La campagne pour le Conseil d’Etat est morne. C’est voulu

Elections cantonalesLa course au gouvernement se déroule sans agressivité. Analyse

Parmi les candidats de gauche, la radicale Jacqueline de Quattro ne semble pas en milieu hostile

Parmi les candidats de gauche, la radicale Jacqueline de Quattro ne semble pas en milieu hostile Image: Jean-Bernard Sieber

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Bien des candidats expliquent le calme de cette campagne au Conseil d’Etat par la fatigue accumulée dans la succession de scrutins depuis le printemps 2011. «En 2007, on connaissait le nom des candidats en octobre, se souvient le candidat UDC, Claude-Alain Voiblet. Cette année, la campagne n’a débuté qu’en janvier. Cela change la donne et l’ambiance.»

Peut-être. Il reste que cela sonne comme une excuse: le manque de temps et de moyens n’a jamais empêché les empoignades. En fait, c’est: «Surtout ne pas faire de remous!» Rarement une campagne pour les élections cantonales n’aura provoqué aussi peu d’éclats de voix.

L’enjeu du 11 mars n’est pourtant pas des moindres. Pour la première fois de son histoire, le canton peut basculer à gauche pour une législature entière. Les états-majors des partis en sont conscients. Et, justement, leur mot d’ordre est de faire preuve de modération. Ni l’alliance de gauche rose-verte, ni celle du centre droit – libéral, radical, et UDC – n’a le moindre intérêt à envenimer les débats. Explications de ce calme volontaire et assumé.

La victoire se joue au centre
C’est une première. La droite et la gauche proposent seulement quatre candidats, enlevant au premier tour sa fonction d’assurer la sélection interne. Les deux camps appliquent déjà une stratégie de second tour. Le but est de séduire l’électorat centriste ou hésitant, et de ne pas l’effrayer avec des propositions jugées extrêmes.

Aucun parti n’a intérêt à se profiler dans son propre électorat naturel, puisque les voix sont jugées acquises. La droite devrait donc bénéficier presque automatiquement des voix de l’UDC, les socialistes et les Verts récolteront au second tour celles de l’extrême gauche. Voilà pourquoi la victoire sera remportée par celui qui rassurera l’électorat modéré.

Ces stratégies communes sont facilitées par la faiblesse, réelle ou feinte, des alliés qui semaient la zizanie lors des précédentes campagnes. L’extrême gauche, privée de son tribun et éternel candidat au Conseil d’Etat, Josef Zisyadis, ne fait plus peur aux roses. Les socialistes ont réussi à endormir les velléités d’indépendance des Verts, assommés par leur défaite aux élections fédérales. Bref, les roses, emmenés par Pierre-Yves Maillard, ont les coudées franches à gauche. En face, l’UDC a délibérément décidé de rentrer dans le rang. Son homme fort et candidat au Conseil d’Etat, Claude-Alain Voiblet, assume ce choix d’une campagne très calme pour convaincre les électeurs libéraux-radicaux.

On s’arrache le bilan
Depuis 2002, le Conseil d’Etat s’est apaisé, affichant respect pour la minorité et consensus interne. Le bilan du gouvernement est jugé satisfaisant. Du coup, tout le monde se réclame de cette culture de la concertation. Il vaut mieux mettre l’agressivité au placard. Le député Vert Philippe Martinet résume la situation: «C’est comme au mikado, le premier qui bouge a perdu.»

Tout le monde revendique le bilan de la dernière législature. La gauche rappelle à qui veut l’entendre qu’elle a en charge plus de 60% des dépenses. Elle a longtemps minimisé l’importance des dettes, mais tel n’est plus le cas. Claude-Alain Voiblet trouve cette évolution normale: «Cela s’explique par la situation des pays voisins.» Du coup, la gauche se présente comme une actrice à part entière de l’assainissement du canton que la droite estime avoir rendue possible.

Autre invitation à la modération: les sortants qui se représentent ont, comme en 2007, convenu de ne pas se lancer d’invectives dans les débats pour ne pas nuire à la dignité du collège. Ainsi, deux magistrats au profil aussi marqué que Pierre-Yves Maillard et Philippe Leuba s’échangent davantage de sourires que de coups bas lors des joutes télévisées. Les élus vaudois tirent aussi les leçons des situations politiques explosives des cantons voisins. «Nous sommes tous conscients de ce qui se passe à Genève et Neuchâtel, analyse Catherine Labouchère, présidente des libéraux. Cela ne donne vraiment pas envie de faire de la politique de la même manière, de donner une telle image du canton.»

Pas de guerres intestines
Si, comme escompté, la gauche garde sa majorité toute neuve au Conseil d’Etat, elle devra sans doute compter avec un parlement au centre et à droite. La gauche gouvernementale a donc intérêt à tenir un discours modéré: fini les grandes envolées pour défendre l’asile ou les sans-papiers. Une majorité de gauche à l’exécutif devra gouverner au centre, comme l’a fait la majorité de droite ces cinq dernières années.

Un dernier point contribue à aplatir la campagne électorale. En se profilant sur les thèmes de partis, il y a des risques de montrer les fissures internes dans les camps qui entendent marquer leur unité pour éviter coups de crayon et guerres de chapelle. «Nous nous interrogeons sur le fait que la surface de logement par habitant augmente toujours, note un Vert; les socialistes veulent accroître les surfaces construites, mais mettre cette divergence sur le tapis serait marquer un autogoal.» A droite aussi, les lignes de fractures sont importantes et soigneusement cachées: aux bisbilles historiques entre radicaux et libéraux, il faut ajouter les tensions entre PLR et UDC. Chacun évite les sujets qui divisent.

Créé: 28.02.2012, 22h59

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