets boyards dès le 30 juin 2019. L’impressionnant chantier qui nécessite la pose de 12,6 km de conduites va bon train.

Les automobilistes circulant entre Bex et Ollon par la route cantonale n’auront pas manqué de le constater. À cet endroit, une tranchée de 4 m de profondeur a été nécessaire pour franchir la route sans avoir à la fermer. «Les éléments ont été installés sous la route à l’aide d’un pousse-tubes», explique Alain Dériaz, municipal des Eaux. La même technique sera utilisée pour franchir en différents endroits les rails du Bex-Villars-Bretaye.

Imposant, l’ouvrage n’est pourtant que le «dessert», selon l’élu. Il s’agit désormais d’attaquer la difficile montée vers Les Plans-sur-Bex et la source de la Rippaz, à 1070 m d’altitude. Un tracé sinueux suivant la route des Plans sur une large partie. L’eau sera turbinée au dépôt communal du Bruet (au bas du village d’Ollon), pour un gain annuel estimé à 400 000 francs. Un raccordement au réseau d’eau de la commune sera effectué au réservoir de Chenalettaz, situé juste au-dessus du village. La conduite existante pourra ainsi alimenter par gravité le réservoir de Panex, situé à 1000 m d’altitude, «soit 70 m plus bas que la source de la Rippaz. De là, nous aurons la possibilité de pomper, en cas de nécessité, pour approvisionner Villars.»

La station de ski est principalement alimentée par la source du Poutet, située sous le Chamossaire, et ses 3000 litres par minute (en période d’étiage). «Le réseau d’eau d’Ollon est particulièrement complexe: nous avons besoin de 19 réservoirs pour alimenter les 23 villages qui composent notre commune.»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Publié le 26 septembre 2018.
(Image: Bénédicte?) Plus...