Le canton change d’époque
Rapport de forceLes nouvelles autorités vaudoises sont assermentées ce mardi. Les partis cherchent leurs marques
Quatre mois après l’élection du Grand Conseil dont la majorité est restée à droite, et trois mois après celle qui a donné à la gauche la majorité au Conseil d’Etat, les nouvelles autorités cantonales vivent ce mardi, dès 9?heures, leur cérémonie d’installation entre l’esplanade du Château, la cathédrale et le Palais de Rumine. A cette occasion, chaque force politique épiera l’autre. Car toutes se demandent comme le bloc adverse abordera la cohabitation qui caractérisera la législature 2012-2017. D’où ce zoom sur la situation des groupes parlementaires.
Les poids lourds en deux blocs: libéraux et radicaux en fusion
A la fin de la législature écoulée, ils étaient 19 libéraux et 29?radicaux. A la suite des élections de ce printemps, ils seront 47. Désormais unique, leur groupe sera le plus important du Grand Conseil. Mais le mariage n’est pas encore formellement consommé. Entre les deux partis, la noce n’interviendra que le 26 septembre. Jusque-là, le groupe parlementaire conservera donc deux co-chefs, le libéral Jean-Marie Surer et le radical Frédéric Borloz, qui est par ailleurs candidat à la présidence du parti fusionné.
Dès lors, comment s’organisera ce ménage parlementaire après les épousailles? Rien n’est arrêté, sinon quelques principes pas forcément intangibles. Ainsi, si le président du futur parti est d’origine radicale, un souci d’équilibre voudrait qu’un libéral prenne la tête de l’équipe parlementaire. Pour le moment, on n’en sait pas plus. Si ce n’est que le nouveau parti doit se renouveler en profondeur. Il travaillera donc à mettre en valeur les plus prometteurs de ses quatorze nouveaux élus. Parmi ceux-ci: l’actuelle présidente du Parti radical, la Payernoise Christelle Luisier. Et aussi le Lausannois Mathieu Blanc, pressenti pour devenir à fin septembre un des vice-présidents du PLR. Ou Gregory Devaud, déjà municipal à Aigle, et député depuis une législature, alors qu’il n’a que 28?ans.
Les roses entre deux eaux
Le groupe socialiste saura-t-il apprendre à ne plus s’opposer à un gouvernement où la majorité est désormais à gauche, alors qu’elle reste à droite au législatif? De la réponse à cette question dépend largement l’ambiance de la législature de cohabitation de l’histoire vaudoise. «Nous allons devoir être un peu moins productifs au Grand Conseil pour donner toutes leurs chances à des propositions susceptibles d’être reprises par le Conseil d’Etat», analyse Jean-Michel Favez, président du PS vaudois. Bref, pour le député de Gland, sa formation doit quitter son rôle de principale force d’opposition au gouvernement et surtout éviter d’agiter un chiffon rouge sous le nez de la droite.
Cela ne sera pas facile pour des roses habitués à multiplier les interpellations, postulats et autres motions. D’autant que les nouveaux élus sont nombreux et fougueux, constate leur chef de groupe, Nicolas Rochat. «La priorité sera d’assurer notre cohésion. Mais, évidemment, notre rôle par rapport au gouvernement est au cœur des réflexions. Etant entendu que notre groupe doit aussi garder sa dynamique propre.» L’équilibre subtil à trouver dépendra aussi de l’attitude de la droite face à la majorité gouvernementale. Jean-Michel Favez se rassure: «Aucun parti n’a intérêt à bloquer le fonctionnement du canton.»
L'UDC tentée par l'opposition
Le seul grand parti sans représentant au Conseil d’Etat est celui qui a le moins à perdre en jouant les durs de la politique vaudoise. Une partie de l’UDC éprouve la tentation de l’opposition depuis plusieurs mois. Mais la formation de Christoph Blocher a-t-elle vraiment envie de mettre en œuvre cette stratégie? L’immense majorité de ses députés reste issue de son aile agrarienne. Leur président urbain, Michaël Buffat, se veut également rassurant. «Tout dépendra surtout du programme de législature présenté par le gouvernement. Si son orientation politique est trop à gauche, alors nous monterons au front.»
L’homme fort de l’UDC vaudoise, qui est aussi son nouveau président, Claude-Alain Voiblet, se montre plus énigmatique. «Nous n’allons pas faire de l’opposition pour de l’opposition, mais défendre notre programme. Si le gouvernement de gauche fait des propositions qui vont dans le même sens, nous les défendrons. Nous serons, en revanche, intraitable sur les questions de sécurité et d’immigration. J’attends surtout du courage politique de la part des députés UDC. Ils doivent se montrer fiers d’appartenir à notre parti, ne pas craindre les critiques comme sur notre initiative Stop à l’immigration. Un sondage vient de démontrer qu’une majorité de petits patrons nous donne raison.»
Verts en quête de juste milieu
Les Verts sont les grands perdants des dernières élections, d’un point de vue mathématique. En passant d’une législature à l’autre, ils perdent cinq sièges au Grand Conseil, et devront donc s’accommoder d’une présence réduite dans les commissions parlementaires. Pour ne rien arranger, l’élection à la présidence du parlement d’un des leurs, Philippe Martinet, pourrait s’avérer difficile, certains à droite songeant à régler quelques comptes politiques.
Les Verts sont loin d’avoir digéré les contrecoups électoraux. Leur président, le député Yves Ferrari, ayant subitement rendu son tablier en mai, il a fallu lui trouver un successeur dans l’urgence. Un vétéran, Laurent Rebeaud, a été retenu à titre transitoire pour donner au parti le temps de se remettre en question. Car, comme les socialistes, les Verts vont devoir se mettre en conformité avec la majorité à laquelle ils participent au niveau du Conseil d’Etat. «Nous n’échapperons pas à des compromis pour permettre au Conseil d’Etat de faire passer ses projets.» C’est la recommandation de la députée Alessandra Silauri, qui devrait être élue aujourd’hui à la présidence de la commission parlementaire des Affaires extérieures. Son groupe a obtenu de présider une autre commission, celle de la Santé publique, qui n’est pas des moindres.
Petites formations, grandes ambitions
Des Vert’libéraux bien tenus
Les Vert’libéraux n’étaient que trois au Grand Conseil. Ils sont désormais sept. De quoi former leur propre groupe, ce qui les a amenés à sortir de l’Alliance du centre pour mieux se profiler. La nouvelle équipe parlementaire sera solidement encadrée: elle aura pour chef Jacques-André Haury, la présidence du parti que ce vétéran assumait jusqu’ici étant reprise par Régis Courdesse, celui-ci ayant été chef du groupe de l’Alliance du centre à la fin de la législature passée. Grâce à leur nouvelle force, les Vert’libéraux disposeront d’un représentant au bureau du Grand Conseil ainsi que dans les deux principales commissions de surveillance (gestion et finances).
Cinq «vrais» centristes
Et si le véritable centre se résumait au plus petit groupe du Grand Conseil, les quatre élus PDC et l’unique député de Vaud Libre: Jérôme Christen? «Notre séparation à l’amiable avec les Vert’libéraux permet une meilleure lisibilité. Nous nous revendiquons centristes.» Tisser des liens entre la gauche et la droite du parlement, voilà un des buts de la petite équipe. Ce ne sera pas forcément une tâche facile. Les grands partis viennent de lui jouer un drôle de tour en l’excluant du Bureau du Grand Conseil. Le chef du groupe, le PDC Michele Mossi, va certainement devoir mettre tous son talent de diplomate pour déjà faire une place au centre dans les stratégies des autres partis.
La gauche sans groupe
Il faut cinq députés pour faire un groupe. Du coup, les quatre représentants de la gauche de la gauche sont privés de commissions. «Cela ne nous empêchera pas d’intervenir au plénum, de faire des propositions», relativise, Jean-Michel Dolivo. N’empêche, le tribun de «La Gauche» ne cache pas un brin d’amertume face au refus des socialistes de prêter un de leur député pour permettre la création d’un groupe, ou de leur offrir l’asile. Il ne désespère pas de les convaincre ses prochains mois. «Nous ne leur demandons pas d’être d’accord avec nous, mais de permettre une meilleure représentativité de l’ensemble de la gauche face aux quatre groupes de droite.»
Créé: 25.06.2012, 22h41
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