L'ABC du tri s'apprend à l'école avec Mme Poubelle

1/5 Des gestes pour la planèteFace aux défis écologiques, économiques ou sociaux, que faire pour s’inventer un autre futur? Dans le sillage du film «Demain», «24heures» se penche sur des initiatives proches.

A Denges, Sandrine Farine s’appuie sur Madame Poubelle et son village pour initier aux gestes justes.

A Denges, Sandrine Farine s’appuie sur Madame Poubelle et son village pour initier aux gestes justes. Image: Patrick Martin

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Au fil des explications et des exercices pratiques, le village tout gris du triptyque du début de leçon reprend des couleurs. A chaque volet grisâtre qui s’estompe, les «waoooow!» des 16 frimousses de la classe 3P de Denges témoignent de l’enthousiasme général. Et pour cause: Mme Poubelle, la mascotte du jour, retrouve son sourire. Les papiers volants sont devenus des oiseaux. L’étang plein d’ordures s’est transformé en havre de paix pour la faune. Une place de jeux s’est substituée à une montagne de déchets. Une déchetterie permet de trier, une usine de traiter le résultat. Comme quoi, les bons gestes, ça a du bon quand on veut un monde propre. Et ça commence à l’école.

A chaque âge son approche: les grands sont familiarisés à la «consommation responsable», les plus petits aux gestes justes. Avec Mme Poubelle, «l’idée est de créer un lien affectif avec ce village pour qu’ils fassent le rapprochement avec le leur», explique Sandrine Farine, animatrice de la Coopérative romande de sensibilisation à la gestion des déchets (COSEDEC, lire ci-contre). L’enjeu est de taille: former les ambassadeurs du futur pour construire le monde idéal du recyclage.

«Petits trucs» bien utiles

A Denges, certains ont déjà vu Sandrine Farine. Kléis se souvient que, l’an dernier, «c’était un petit train qui roulait». Cette fois, c’est une minidéchetterie qui prend forme. Première mission: distinguer les types de déchets: piles, habits, aluminium, plastique mou, plastique dur, bouteilles en PET, papier, verre, conserves. Sans oublier le compost ou, autrement dit, «celui où on met les déchets à manger», lance Sven. On se familiarise avec la signalétique. On apprend que seul le sac blanc et vert fait foi devant le container.

Par groupes, on s’en vient avec son petit sac taxé et on répartit le contenu dans les bons bacs. Puis on débriefe. «Si la bouteille en plastique a contenu du shampooing, on la met dans le bac plastique dur et non dans celui des bouteilles en PET», corrige Sandrine Farine. «Et qu’est-ce qu’on fait avec les bouteilles en PET? On les écrase pour vider l’air avant de remettre le bouchon.»

«Qu’est-ce qu’on fait avec les bouteilles en PET? On les écrase pour vider l’air avant de remettre le bouchon»

Pour se débarrasser des piles, on accompagne papa et maman à la déchetterie ou on profite des points de récupération de certains commerces. Les batteries rechargeables restent la meilleure option. Depuis son affiche, Battery Man, le super-héros champion de la récup de piles, semble approuver.

C’est au tour de Paulo de répondre: «Une canette en fer!» Sandrine Farine l’invite à lire l’inscription sur la canette de boisson: «Ah ouaiiis, c’est de l’alu! Ça se recycle!» L’une des confusions courantes, selon l’animatrice. Qui suggère quelques «trucs». Un aimant «scotche» le fer, mais pas l’aluminium. Si l’on froisse et que ça reste rigide, c’est de l’alu, sinon, c’est du plastique. Pour ce dernier, on peut même se fier à ses sens. Exemple avec le paquet de chips: ça fait du bruit en froissant, donc ç’en est. L’ouïe, mais aussi la vue. On trie le verre par couleur: blanc, brun et vert. Et si c’est rouge, bleu ou jaune? On le glisse dans l’ouverture verte.

Des enfants aux parents

Il y a aussi les «hybrides», comme le bout de maïs de la récré dans son sachet plastique, à enlever du sachet avant de le jeter au compost. Ou le couvercle en alu à séparer du pot de yoghourt. Le mouchoir et ses microbes à jeter à la poubelle et non au papier. Ou le bouchon de la bouteille à retirer.

A contrario, les bouchons en plastique restent sur leur tube en alu. La brique de thé froid? «Du carton!» lance Jeason, sûr de lui. «Oui, mais avec une couche d’alu à l’intérieur et une couche de plastique à l’extérieur, nuance Sandrine Farine. Donc?» Et Jason de bondir: «Dans la poubelle!» L’animatrice a conscience de la somme d’informations à emmagasiner: «L’important est qu’ils gardent à l’esprit certains gestes. Depuis l’introduction de la taxe au sac, il est devenu plus courant qu’ils accompagnent un parent dans une déchetterie et qu’ils apprennent en aidant à trier.»

«L’important est qu’ils gardent à l’esprit certains gestes»

L’animatrice compte toutefois sur eux pour sensibiliser les plus grands: «Tous ces petits trucs, partagez-les avec vos parents, parce qu’ils ne le savent pas toujours.» De vrais petits ambassadeurs en devenir. Dans son coin, Mme Poubelle a la banane.

Créé: 14.03.2016, 08h44

Genève a mis le turbo

«Si on veut travailler sur le long terme, il n’y a pas de miracle: il faut miser sur l’éducation et la sensibilisation.» Natacha Litzistorf en veut pour preuve l’exemple genevois, qu’elle connaît bien. La nouvelle municipale de Lausanne et présidente de la Fédération romande des consommateurs (FRC) est également directrice d’Equiterre, association active dans le domaine du développement durable et prestataire de l’Etat de Genève, notamment pour sensibiliser les élèves du post-obligatoire. D’autres mandataires s’en chargent pour l’école primaire. Avec un constat clair en fin de compte: le canton du bout du lac a une longueur d’avance dans le domaine. «La demande y est très forte et nous n’arrivons d’ailleurs pas à y répondre. Nous assurons 150 animations par an, mais c’est vraiment trop peu encore.» Dans le canton de Vaud, on n’en est pas là, même s’il est vrai que le territoire est autrement plus grand et disparate qu’à Genève.

Mais, pour Natacha Litzistorf, «le mécanisme financier est un peu pervers sur Vaud. Une partie de la rémunération à la tonne revient dans un pot commun pour les animations. Cela signifie que meilleur est le tri, moindre est la manne à disposition. Nous sommes en contact avec le Service de l’environnement, mais, pour l’heure, nous ne tenons pas à marcher sur les plates-bandes de COSEDEC. En Suisse romande, nous peinons à harmoniser le système. Certaines différences culturelles expliquent peut-être aussi des appréciations différentes.» Restent que les effets de la prévention sont clairs pour l’élue Verte: «Il apparaît clairement que, dans les cantons où l’on forme les jeunes, les résultats sont là. Et dès que l’on relâche l’effort, on le ressent également.»

COSEDEC, faits et chiffres

Depuis 1998, COSEDEC sensibilise la population à l’adoption de comportements responsables en matière de consommation et de gestion des déchets. Elle est très active dans les écoles. Son effectif est de treize animateurs. Sa zone d’action s’étend de l’Ajoie à Genève en passant par le Jura bernois, Neuchâtel et Vaud, hormis l’Est vaudois et le Bas-Valais, desservis par une animatrice de l’usine d’incinération de la Satom de Monthey (VS). Le Valais central et le canton de Fribourg possèdent leurs propres dispositifs. Les animateurs de la coopérative assument plus de 2000 présentations par an dans les classes. Le matériel pédagogique est le même pour tous. COSEDEC se rend également active via des campagnes de sensibilisation et intervient sur demande lors de manifestations ou pour le compte de communes ou de privés.

La bande-annonce de «Demain»

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