Cand-Landi accusée de manipulation par des opposants

DéchargeCertains soupçonnent la société de Grandson d’avoir modifié un document officiel pour le rendre plus favorable à son projet.

La future décharge des Echatelards, à Grandson, a suscité quelque 1400 oppositions.

La future décharge des Echatelards, à Grandson, a suscité quelque 1400 oppositions. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Au sein du département de Jacqueline de Quattro, le chiffre inquiète. 1400 oppositions pour une décharge, mise à l’enquête publique en fin d’année dernière. Le site des Echatelards, à Grandson, suscite de nombreuses craintes quant aux impacts environnementaux du projet, mais pas seulement. Il y aussi la manière: une information tardive, suivie d’une mise à l’enquête jugée précipitée.

Et puis il y a ce couac, que certains opposants décrivent comme «énorme». Dans le dossier déposé par l’entreprise Cand-Landi SA, consultable par le public du 24 novembre au 23 décembre, un élément a sauté aux yeux de plusieurs lecteurs. Il s’agit d’une fiche descriptive du site, avec un graphique en toile d’araignée. Selon ce diagramme, les Echatelards est largement favorable pour accueillir la future décharge.

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La fiche ressemble à un copier-coller du PSDC, le plan sectoriel des décharges contrôlées, un document officiel adoubé par le Conseil d’État en 2016. Même mise en page, même présentation, même référence. Seul hic: l’original ne correspond pas à la copie. Clairement moins favorable, le premier relève six «contraintes» dont il faudrait tenir compte dans le projet, dont la proximité d’un cours d’eau (l’Arnon) et l’existence de surfaces affectées en aire forestière.

Sur la copie, il ne reste plus qu’une contrainte: la présence, non loin, d’un menhir. Après avoir consulté le dossier, certains opposants crient à la manipulation. Selon nos informations, plusieurs citoyens ont remarqué ces divergences et ont inclus ce grief, parmi d’autres, dans la rédaction de leur opposition. «En tant qu’informaticien, je vois souvent passer des graphiques en toile d’araignée, raconte Stéphane Schwartz, vice-président de l’association pour la protection de l’Arnon (APAR). Si l’on se fie à celui qui est présenté sur cette fiche, les Echatelards est l’endroit parfait pour accueillir une décharge. Or, la véritable fiche du PSDC est nettement plus nuancée. L’information a été modifiée pour la rendre plus favorable.»


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En vingt-cinq ans de pratique, Yves Nicole, avocat spécialisé en droit de la construction et de l’immobilier et conseil de plusieurs opposants, assure qu’il n’a «jamais vu ça. Cette fiche est présentée comme un document officiel, alors que les différences avec l’original sont très importantes.» Outre des contraintes moins nombreuses, la feuille versée au dossier public fait état d’une hauteur moyenne et d’un volume indicatifs plus importants que ceux du PSDC. Selon un connaisseur du sujet, «si ce document était considéré comme un faux dans une procédure juridique, cela pourrait faire capoter le projet.» Parmi les autres griefs relevés par les opposants durant la mise à l’enquête, on trouve la perméabilité du site, l’insuffisance de forages test, l’absence d’évaluation du risque d’érosion ainsi que de nombreuses inconnues quant à l’avenir.

Des connaisseurs du dossier soulignent la rapidité, voire la précipitation avec laquelle le projet des Echatelards a rattrapé, puis dépassé celui de la Vernette, du groupe Orllati. Dans le Plan de gestion des déchets 2016, le second était présenté comme le site prioritaire pour accueillir des matériaux de type D (scories résultant de l’incinération de déchets urbains) et E (résidus de traitement de terres polluées issues de certains chantiers). Or, alors qu’elle était prévue pour 2017, la mise à l’enquête de la Vernette n’a toujours pas eu lieu, contrairement à celle de son concurrent.

Accusations de copinage

Début 2018, l’Association vaudoise des graviers et déchets (AVGD) était intervenue auprès de Jacqueline de Quattro pour dénoncer une situation de favoritisme envers le projet d’Orllati. Un collaborateur du département avait été déplacé dans la foulée. Craignant les accusations de copinage, le DTE aurait-il réagi en précipitant la mise en œuvre du projet des Echatelards? C’est ce que pensent plusieurs spécialistes du domaine, ainsi que ce proche d’Orllati, qui souhaite garder l’anonymat: «En 2016, on était en pleine «affaire Orllati», avec enquête pénale et perquisition au siège du groupe à Bioley-Orjullaz. Ça sentait le soufre. En déposant une demande à ce moment-là, Cand Landi a exploité la situation et mis une pression maximum sur le département, au sein duquel certains ont sans doute pensé qu’il serait bon d’avoir un plan B au cas où Orllati exploserait en plein vol. Résultat: on a fermé un œil et permis ainsi à Cand Landi, même avec un dossier boiteux, de s’introduire dans la course. Le comble de toute cette histoire, c’est qu’on puisse soupçonner Orllati d’avoir bénéficié d’un traitement de faveur!»


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Contacté, le groupe Orllati ne souhaite pas se prononcer sur une procédure qui ne le concerne pas. Quant au directeur de Cand-Landi, Antoine Maillard, il ne veut commenter ni ses démêlés avec le département, ni la situation de concurrence avec le projet d’Orllati. (24 heures)

Créé: 13.03.2019, 10h55

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