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Le Canton doit-il acheter les manuscrits de Ramuz?

D’aucuns s’étonnent que l’État ne soit pas propriétaire du fonds exceptionnel conservé à la Bibliothèque cantonale.

Les manuscrits de l’écrivain vaudois C.F. Ramuz appartiennent à ses héritiers.
Les manuscrits de l’écrivain vaudois C.F. Ramuz appartiennent à ses héritiers.
ARCHIVES C.-F. RAMUZ/VANESSA CARDOSO

Début décembre, Pully annonçait la signature d’une convention avec les héritiers de Ramuz visant notamment l’usage du mobilier, des tableaux et des livres ayant appartenu à l’écrivain. Ils seront utilisés au sein du futur espace muséal qui lui sera dédié dans sa maison, La Muette.

Une autre convention lie les descendants de l’auteur aux autorités. Cantonales, cette fois. Ce contrat de dépôt signé en 2016, d’une durée de cinq ans (renouvelable tacitement chaque année), porte sur les manuscrits de Ramuz. Des dizaines de boîtes, étudiées par les chercheurs pour l’édition des œuvres complètes. Depuis 2016, ces précieux documents –propriétés de la famille de l’écrivain– sont conservés à la Bibliothèque cantonale et universitaire (BCU) et consultables en salle surveillée.

D’aucuns s’étonnent que le Canton n’en soit pas propriétaire. «Il s’agit d’un fonds manuscrit exceptionnel, riche tant du point de vue du type de documents que de leur qualité. Vu son importance matérielle, patrimoniale et symbolique, l’acheter est un acte de politique culturelle qui devrait aller de soi», juge Daniel Maggetti, professeur à l’UNIL et spécialiste de Ramuz.

«Affligeant»

Gérard Dyens était le porte-parole de feu le Comité de sauvegarde de La Muette. Il ne mâche pas ses mots, qualifiant la situation actuelle de «bricolage». «Je suis outré et dépité que le Canton ne fasse pas le geste symbolique d’acheter ces manuscrits. Il n’a toujours pas perçu la dimension de cette œuvre et semble se désintéresser définitivement de la question Ramuz sous le prétexte qu’il a suffisamment investi pour sa publication. Le comportement des autorités au sujet de l’héritage d’un des plus grands écrivains du pays se révèle affligeant.»

L’État de Vaud –qui se dit «tout à fait ouvert à un rachat»– juge qu’«il n’y a aucune urgence». «Les manuscrits sont conservés par le Canton, préservés et accessibles au public, rappelle Nicole Minder, la cheffe des Affaires culturelles. Ce contrat de dépôt est une bonne solution pour toutes les parties et cela laisse le temps de voir venir. La famille n’a pas, à ma connaissance, l’intention de disperser ces manuscrits. Ce qui est essentiel, c’est qu’ils ont été étudiés et édités, permettant de faire découvrir des pans inédits de l’œuvre de Ramuz.»

«L’État a fait beaucoup pour Ramuz, convient Doris Jakubec, professeure émérite à l’UNIL. Mais ces manuscrits ne sont pas à l’abri. Le danger, c’est leur dispersion au gré des déplacements de la famille, de ses changements d’idées... Un achat assurerait non seulement leur conservation, mais leur pérennisation.»

Daniel Maggetti met aussi en cause les conditions de consultation des écrits à la BCU, jugeant le classement lacunaire. «Travailler sur ce fonds est malaisé pour les chercheurs. Ce dépôt n’est pas utilisable pour la recherche et la visibilité de Ramuz. La solution actuelle n’est pas viable.»

Nicole Minder indique de son côté que les 69 boîtes ont fait l’objet d’un «inventaire exhaustif» dans le cadre de l’édition des œuvres complètes. Elle précise qu’«un fonds complémentaire moins important, déposé récemment par la famille, a déjà fait l’objet d’un inventaire sommaire». Et d’ajouter que des discussions sur la vente des manuscrits vont sûrement avoir lieu à l’échéance du contrat de dépôt, en 2021.

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