Le Canton souhaite brider les centres commerciaux
Centres commerciauxLe Plan directeur cantonal pose des conditions qui excluraient les centres de plus de 800 m2 dans plusieurs bourgades
Imaginer qu’on puisse un jour, dans un monde sans voitures, ramener chez soi en train ou en bus une bibliothèque en kit achetée chez Ikea… Telle est l’idée caressée par l’adaptation du Plan directeur cantonal en matière de centres commerciaux.
Le but est clairement affiché: lutter contre la tendance à construire des grandes surfaces de vente en pleine campagne en privilégiant les réalisations à portée des transports publics et d’un bassin de population.
Toutes ces dispositions figurent au chapitre «Installations commerciales à forte fréquentation» (ICN) d’un projet en consultation jusqu’au 20 août qui a déjà fait l’objet de quelques coups de gueule au Grand Conseil.
Avant d’en arriver là, un groupe d’experts avait été constitué par le Canton. Il comprenait le directeur de Coop Romandie, un représentant du Centre patronal et le directeur de Migros Vaud, Marc Schaefer. «Malheureusement, les remarques et les observations faites par le groupe n’ont pas été prises en compte», déplore ce dernier.
S’il approuve sur le fond le principe d’une maîtrise de l’expansion des centres commerciaux, il s’étonne du caractère exclusif de ces limitations, «qui ne tiennent pas compte de la réalité ni économique ni géographique».
Pas de MMM à Crissier
Premier exemple: pas de nouveaux centres commerciaux de 800 à 1500 m2 – la taille d’une succursale Aldi – si l’on compte moins de 1500 habitants ou emplois dans un rayon de 300?mètres. Ou s’il n’y a pas, dans ce même rayon, un train, un tram, un bus ou un métro offrant une fréquence de vingt minutes dans les agglomérations et de soixante minutes ailleurs. De plus, la limite de surface peut englober plusieurs enseignes alimentaires ou services regroupés sous le même toit. Et ce sont là les plus douces des restrictions prévues.
«Incontestablement, cela compromettra ou modifiera le développement de notre offre, poursuit le patron de Migros Vaud. Notre plus grande difficulté sera de trouver de nouveaux sites pour implanter des centres commerciaux de moyenne à grande importance répondant aux besoins de notre clientèle et à un prix raisonnable. MMM Crissier, par exemple, n’aurait jamais pu être construit.»
Jean-Hugues Busslinger, directeur du Département de la politique générale au Centre patronal, ajoute dans la revue de l’association: «On peut sans crainte de se tromper dire que cette norme empêchera toute implantation dans des bourgs tels que Grandson, Oron, Puidoux, Coppet ou Avenches.»
Six catégories
Le document, appelé à servir de guide aux politiques dans leurs prises de décisions telles que des octrois de permis de construire, considère, par taille croissante, six catégories de centres commerciaux. Pour l’anecdote, il oublie pour le moment que des centres commerciaux peuvent dépasser les 21?000?m2 – Ikea à Aubonne offre par exemple plus de 27?000?m2 de surface de vente. Un Ikea qui n’aurait pas pu être construit en ce lieu, car il ne se trouve pas dans un secteur regroupant au moins 50?000 habitants ou emplois dans un rayon de cinq kilomètres.
Le géant du meuble aurait eu un tout petit peu plus de chances dans l’agglomération Lausanne-Morges, où le bassin de population doit certes s’élever au minimum exigé de 150?000 âmes ou emplois dans un rayon de dix kilomètres. Même sort pour les autres grandes enseignes de cette vaste zone de commerce «en campagne» de la Côte.
Toutes ces dispositions concerne nt l’implantation de surfaces commerciales nouvelles. Mais elles seront appliquées en partie lors de rénovations impliquant un changement de catégorie. Et les centres existants non conformes à ces critères ne pourront prétendre qu’à un seul agrandissement de 5% de leurs surfaces de vente. Sans droit à des places de parc supplémentaires.
Intérêt public
Une fois passés au travers du tamis des critères d’exclusion, les centres commerciaux planifiés devront encore répondre à des «critères de préférence» pour être retenus. Il s’agit cette fois d’une appréciation qualitative destinée à évaluer l’opportunité d’une installation. Par exemple en fonction d’autres affectations possibles. En clair, le projet devra démontrer sa pertinence. Tâche éminemment délicate.
«Une implantation judicieuse peut favoriser la réalisation d’un projet urbain et allier intérêt privé et intérêt public, observe le Plan. Au contraire, une implantation mal choisie peut participer à la dévitalisation d’un centre ou favoriser un secteur de l’agglomération au détriment d’un autre.»
Jean-Hugues Busslinger déplore de telles mesures qui, selon lui, «portent la marque d’une économie planifiée qui fait peu de cas de la liberté économique et des besoins des habitants du canton».
Le débat politique promet d’être animé sur ce point. Mais récemment dans nos colonnes, la conseillère d’Etat Béatrice Métraux n’écartait pas la possibilité de revenir en arrière si «d’énormes réticences» apparaissaient au terme de la consultation.
Créé: 03.08.2012, 07h12
Expansion sans fin
Le magazine économique Bilan indiquait récemment qu’en Suisse en général, selon DetailHandel Schweiz, publication de l’institut GfK, les surfaces des centres commerciaux d’au moins 5000?m2 – les plus prisés – ont augmenté de 71% entre 2000 et 2010. Cela représente un million de m2 supplémentaires ou 138 terrains de foot. Il y aura environ 170 centres à la fin de cette année et la tendance à la hausse se poursuit. En Suisse romande, l’emballement touche surtout le Valais. Cet essor commence à inquiéter des acteurs soucieux de rentabilité. Avec une surface de vente part habitant de 1,6?m2, la Suisse est au sommet européen.
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