Un bâtiment à 136 millions prend forme dans le malaise

UNILLes architectes du futur bâtiment des sciences de la vie restent sourds aux voeux des maîtres d’ouvrage.

Les coursives du futur bâtiment, qui abritera notamment les locaux de travaux pratiques en chimie et en biologie de l’UNIL et de l’EPFL, sont au centre des tensions.

Les coursives du futur bâtiment, qui abritera notamment les locaux de travaux pratiques en chimie et en biologie de l’UNIL et de l’EPFL, sont au centre des tensions. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Dans le petit milieu de l’architecture vaudoise, la nouvelle commence à circuler: le futur bâtiment des sciences de la vie pour l’UNIL et l’EPFL est au cœur d’un gros malaise. En cause: des tensions entre les maîtres d’ouvrage, l’État de Vaud et l’université, et les deux bureaux qui ont remporté le concours d’architecture pour réaliser le bâtiment à 136 millions.

Vitrine de l’essor des sciences de la vie en terres vaudoises, l’édifice d’une surface de 16'000 m2 doit réunir en un même lieu emblématique les étudiants et les chercheurs qui se serrent aujourd’hui sur le campus de Dorigny et dans les bâtiments près du CHUV. Contrairement à la dernière rumeur, qui veut que les architectes aient été remerciés et que le projet ait été abandonné, la situation n’est pas si catastrophique. L’écrin finira bien par sortir de terre, mais ce pourrait être dans la douleur.

L’histoire avait pourtant bien commencé. En janvier 2017, sur le campus de l’université, une cérémonie en grande pompe, en présence notamment de Pascal Broulis, ministre en charge des Finances et des Constructions, et d’Anne-Catherine Lyon, alors responsable de la Formation, était organisée pour l’annonce du lauréat du concours d’architecture. Avec leur ambitieux projet tout en verre, ses coursives et ses escaliers à l’extérieur des bâtiments, hommage à l’architecte anglais Richard Rogers, les bureaux bruxellois Baukunst et parisien Bruther avaient remporté la mise face à plus de 80 candidatures. Entre félicitations, découverte du projet «23071933» en détail et petits-fours, la matinée avait été des plus conviviales.

Pour autant, quelques petites phrases, nichées dans le rapport du jury dévoilé le même jour, portaient en germe les tensions qui ont surgi depuis. «Le principe d’une peau de verre mécanisée par des vérins hydrauliques n’est pas souhaité en termes d’exploitation, de maintenance et de sécurité. Une formalisation de l’espace de façade qui abandonne la domotique au profit du low-tech et de la mécanique manuelle permettrait de répondre aux questions d’entretien et d’usage sans remettre en question les principes cardinaux du projet», indique le rapport du jury.

Or ce sont précisément ces points qui cristallisent aujourd’hui toutes les tensions. Forts de l’adage selon lequel «qui paie commande», les maîtres d’ouvrage ont émis plusieurs recommandations, auxquelles les architectes seraient restés totalement sourds. Au grand dam des décideurs vaudois. «Nous ne sommes pas satisfaits des prestations qu’ils nous fournissent», lâche sobrement Emmanuel Ventura, architecte cantonal.

Le rapport en atteste, décision a été prise d’arrêter la course au tout technologique. Mais les architectes ont imaginé un système automatisé auquel ils semblent beaucoup tenir. Grâce à des capteurs, lorsque le soleil tape, les stores descendent, la ventilation et la climatisation s’adaptent automatiquement, sans oublier les fenêtres qui s’ouvrent et se ferment toutes seules. «Nous demandons simplement à pouvoir descendre un store à la main», soupire l’architecte cantonal.

On l’a compris, les tensions, qui relèvent de l’exigence de développement durable, concernent les coursives du projet, que nombre d’architectes considèrent loin des standards en matière de durabilité. «Un pari risqué», reconnaît Emmanuel Ventura. En l’état, les parties ne s’entendent pas sur la fameuse double peau en verre. Laquelle des deux doit faire office de façade? L’intérieure, quitte à laisser passer les courants d’air, pour les mandants. L’extérieure, semblent ne pas vouloir en démordre les mandataires.

Architectes remerciés?

Contactés, les architectes n’ont pas souhaité s’exprimer et lâchent, laconiques, que «l’on est en train de négocier». De fait, le dossier est actuellement entre deux étapes, la prochaine étant la mise à l’enquête publique et la fin des travaux est toujours prévue en 2024. Or chaque nouvelle étape fait l’objet d’un contrat distinct. Comme ils l’ont déjà fait ( lire ci-dessous ), les maîtres d’ouvrage pourraient décider de débarquer les architectes et de poursuivre l’aventure sans eux.

«Dans des projets de cette importance, on doit envisager tous les scénarios. Cette option n’est pas souhaitable, mais nous voulons des réponses satisfaisantes. Les architectes ont déjà résolu plusieurs problèmes. À eux de résoudre ce dernier point», commente Benoît Frund, vice-recteur Durabilité et campus de l’UNIL.

Sur le campus, le projet d’un bâtiment pour les sciences de la vie n’est décidément pas une mince affaire. Il y a quelques années, le projet Neuropolis devait remplir la même fonction et accueillir le Human Brain Project (HBP). Mais le départ du HBP pour Genève avait coulé l’entier du projet.

Créé: 09.05.2019, 06h39

À Vortex, l’architecte a été débarqué



L’État, maître d’ouvrage, qui se sépare de l’architecte à l’origine d’un projet, le cas s’est déjà produit. C’est en effet ce qui s’est passé à Chavannes-près-Renens avec Vortex, du nom de cet audacieux bâtiment de huit niveaux construit en tire-bouchon dont la construction avance à vitesse grand V.
En 2015, après concours d’architecture, le jury, présidé par l’architecte cantonal Emmanuel Ventura, avait désigné l’architecte zurichois Jean-Pierre Dürig, à qui l’on doit notamment la gare souterraine de Zurich ou encore le Théâtre Équilibre à Fribourg, pour réaliser Vortex, immense projet à 156 millions. L’an prochain, l’ensemble doit accueillir environ 1700 participants aux Jeux olympiques de la jeunesse, avant de proposer des logements à quelque 1100 étudiants et collaborateurs de l’UNIL. Or Jean-Pierre Dürig a depuis été écarté du projet. «La conception de Dürig a été maintenue, mais nous avons confié la construction à l’entreprise totale Losinger Marazzi, qui a réussi le tour de force de proposer une construction moins chère, énergétiquement très intéressante et dans les mêmes délais», explique Benoît Frund, vice-recteur de l’UNIL.

Articles en relation

Un écrin de verre pour les sciences de la vie

UNIL Le bureau d'architectes bruxellois Baukunst et le parisien Bruther réaliseront le bâtiment où seront étudiées la chimie et la biologie. Plus...

Un nouveau bâtiment pour les sciences de la vie à l’UNIL

Recherche Le Canton élabore avec la haute école de quoi répondre aux besoins croissants de la biologie. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.