Le bâtonnier rêvait de devenir biologiste marin

PortraitFrançois Roux, nouveau numéro un de l’Ordre des avocats vaudois est à la tête d’une corporation forte désormais de plus de 1000 membres.

Nous sommes loin du temps où il suffisait d’accrocher sa plaque d’avocat pour que le téléphone se mette à sonner

Nous sommes loin du temps où il suffisait d’accrocher sa plaque d’avocat pour que le téléphone se mette à sonner Image: Patrick Martin

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Demandez à parler au bâtonnier à l’étude Rusconi & Associés, on vous répondra: «Lequel?» La bienséance commande en effet que l’avocat(e) élu(e) par ses pairs pour deux ans à cette fonction en porte le titre sa carrière durant. Cela ne va pas s’arranger. Trois des sept associés de ce cabinet de la rue de la Paix à Lausanne ont accédé à cette charge au fil des ans. Il y en a désormais un quatrième. François Roux est, jusqu’en 2020, selon la formule consacrée, «le premier gardien du respect par les avocats des règles éthiques, déontologiques, statutaires ou légales». Tout un programme. Pourquoi a-t-il accepté? «L’envie de mettre mes forces au service de l’association, et aussi parce qu’après une vingtaine d’années de pratique du barreau, je me sentais un peu seul dans mon petit coin.» Primus inter pares (premier parmi les siens) d’une corporation qui vient de franchir le cap des 1000 membres, il aura de la compagnie.

La salle de conférences de l’étude Rusconi est propice aux confidences. Me Roux a laissé au vestiaire son apparente austérité. Il porte un nom revêtant une certaine notoriété. Son père fut directeur général des CFF. «Nous sommes arrivés à Lausanne en 1970, j’avais 7 ans.» Le jeune Roux fait son collège à l’Élysée. «On avait comme profs Jean-Jacques Schilt, Daniel Brélaz, Anne-Catherine Menétrey. C’était la grande époque de cet établissement considéré comme un collège pilote. Avec des options de cours qu’on ne trouvait pas ailleurs.» De ces années à l’Élysée, il retient une formation à une sorte d’indépendance d’esprit, ainsi que la faculté de savoir résister à l’autorité quand il le faut.

L’envie de devenir avocat se manifeste bien plus tard. Après un bac classique latin grec à la Cité, c’est plutôt la biologie marine qui l’attire. «Les deux instituts au monde qui formaient à cela se trouvaient à Monaco et à Hawaï. Mes parents n’étaient pas très chauds.» Souffrant de claustrophobie, il ne serait probablement jamais devenu plongeur chez Cousteau.

«Il sait la boucler quand il le faut»

Alors François Roux envisage sciences po, puis HEI à Genève, voie royale pour la carrière diplomatique qui le tente. «J’ai un peu été effrayé par les langues. Quand on faisait latin grec à l’époque, l’anglais n’était pas enseigné. Je l’ai appris plus tard, mais je me suis tourné vers le droit, lequel ouvrait aussi les portes de HEI.» La matière le passionne. Licence en poche, il entre comme avocat stagiaire à l’étude Rusconi («Je suis un monomaniaque, je n’en ai pas bougé, d’abord comme collaborateur, puis comme associé»). Il porte à Me Baptiste Rusconi une admiration que celui-ci lui rend bien. «C’est un garçon fiable et réfléchi, dit de lui le fameux avocat. Il n’est pas un impulsif qui décoche tout de suite ses flèches. Ni de ceux qui disent n’importe quoi et n’importe comment. Il cultive le parler à bon escient plutôt que le bien-parler au sens populaire du terme, et il sait la boucler quand il le faut.»

François Roux explique que s’il a choisi le barreau, c’est par envie de pratique quotidienne du droit. Et aussi par celle de «défendre les gens qui n’ont pas le moyen de le faire eux-mêmes». Défendrait-il n’importe quel criminel? «Je dirais que n’importe quel criminel a le droit d’être défendu.» Il ajoute: «Pour l’avocat, il s’agit d’abord de comprendre l’auteur, puis de retranscrire cela pour des gens qui ne le découvrent qu’au matin de l’ouverture du procès. Il y a toujours des motifs qui ne figurent pas forcément dans le dossier. Si l’on ne jugeait que les actes, un ordinateur avec un barème pourrait suffire. Il peut tout de même m’arriver de refuser si je ne sens pas le dossier». En matière de cas extrêmes, on l’a vu en 2009 assister l’un des assassins du rentier tué à Clarens. Ou, quelques années plus tôt, défenseur au procès du rapt de Lagonico («Je n’avais que six ans de barreau, c’était impressionnant de se trouver au côté des ténors mandatés dans cette affaire»).

Vieux jeu, François Roux, qui a tapé sa thèse de doctorat avec deux doigts? «Non, mais je déplore l’immédiateté exigée avec les moyens de communication modernes. Avant, on prenait deux ou trois jours pour répondre à une question ou une lettre. Maintenant, avec l’e-mail, il faut parfois le faire dans la journée. Cela peut être préjudiciable à la réflexion.»

Marié et père de famille, François Roux a un fils de 20 ans et une fille de 17 ans. Le premier est passionné de physique, la seconde de musique. Papa n’est pas franchement désolé qu’aucun ne suive sa trace. «Nous sommes loin de l’époque où il suffisait d’accrocher sa plaque pour que le téléphone se mette à sonner.» En clair, les temps sont durs pour certains de ses confrères. Au point qu’il craint que n’apparaisse une dépendance économique potentiellement dommageable. Chez les Roux, on ne sera donc probablement pas avocats de père en fils ou fille. Pas plus qu’on ne l’est entre époux. Bardée de diplômes, madame est active dans les ressources humaines. Mais le travail n’est pas tout. «Je m’efforce de faire la part des choses. En principe, je déconnecte à 19 h, ce qui ne m’empêche pas d’arriver parfois à l’étude à 5 h du matin. Cela m’a permis de voir mes enfants grandir.»

Les Roux aiment les voyages, en famille. Rares, mais lointains. «Le dernier en date, c’était en Iran, il y a un an. Ma femme, qui a grandi et fait ses études en Suisse allemande, est Iranienne de père et de mère.» C’était la première fois qu’il découvrait son pays: «On y fustige la condition féminine, mais je peux vous dire qu’il y a deux conditions féminines, celle de l’extérieur, et celle à l’intérieur, car chez les gens, c’est la femme qui commande!» (24 heures)

Créé: 27.03.2018, 09h01

Bio Express

1963
Naît le 29 novembre à Delémont
1970
Arrivée à Lausanne
1989
Licence en droit à l’Université de Lausanne
1993
Doctorat en droit
1994
Mariage avec Tatiana
1995
Brevet d’avocat
1998
Naissance de Marco
1998-2001
Maître assistant en droit pénal et en procédure pénale à l’Université de Lausanne
2001
Naissance de Talia
2002-2007
Juge suppléant au Tribunal cantonal du canton de Vaud
2002
Master en expertise immobilière. Chargé de cours à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (département d’architecture)
2011
Obtient gain de cause devant la Cour européenne dans une affaire de procès équitable rejeté par le Tribunal fédéral
2012
Spécialiste FSA en droit des successions
2016
Vice-bâtonnier de l’Ordre des avocats vaudois, puis bâtonnier en 2018.

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