Burn-out: «Rien ne bouge et c'est triste»

Médecine du travail Les patrons ignorent les questions de santé au travail alors que les maladies liées au stress ne cessent d’augmenter.

<b>27%</b> des travailleurs se disent stressés, selon l’Indice de stress au travail de Promotion Santé Suisse (2018).

27% des travailleurs se disent stressés, selon l’Indice de stress au travail de Promotion Santé Suisse (2018). Image: DR

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Forte de trente ans de recherche et d’observations, la professeure Brigitta Danuser livre ses réflexions de médecin du travail au moment de prendre sa retraite. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ex-cheffe du pôle Santé à l’Institut universitaire romand de santé au travail* (Épalinges) n’est pas optimiste.

Comment expliquer le manque d’intérêt, en Suisse, pour la médecine du travail?
Je l’ignore. Ma frustration et mon grand regret, c’est que les médecins du travail n’ont jamais pu travailler avec les employeurs. Ils nous voient comme des ennemis. Ce n’est pas cela, notre rôle! Nous prévenons les patrons en leur indiquant ce qui peut être dangereux. Il y a un vrai bénéfice, pour eux, à connaître les limites (moins d’absences, plus de productivité). Mais ça, on ne veut pas le savoir. Aux Pays-Bas ou dans les pays nordiques, employeurs et médecins du travail collaborent.

Quel est le changement le plus inquiétant des conditions de travail en trente ans?
Le durcissement. L’intensification du travail réduit les marges de manœuvre de l’employé. Auparavant, il maîtrisait davantage son temps, priorisait ses tâches, prenait une pause quand il était moins concentré… Il avait une influence sur la façon de procéder pour être efficace. On a réduit cette flexibilité. Conséquence: les gens sont frustrés parce qu’ils n’arrivent plus à faire correctement leur travail. Un tiers ne tiennent plus jusqu’à l’âge de la retraite! L’absentéisme augmente massivement. La flexibilité dans l’organisation joue en faveur des employeurs, pas du personnel.

Comment les maladies liées au travail évoluent-elles?
Elles ne cessent d’augmenter depuis vingt ans, spécifiquement celles qui sont associées au stress. Par ailleurs, près de la moitié des employés disent qu’ils subissent des risques physiques. C’est beaucoup. Et pourtant, il n’y a pourtant aucune prise de conscience au niveau national.

Vous regrettez que le burn-out ne soit pas considéré comme une maladie.
L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) avait monté un groupe de travail autour de cette question: comment mieux gérer les maladies associées au travail, notamment les risques psychosociaux? En juin, le parlement a balayé la proposition de reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle. À la suite de ce vote, l’OFSP a dissous le groupe de travail… Je n’arrive pas à m’expliquer une telle décision. Rien ne bouge et c’est triste.

La demande augmente, mais les spécialistes se font rares.
Il y a peu de médecins du travail en Suisse. L’Institut universitaire romand de santé au travail est en sous-effectif total. Il faut compter neuf mois minimum pour recruter une personne bien formée.

Que pensez-vous de l’initiative de Konrad Graber (PDC/LU), qui veut faire supprimer l’interdiction de travailler le dimanche et assouplir les règles pour le travail de nuit?
Les médecins du travail ont été invités à s’exprimer sur ce texte en commission. Puis nous avons été… désinvités. Je trouve grave qu’une commission parlementaire ignore notre avis et ne veuille pas entendre les données scientifiques. J’en perds ma foi en la démocratie. Il est prouvé que les longues heures de travail augmentent les accidents (le risque augmente dès neuf heures et à douze heures, il double). Konrad Graber aimerait aussi limiter le temps de repos à huit heures par jour. Ce n’est absolument pas faisable! Que fait-on en huit heures, sachant qu’il faut dormir six à sept heures au moins? Il faut bien se déplacer, faire à manger… Cette initiative est dangereuse.


* L’Institut a été absorbé récemment par le nouveau Centre universitaire vaudois de santé publique, Unisanté.

Créé: 17.10.2019, 17h45

La professeure Brigitta Danuser, cheffe du pôle Santé à l’Institut universitaire romand de santé au travail, vient de prendre sa retraite. Elle revient sur ses frustrations de médecin du travail.

En chiffres

27% des travailleurs se disent stressés, selon l’Indice de stress au travail de Promotion Santé Suisse (2018). Cette proportion est en hausse. Voyons les chiffres de l’Office fédéral de la santé publique: en 2017, 21% de la population active souffrait souvent de stress, contre 18% en 2012. L’OFSP évoque un «fardeau de plus en plus lourd sur le lieu de travail».

49% des personnes stressées se sentent épuisées émotionnellement au travail et présentent par conséquent un risque d’épuisement professionnel plus élevé.

200 médecins du travail exercent en Suisse. La spécialisation n’est pas populaire, notamment parce qu’il n’y a presque pas de structure universitaire. La consultation spécialisée Travail et Souffrance (IST) est la seule du genre en Suisse romande.

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