L'UDC au Conseil d'Etat: mission impossible?

VaudLe parti est à la traîne. Nous avons calculé ses chances de succès.

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L’UDC vaudoise a deux objectifs ambitieux en ce début d’année électorale: revenir au gouvernement cantonal en mars, après que les Vaudois l’en ont écartée en 2011, et gagner un cinquième siège au Conseil national en octobre. Le problème, c’est que le parti accuse un important retard électoral et risque de perdre ses deux paris. Cela ressort de l’analyse de ses résultats au Conseil national en 2015 et au Grand Conseil en 2017, ainsi que des scores de ses candidats au Conseil d’État en 2012 et 2017 (voir infographie).


L'édito: Le souci de l’UDC, c’est la stratégie du PLR


À quoi l’UDC vaudoise peut-elle donc s’attendre? D’abord à peut-être voir son candidat Pascal Dessauges échouer face à Rebecca Ruiz, désignée officiellement, ce samedi, par le Parti socialiste pour succéder à Pierre-Yves Maillard au Conseil d’État. Ensuite à peut-être voir filer un de ses quatre sièges au Conseil national en octobre. Une chose est sûre: le soutien accordé par le Parti libéral-radical (PLR), mercredi dernier, ne sera pas suffisant. Pascal Dessauges devra engranger des suffrages tous azimuts, plus loin que l’électorat UDC et PLR.

Le boudage des électeurs PLR

Un souvenir fait frémir les stratèges de l’UDC: la démobilisation des électeurs PLR pour Claude-Alain Voiblet en 2012 et Jacques Nicolet en 2017. Dans les deux cas, une partie d’entre eux avaient boudé le deuxième tour de l’élection au Conseil d’État, car leurs candidats avaient déjà été élus au premier tour. Résultat: les scores de candidats de gauche avaient progressé, quand l’UDC stagnait ou régressait.

«Il ne faut pas faire porter le poids de l’élection complémentaire de cette année sur les épaules de l’électorat PLR, mais sur celles de notre candidat», commente Jacques Nicolet, président de l’UDC Vaud. Pour lui, Pascal Dessauges saura mobiliser à large échelle, «en battant le fer et la campagne». «Une élection complémentaire est toujours un peu une loterie, ajoute ce conseiller national. En 2011, on pensait inconcevable que Béatrice Métraux soit élue pour succéder à Jean-Claude Mermoud.»

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Quant aux pontes du PLR, ils expliquent que le profil de Pascal Dessauges saura convaincre plus loin qu’à droite. «Les précédents candidats UDC n’arrivaient pas à sa hauteur», commentait mercredi le député Éric Sonnay. «Quant à Rebecca Ruiz, je ne pense pas qu’elle fasse l’unanimité au PS. Certains en ont marre des hauts pontifes de Lausanne.»

Ruiz ratisse plus large

Les échecs de Claude-Alain Voiblet et Jacques Nicolet prouvent que Pascal Dessauges devra attirer à lui des électeurs qui normalement ne votent pas à droite. À propos, qui de lui ou de Rebecca Ruiz ratisse des voix le plus largement? Il est difficile de comparer la force électorale des deux principaux candidats. Ils n’ont en effet jamais été confrontés l’un à l’autre. Mais leurs résultats respectifs au Conseil national (2007 pour Pascal Dessauges et 2015 pour Rebecca Ruiz) montrent que la socialiste pêche des voix de manière plus large (lire encadré).


A lire: Le PLR offre un soutien massif à l'UDC Dessauges


Autre motif de réjouissance pour le Parti socialiste: l’actuelle ministre Cesla Amarelle avait vu son score exploser entre le Conseil national en 2015 et le premier tour au Conseil d’État en 2017 (44 078 et 72 138 voix). «L’élection de Cesla Amarelle nous a appris que le passage du scrutin proportionnel du Conseil national au scrutin majoritaire du Conseil d’État est possible», commente Jessica Jaccoud, présidente du PS vaudois. «Au vu du score de Rebecca Ruiz au Conseil national en 2015, nous avons un bon espoir.» Celui-ci, en effet, était encore plus élevé que celui de Cesla Amarelle.

Pas de soutien des centristes

Pascal Dessauges va donc devoir cravacher. Peut-il espérer le soutien des centristes? Les démocrates-chrétiens devraient voter pour leur candidat: Axel Marion. Et les électeurs vert’libéraux? En 2017, Jacques Nicolet avait bénéficié de leurs votes pour compenser le boudage des libéraux-radicaux au deuxième tour. Pas sûr que le scénario se reproduise cette fois-ci. «Nous n’avons pas encore pris de décision. Mais après deux gifles de la part de l’UDC, nous n’avons pas l’impression qu’ils veuillent travailler avec nous pour les élections», explique Michaël Dupertuis, secrétaire général des vert’libéraux. «Ils avaient refusé notre proposition d’alliance au premier tour en 2017 et, depuis lors, ils ont claqué la porte de la plateforme du centre droit vaudois, que nous partagions avec le PLR.»

Créé: 22.01.2019, 15h34

Où Ruiz et Dessauges font-ils le plein?



La dernière élection à laquelle la socialiste a pris part, c’est celle du Conseil national en 2015. Son score montrait alors sa capacité à convaincre hors de sa formation politique, surtout parmi les électeurs sans étiquette partisane. Elle avait obtenu un total de
45 935 voix. Les trois quarts venaient des électeurs socialistes (35 228), tandis que les Verts lui apportaient 1692 suffrages. Les électeurs d’autres partis lui ont accordé 993 votes. Les listes sans dénomination, c’est-à-dire celles qu’utilisent les Vaudois qui ne se reconnaissent dans aucun parti, lui ont permis de décrocher 6993 voix. Cela représente 15% de son score total, alors que ce chiffre était de 3% pour son adversaire UDC Pascal Dessauges en 2007.



Depuis qu’il est devenu préfet du District de Morges en 2011, avant d’être nommé dans le Gros-de-Vaud en 2013, Pascal Dessauges n’a plus été candidat à une élection populaire. Le dernier scrutin auquel il a participé remonte aux élections fédérales de 2007. Son résultat montre qu’il n’était soutenu quasi que par les électeurs UDC. Il avait obtenu 34 483 suffrages, dont 33 130 à l’UDC et 247 chez les libéraux et les radicaux (qui n’avaient pas encore fusionné). Il avait récolté 99 voix de la part d’électeurs d’autres partis. Les listes sans dénomination, où nombre de candidats récoltent une part importante de leurs suffrages, lui avaient apporté 1007 voix, soit seulement 3% de son score total.

Conseil national: une baisse au profit du PLR

Évolution démographique oblige, le Canton de Vaud passera de 18 à 19 sièges au Conseil national en octobre. Qui décrochera donc le 19e siège? Sur la base des résultats de 2015, il devrait revenir aux Verts. Mais à l’époque l’UDC et le Parti libéral-radical (PLR) n’avaient pas réussi à s’allier. S’ils s’allient cette fois-ci, c’est l’UDC qui l’obtiendrait.

Le souci, c’est que l’UDC a perdu de son envergure. Alors qu’elle pesait 22,6% des voix aux fédérales de 2015, elle est descendue à 15% aux cantonales de 2017 (voir infographie). Avec un tel score, l’UDC passerait de quatre à trois sièges, et c’est le PLR qui en bénéficierait. Quant au 19e siège, il reviendrait aux Verts.

L’UDC réfute officiellement cette analyse, le mode d’élection étant en partie différent entre les élections fédérales et cantonales. «Nous avons certes perdu deux sièges sur 27 au Grand Conseil, mais cela était dû notamment à des affaires de personnes au sein de notre parti, commente le président du parti, Jacques Nicolet. Au Conseil national, nous n’avons pas connu un grand affaiblissement entre 2011 et 2015 (ndlr: de 22,94 à 22,56%). Et nous avons progressé aux communales. Notre parti est sur une pente ascendante.»

En coulisses, un membre du comité directeur est plus critique: «Mathématiquement, nous allons perdre un siège. L’UDC Suisse toussote et nous avons perdu 10% de nos suffrages entre 2012 et 2017 au Grand Conseil, surtout dans les régions urbanisées. Nous risquons de baisser autant aux fédérales en octobre.» Pour lui, un autre phénomène va jouer en défaveur de l’UDC: le PLR et les socialistes auront chacun une locomotive électorale importante, c’est-à-dire Jacqueline de Quattro et Pierre-Yves Maillard. «La nôtre, nous ne l’avons plus. C’était Guy Parmelin, et nous l’avons fait élire au Conseil fédéral en 2015.»

Le PLR qui gagnerait un siège? Laurine Jobin, secrétaire générale du PLR Vaud, fait une même analyse. «Pour y arriver, nous devons faire un bond de 4% par rapport à 2015 et arriver à environ 30%. Notre résultat au Grand Conseil montre que c’est possible. Il faut être ambitieux.»

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