Le bricolage spatial congolais impressionne Claude Nicollier

EPFLL’ingénieur de RDC Jean-Patrice Keka, qui développe des fusées avec des moyens dérisoires, a exposé son travail au spationaute vaudois.

Jean-Patrice Keka dans les locaux de l’EPFL avec Claude Nicollier. Quelques heures plus tard, l’ingénieur congolais était de retour sur le campus pour donner une conférence.

Jean-Patrice Keka dans les locaux de l’EPFL avec Claude Nicollier. Quelques heures plus tard, l’ingénieur congolais était de retour sur le campus pour donner une conférence. Image: Patrick Martin

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Dans les locaux du Swiss Space Center de l’EPFL, le temps d’une rencontre, les calculs pointus que l’on y fait d’habitude peuvent laisser place à des séquences plus décalées. La preuve il y a quelques jours, lorsque Claude Nicollier a reçu les ingénieurs congolais Jean-Patrice Keka et Nestor Wembo.

Ces scientifiques africains se sont lancés dans une aventure un peu insensée: développer, chez eux, un programme spatial avec les moyens du bord. «Dans notre pays, nous n’avons rien qui soit consacré à l’espace: aucun labo, pas de matériaux et encore moins de filière académique. Nous ne recevons aucune aide du gouvernement, les composants électroniques pour nos fusées, nous allons les chercher à la décharge. Notre recherche aérospatiale est à peine croyable, mais nous parvenons tout de même à faire décoller des fusées», glisse Jean-Patrice Keka à Claude Nicollier.

Depuis plus de dix ans, l’ingénieur africain, véritable roi de la débrouille, porte le programme spatial non étatique de la République démocratique du Congo (RDC) à bout de bras. Son programme privé, baptisé Troposphère, fonctionne avec des moyens dérisoires: des boîtes d’Ovomaltine empilées font office de fuselage et un bricolage fait de pinces à linge permet aux étages de la fusée de se séparer. Et ça marche! En 2008, le prototype Troposphère 4 et ses 200 kilos ont atteint la vitesse de Mach 2,27 et sont montés à une altitude de 15 kilomètres. Attentif, Claude Nicollier n’en revient pas.

«Quelle est la nature de votre carburant? Avez-vous des chimistes dans votre équipe?» interroge le spationaute vaudois. «Nous sommes partis de zéro en apprenant par la lecture», répond Nestor Wembo, qui a rejoint l’aventure en 2008, ajoutant que leur produit de propulsion «maison» est fabriqué avec des ingrédients trouvés dans le commerce, notamment des engrais chimiques.

Intrigué, Claude Nicollier multiplie les questions. L’échange se fait de plus en plus pointu, le spationaute veut tout savoir du prochain défi de ses interlocuteurs, qui prévoient d’envoyer une prochaine fusée de 15 mètres à 200 km du sol. «À cette altitude, c’est déjà l’espace», lance le Vaudois, qui ne cache pas son admiration en découvrant la manière dont l’équipe compte y parvenir: grâce à un statoréacteur, un système de propulsion par réaction que l’on trouve sur certains avions. «C’est très intéressant comme idée. Les statoréacteurs ne s’allument qu’à une certaine vitesse, on n’en voit plus beaucoup, mais c’est très ingénieux. Vous êtes vraiment courageux et vous m’impressionnez», sourit Claude Nicollier.

Le programme spatial congolais

L’homme a par ailleurs décidé d’apporter sa pierre à l’édifice du programme spatial congolais. En plus des conseils, il a ainsi proposé une aide concrète: «Nous allons vous mettre en contact avec des chercheurs de l’EPFL et des scientifiques de Rocket Team, qui planchent sur les mêmes questions que vous», leur annonce Nicollier. Les yeux des deux ingénieurs se mettent à briller. «Personne ne nous a jamais donné de conseils ni apporté aucune aide. Ça nous touche. Pour nous, il est important de pouvoir faire rêver notre jeunesse et de susciter des vocations», lâche Jean-Patrice Keka.

Documentaire prévu

Derrière lui, le réalisateur lausannois Christian Denisart n’a pas perdu une miette de la rencontre. Tombé amoureux de cette aventure il y a plusieurs années, le Vaudois a décidé de lui consacrer un documentaire. Samedi, il est reparti avec le duo en RDC, pour filmer le chantier du centre de contrôle. Conscient que le bricolage ne leur permettra pas d’atteindre l’espace et que des matériaux plus solides sont indispensables pour cela, le réalisateur a lancé une campagne de financement participatif pour les aider. «Nous espérons récolter 50'000 francs, c’est le prix du rêve de l’espace en RDC, bien loin de celui des grandes puissances du secteur.» Nicollier confirme: «Ils ont le courage et la motivation. Il ne leur manque qu’une chose, des moyens.»


Crowdfunding


www.wemakeit.com/projects/congolese-space-rocket-2018

Créé: 14.04.2019, 19h36

Le lancement de la fusée Troposphère V en 2009

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