C’est un accident qui a causé la mort de Jon

Drame de RomeLe décès d’un collégien vaudois lors d’un voyage à Rome, en avril 2014, est dû à «une blessure au cœur auto-infligée accidentellement»

La pension romaine Domus Nascimbeni où le drame s’est déroulé le 8 avril 2014.

La pension romaine Domus Nascimbeni où le drame s’est déroulé le 8 avril 2014. Image: ANDREAS SOLARO/AFP

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Personne ne saura jamais ce qui s’est précisément passé le 8 avril 2014, peu avant minuit, dans la pension romaine où Jonathan Sanchez a perdu la vie. Et comment ce garçon de 16 ans, scolarisé au Collège de l’Elysée, à Lausanne, a pu se transpercer le cœur avec un couteau papillon dans la chambre qu’il occupait avec trois autres camarades.

Néanmoins, deux ans après le drame, le premier président du Tribunal des mineurs, Alain Meister, a communiqué lundi qu’après avoir obtenu, dans le cadre d’une commission rogatoire, les pièces essentielles du dossier d’instruction italien, il ne pouvait que confirmer la thèse de l’accident, celle-là même que la famille de l’adolescent privilégiait au lendemain de sa mort. L’instruction pénale ouverte par le Tribunal des mineurs a donc été clôturée par ordonnance de classement.

«En l’absence de décision de l’autorité judiciaire italienne en charge de l’enquête concernant une éventuelle délégation de la poursuite à la Suisse, le Tribunal des mineurs a décerné une commission rogatoire en Italie afin d’obtenir les pièces essentielles du dossier d’instruction. Parvenues récemment en mains du président, ces pièces ne révèlent aucun élément entrant en contradiction avec les explications fournies par les compagnons de chambre de l’élève décédé, présents au moment des faits, précise le communiqué. En particulier, les conclusions du rapport d’autopsie sont compatibles avec ces explications. Ainsi, au vu de l’ensemble des informations recueillies, la thèse selon laquelle le décès est dû à une blessure au cœur auto-infligée accidentellement au moyen d’un couteau «papillon» lors d’une manipulation de celui-ci est confirmée. Aucune participation d’un tiers n’a été établie.»

Des souvenirs confus

Le déroulement des minutes qui ont précédé le drame restera donc une énigme et l’on ne saura notamment jamais qui a lancé le couteau dans les jardins de la pension après l’accident. En effet, quand ils ont été entendus par la police cantonale vaudoise puis par Alain Meister, qui avait ouvert une instruction pénale, les trois compagnons de chambre de Jonathan, ainsi qu’un quatrième camarade, avaient affirmé ne pas se souvenir avec précision de ce qui s’était passé le soir du 8 avril dans la pension Domus Nascimbeni, alors qu’ils rentraient et sortaient de la chambre qu’ils occupaient avec Jonathan. Le lit de ce dernier était le plus proche de la porte-fenêtre donnant sur un balcon qui surplombe le jardin, où le couteau a été retrouvé le lendemain. Ils s’étaient néanmoins souvenus, selon nos informations, que leur camarade était couché et jouait avec son couteau papillon, acheté dans un commerce de la capitale italienne. Deux autres de ses compagnons en avaient fait de même. L’un d’eux s’était aussi rappelé avoir soudain entendu Jon s’exclamer: «Merde, pourquoi j’ai fait ça?» Le garçon se serait alors levé pour aller chercher une serviette afin d’éponger le sang qui coulait de sa poitrine. Appelé au secours par un élève affolé, l’un des trois enseignants accompagnateurs avait peu après découvert Jonathan couché sur le sol, en chien de fusil, tétanisé.

«Alain Meister avait pris soin d’informer les autorités judiciaires italiennes qu’il était disposé à reprendre l’exécution de la procédure pénale, mais ces dernières ont fait la sourde oreille pendant des mois»

Devant le Tribunal des mineurs, l’enseignant avait raconté l’avoir mis sur le dos avant d’apprendre par l’un de ses camarades qu’il s’était blessé avec un couteau, qu’il ne voit nulle part dans la chambre. La plaie qu’il aperçoit en soulevant son tee-shirt est située sous le sein gauche, à hauteur des côtes, et saigne à peine. L’enseignant, qui a pris le garçon dans ses bras, dit à ses camarades de prévenir ses collègues et d’appeler une ambulance. Mais Jonathan ne parvient plus à parler. Son pouls s’arrête. Son prof le couche alors, puis entame un massage cardiaque, bientôt relayé par les ambulanciers. Sans résultat. La police arrivera quelques minutes plus tard, et c’est dans la nuit qu’il apprendra le décès de l’élève («24 heures» du 4 novembre 2014).

Justice en cause

Même si l’on peut se féliciter que la famille de Jonathan Sanchez, détruite par la tragédie, puisse désormais entamer son processus de deuil, comment ne pas s’interroger sur le fonctionnement d’une justice italienne qui a longtemps donné l’impression d’avoir oublié l’affaire au fond d’un tiroir? Pourtant, Alain Meister avait rapidement pris soin d’informer les autorités judiciaires italiennes qu’il était disposé à reprendre l’exécution de la procédure pénale, mais ces dernières ont fait la sourde oreille pendant des mois, sans fournir la moindre explication. Finalement, c’est donc une commission rogatoire qui a permis au président du Tribunal des mineurs de prendre connaissance du dossier de l’instruction, dont il reste à espérer qu’elle a été menée avec rigueur et diligence.

Créé: 04.04.2016, 15h59

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Jonathan, 16?ans, que tous ses innombrables amis appelaient affectueusement Jon. (Image: DR)

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