C’est la cohue en première année de médecine

CampusLe nombre accru de redoublants met la pression dans l’auditoire, mais l’objectif demeure: plus de médecins.

Amphimax: C’est le nom du bâtiment qui héberge les cours principaux de première année.

Amphimax: C’est le nom du bâtiment qui héberge les cours principaux de première année. Image: Patrick Martin

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Chaque année, c’est la même chose. Pour avoir une place correcte dans l’un des grands auditoires de l’Université de Lausanne (UNIL) où se donnent les cours de première année, il faut se lever tôt. Mais depuis cette rentrée académique d’automne, l’embouteillage est particulièrement corsé sur les bancs de médecine. Le plus grand auditoire du campus, dans le bâtiment Amphimax, est conçu pour accueillir 500 personnes assises. Or les étudiants sont environ 700.

Du coup, on voit depuis deux semaines des personnes assises par terre, et d’autres qui viennent réserver des tables aux aurores avec les objets qui leur passent par les mains: écharpe, skateboard… «On fait un tournus entre nous pour avoir une place assise, celui qui s’en charge arrive une heure et demi avant le début du cours, explique Maude Gachet, nouvelle étudiante qui a fait son gymnase à Lausanne. Parfois il faut attendre que le bâtiment soit ouvert, et on se masse devant la porte. Et même comme ça, il n’est pas toujours facile de réussir à s’assoir près de l’enseignant.»

Les débutants et débutantes prêtent pour certains une oreille attentive aux rumeurs qui circulent et font état de faux polycopiés créés pour faire échouer à l’examen de fin d’année ceux qui les utiliseraient. Histoire d’avoir plus de chance de passer en deuxième, malgré le taux d’échec moyen, année après année, de quelque 60%.

Pourquoi cet auditoire est-il à ce point rempli cette année? «Les chiffres liés au nombre d’étudiants en première année de médecine nous ont surpris quant à leur ampleur car, sur la base des indications obtenues auprès de swissuniversities, nous avions en termes de prévisions du nombre de nouveaux étudiants des chiffres proches de l’an dernier, explique le docteur Pierre-Alexandre Bart, directeur académique de l’Ecole de médecine de l’UNIL. L’analyse des chiffres actuels montre que nous avons au final une augmentation d’une centaine d’étudiants qui sont tant des nouveaux étudiants que des redoublants»

Difficile donc de dire si les décisions récentes des universités suisses d’augmenter leurs capacités de formation à l’horizon 2020 ont renforcé l’attractivité des études de médecine, notamment à Lausanne. En effet, l’UNIL ne pratiquant pas de numerus clausus pour l’entrée en médecine, contrairement aux universités alémaniques, il n’y a pas d’effet régulateur sur l’entrée en première année. L’augmentation planifiée des effectifs commence en deuxième année et se poursuit à partir de la troisième année d’études, où se trouve actuellement un verrou logistique lié au nombre de places de stages cliniques disponibles dans les hôpitaux.

A Lausanne, le nombre d’étudiants de troisième formés chaque année est déjà passé de 110 à 160 en 2012, et à près de 200 aujourd’hui. On devrait atteindre 245 d’ici 2020.

La cohue devrait diminuer

Quant à l’embouteillage constaté cette année, une analyse est menée par l’UNIL. «Les examens de rattrapage pour les deux premiers modules de première année se déroulent en janvier, continue Pierre-alexandre Bart, La situation sera donc nettement plus favorable sur le plan des places dans les auditoires dès le début 2017. Pour l’instant, nous sommes en train d’explorer avec le service logistique de l’UNIL des solutions permettant un accès au cours dans de meilleures conditions, quand bien même elles ne sont pas actuellement catastrophiques : personne ne suit les cours debout!» Plus concrètement, des chaises vont être ajoutées.

Il précise que, si le nombre de personnes en première année devait encore augmenter à l’avenir, il serait certainement possible d’ouvrir des auditoires voisins et d’y installer une connexion vidéo avec l’auditoire principal, ou de réaliser des podcasts des cours.

Qu’en est-il du risque de sélectionner au bout des deux premières années d’études ceux et celles qui ont le plus la compétition dans le sang, au détriment peut-être des qualités humaines utiles à un futur médecin? La direction de l’Ecole de médecine explique que le contenu des cours a évolué ces dernières années. Il y a toujours des branches de sciences dites dures, qui forment un socle indispensable à l’apprentissage de la médecine. Celles du premier module. Mais il y a aussi depuis quelques années des disciplines issues du panel en médecine publique, sciences sociales et humaines, pour ouvrir le débat éthique et social. Et les fameux questionnaires à choix multiple (QCM) redoutés par des générations de potaches sont désormais complétés par des QROC. Des Questions à réponses ouvertes courtes, qui laissent une certaine place à l’élaboration d’arguments et sont censées sélectionner d’autres aptitudes que l’apprentissage par cœur.

Quant aux rumeurs récurrentes citées plus haut, il précise qu’elles ne sont que cela. «Il est vrai que la première année demande pas mal d’efforts et que nous ne pouvons pas prendre tout le monde en deuxième, puis en troisième années. Mais à ma connaissance, il n’y a jamais eu de faux polycopiés.»

Une réaction partagée par l’Association des étudiants en médecine de l’Université de Lausanne (AEML). «Il faut tordre le cou une fois pour toutes à un mythe, déclare son président Raphaël Porret. Il n’y a pas d’ambiance exécrable en première année. Les premières semaines sont peut-être difficiles. Mais il y a une grande solidarité entre étudiants. Et on n’est pas dans le cas de figure des volées à 2000 étudiants comme on en voit en France.»

Par contre, les membres du comité AEML confirment que, s’il n’y a pas de limite numérique aux inscriptions (numerus clausus), ni d’examen d’entrée, contrairement à ce qui se passe en Suisse allemande depuis des années, la sélection qui s’opère à la fin de la première et de la deuxième année a le même effet. Mais en laissant la possibilité aux étudiants d’«au moins essayer».

Créé: 09.10.2016, 08h45

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