Le canton de Vaud tire un trait sur les cours d'informatique

Ecole obligatoireAvec la mise en œuvre complète du plan d'études romand (PER) et de la LEO, la période hebdomadaire d'informatique en 7e et 8e HarmoS disparaîtra de la grille horaire dès la rentrée d'août 2015.

Image: Gérald Bosshard

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Fini pour les professeurs informatiques de devoir captiver l'attention d'élèves surfant sur internet ou tchatant sur les réseaux sociaux entre deux explications. En 2015, les écoliers de 7e et 8e HarmoS (10-12 ans) n'auront plus le loisir d'appréhender quarante-cinq minutes par semaine les joies et les peines de l'informatique. «Dès la rentrée, nous introduisons en 7e et 8e les deux périodes d'anglais prévues par le concordat HarmoS et la grille horaire n'est pas extensible», explique Serge Martin, directeur général adjoint à la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO). Et d'ajouter que «dans l'esprit du Plan d'études romand (PER), l'informatique devient un outil au service des disciplines».

Au cœur de cette évolution, on trouve les MITIC (pour médias, images, technologies de l'information et de la communication), autant de thématiques intégrées à la «formation générale». Ce sera donc désormais aux professeurs de langues, d'arts, de mathématiques ou de sciences humaines et sociales de transmettre aux élèves les bases du traitement de texte, les rudiments de la recherche sur internet ou la sensibilisation à l'utilisation des nouvelles technologies et des réseaux sociaux. «Les élèves sont toujours plus connectés, une période par semaine ce n'est plus satisfaisant, tous les enseignants doivent intégrer l'outil informatique à leurs cours, lorsque cela s'avère pertinent», estime Serge Martin.

Actuellement, le canton de Vaud est pourtant le seul canton romand à avoir choisi de supprimer l'enseignement de l'informatique (lire encadré), relève le député socialiste Alexandre Rydlo dans une interpellation récemment déposée au Grand Conseil. Dans son texte, l'élu s'inquiète d'«une fracture numérique entre l'école et la société».

Dans le cadre du PER, chaque canton bénéficie d'une marge de manœuvre de 15% pour l'élaboration de sa grille horaire. «Le Grand Conseil vaudois a souhaité que l'entier de cette marge serve à renforcer l'enseignement du français et des mathématiques», relève Serge Martin, tout en précisant que cette volonté n'a pas été déterminante dans la décision de supprimer l'heure à la grille-horaire des élèves.

Inégalités entre les établissements
A l'ère du numérique la volonté de mettre en pratique l'apprentissage de l'informatique de manière transversale apparait louable, mais la matière n'étant pas évaluée, comment s'assurer que les élèves termineront leur cursus avec un niveau de connaissance similaire et suffisant? C'est une des préoccupations de l'association edutic.ch, qui rassemble des enseignants directement concernés par l'informatique pédagogique.

«Tous les maîtres n'ont pas les compétences requises pour l'enseignement de cette discipline, s'inquiète Fabrizio Quaglia, président d'edutic.ch et enseignant dans la région de Nyon. Sans compter que le nombre de personnes ressources MITIC, soit les enseignants habilités à former leurs collègues en la matière, ainsi que le temps qui leur est attribué pour cette tâche, est très variable suivant les écoles. Certaines en sont même dépourvues !» Faute de temps et de compétences, le risque que les MITIC passent à la trappe est réel. «Il y a un programme à tenir et si les MITIC n'ont pas été intégrés dans les leçons, personne ne va en tenir compte», souligne Fabrizio Quaglia. L'enseignant soulève également les disparités entre établissements en ce qui concerne les budgets alloués aux MITIC, puisque ce sont les communes qui financent des équipements tel que des beamers, des tableaux interactifs ou le réseau d'accès internet.

Pour l'Association vaudoise des parents d'élèves (APE), seules des mesures d'accompagnement efficaces pour les enseignants ainsi qu'une répartition plus homogène des ressources et des infrastructures informatiques permettront d'éviter un renforcement des disparités entre les élèves. Un avis partagé par Gregory Durand, membre du Comité cantonal de la Société pédagogique vaudoise et enseignant durant treize ans. «D'un point de vue pédagogique, considérer l'informatique comme un outil servant toutes les disciplines est plus intéressant, car on apprend toujours mieux avec une mise en contexte. Mais tous les établissements devront être correctement équipés, ce qui n'est pas le cas.»

Un bagage technique insuffisant
Mais les adolescents qui tapotent plus vite que leur ombre et se plongent chaque jour dans les méandres du net ont-ils encore besoin d'une formation? Pour Jean-Pierre Blaser, directeur ad interim de l'école professionnelle de Lausanne (EPSIC), cela ne fait aucun doute. «En ce qui concerne la recherche sur internet et l’utilisation des réseaux sociaux, les élèves se montrent brillants, mais on constate de grandes inégalités pour tout ce qui a trait au travail sur Office. Cela dit, à mon sens, l’informatique n’a pas besoin d’être enseignée en tant que branche à part entière. L’important est que les élèves puissent maîtriser cet outil.»

Et de remarquer que la question de la prévention sur l'usage des réseaux sociaux est aussi un aspect important de la discipline, «car les élèves peinent encore à suivre l'entier de nos recommandations en la matière». A chaque enseignant désormais de fournir aux élèves un bagage technique et de les guider sur la toile, même à ceux qui s'y perdent. (24 heures)

Créé: 02.06.2014, 07h46

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Le canton fait cavalier seul

Le canton du Valais a décidé de conserver une période d’informatique hebdomadaire en 9ème HarmoS (ancienne 7ème).«De mon point de vue, il faut dissocier l’intégration des MITIC dans l’enseignement, qui se fait finalement déjà depuis longtemps, et le cours d'informatique qui permet d’asseoir les compétences et de réguler les savoirs individuels», remarque Michel Beytrison, adjoint au service de l’enseignement du Valais.

Le canton de Genève a de son côté décidé de placer les MITIC dans la grille horaire, en dégageant une période par semaine pour les technologies de l’information et de la communication en 9ème année et une période hebdomadaire pour les médias et images en 11ème année (ancienne 9ème). D’autre part, le canton a choisi de consacrer une période hebdomadaire à la «formation générale» à l’école primaire. «La moitié de cette dotation sera dédiée aux MITIC», souligne Isabelle Vuillemin, directrice du service de l'enseignement, de l'évaluation et du suivi de l'élève. Et de préciser que «le canton a décidé de rendre visibles les MITIC dans la grille horaire afin de développer des connaissances propres à ces outils qui sont devenus essentiels au vu des enjeux actuels.»

Le canton de Neuchâtel a décidé de consacrer une période par semaine à la formation générale, dont les MITIC sont un des cinq volets, dans la grille horaire de la 1ère à la 11ème année. D'autre part, le canton a émis un programme MITIC à l'intention des enseignants de 7ème et 8ème année et leur octroie 28 séquences (plus ou moins une période) pour le réaliser. Traitement de texte, recherche sur le web, prévention ou réalisation et publication d'un document sur un blog sont autant de points que les formateurs se doivent d'aborder avec les élèves.

Le canton du Jura a opté pour le maintien d’un cours informatique, à raison de deux périodes par semaine en 9ème année.

Le canton de Fribourg conserve également pour l'instant des périodes dévolues à l'informatique, à raison d’une période hebdomadaire en 9ème et en 10ème année(ancienne 8ème).

Trois questions à Alexandre Rydlo

Préoccupé par la disparition de l’informatique en tant que branche à part entière, le député socialiste et ingénieur EPF Alexandre Rydlo a déposé le 29 avril une interpellation au Grand Conseil. Le dossier est désormais entre les mains de l’exécutif.

Pour quelle raison avez-vous déposé cette interpellation ?

Plusieurs connaissances travaillant dans le milieu scolaire m’ont fait par de leurs inquiétudes vis-à-vis de la suppression de l’informatique. L’informatique est aujourd’hui un outil de travail et j’estime que supprimer son enseignement à l’école obligatoire est un mauvais signal pour l’économie.

Quels sont les enjeux de cette suppression ?

Il existe des disparités importantes entre les établissements, non seulement en matière d’équipement MITIC, comme par exemple la rapidité du réseau informatique, mais aussi en matière de formation et de sensibilisation des enseignants. En cas de suppression, les enseignants des branches traditionnelles n'auront pas tous les compétences requises ou le temps pour intégrer les MITIC à leur programme.

Qu’attendez-vous du Canton?

J’espère qu’il fera machine arrière. A la fin de leur cursus obligatoire, les jeunes doivent à mon sens savoir lire, écrire, compter et avoir des bases solides en informatique.

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